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Larguer les bleus, draguer les verts: la stratégie PS/N-VA s'affine

Bart De Wever et Paul Magnette ont trouvé un équilibre sur différents thèmes: social, économique, fiscal et institutionnel. Il faut l'équipe, maintenant. ©BELGA

Ce mardi, le groupe écologiste rencontre le duo de préformateurs composé de Paul Magnette et Bart De Wever. Les bleus semblent mis de côté. Vraiment? Quelle est la stratégie? Analyse avec le politologue Dave Sinardet.

Paul Magnette et Bart De Wever, chargés de mission par le Roi, tentent désormais de façonner une coalition autour de cinq partis: la N-VA, le PS, le sp.a, le CD&V et le cdH. Cet assemblage compte 69 sièges, sur les 150 de la Chambre. Pas suffisant, comme lors de toute tentative précédente. Mais cet essai-ci a une autre gueule que les précédents: il marie - enfin - les meilleurs ennemis, chacun roi dans sa communauté: les nationalistes flamands et les socialistes francophones. Une belle étape de franchie. Il reste à rallier du monde. Qui?

"C'est une sorte de pression sur l'Open Vld, pour qu'il laisse tomber le MR et soit plus coopératif pour s'engager avec les cinq autres partis."
Dave Sinardet
politologue (VUB, UAntwerp)

Bleu ou vert?

Du bleu? Bart De Wever résiste. "Personne n'est encore partisan du MR au gouvernement", disait-il vendredi soir sur VTM. Et selon lui, le MR ne viendrait à la table des négociations que pour les faire échouer. La famille libérale a répondu qu'elle restait "disponible pour entamer des négociations avec les trois familles politiques traditionnelles et la N-VA".

Ces mots de De Wever, "c'est une sorte de pression sur l'Open Vld, pour qu'il laisse tomber le MR et soit plus coopératif pour s'engager avec les cinq autres partis", juge Dave Sinardet, politologue (VUB, UAntwerp). La situation reste fort compliquée, comme toujours en politique belge. Le PS et la N-VA ont conclu une sorte de deal socio-économique, plutôt proche du programme du PS et "mettre les libéraux dans cette logique, avec leurs idées socio-économiques de droite, c'est un problème". En outre, on l'entend souvent, la personnalité de Georges-Louis Bouchez en insupporte beaucoup.

Alors, on met du vert? La famille écologiste, qui compte 21 sièges, va discuter avec les deux préformateurs ce mardi. Alors qu'elle a longtemps été très ferme à l'égard de la N-VA. Où en est-on? Chez Ecolo, on refuse de commenter la rencontre à venir "pour que les discussions se passent au mieux".

Les bleus poussés dans leurs retranchements

Évidemment, ça semble bizarre à plusieurs points de vue, cette réunion entre la N-VA et les verts. "En Flandre, on a beaucoup critiqué la note Magnette à l'époque, la voyant 'trop à gauche'", rappelle Dave Sinardet. "Avec les verts, ça ne risque pas de s'arranger!"

Ici aussi, le scénario ressemble à un bon coup de pression: en montrant aux bleus qu'on peut rallier les verts, on les pousse à bien réfléchir aux concessions qu'ils seraient quand même prêts à faire pour ne pas se retrouver dans l'opposition.

"Le PS est largement régionaliste et en tant que parti dominant, il a un intérêt à scinder des compétences si ça ne coûte pas trop cher à la Wallonie. Sur le socio-économique, la N-VA peut se montrer flexible. Pour le sécuritaire, c'est le PS qui est flexible."
Dave Sinardet
(VUB et UAntwerp)

Sur papier, cette éventuelle entrée en négociation des verts s'écrit en flou. "Qu'est-ce qui a changé pour les verts qui refusaient de discuter avec huit partis il y a un an? C'est parce que Paul Magnette est à la manœuvre?", s'interroge le politologue de la VUB et de l'Université d'Anvers. Pour Bart De Wever, une telle connexion serait tout aussi difficile à faire accepter aux siens, "même s'il est capable de vendre des frigidaires à des Esquimaux".

Monnaie d'échange

Mais finalement, autour de quoi se construit cette idylle qui a mis si longtemps à mûrir? "Le PS est largement régionaliste et en tant que parti dominant, il a un intérêt à scinder des compétences si ça ne coûte pas trop cher à la Wallonie. Sur le socio-économique, la N-VA peut se montrer flexible. Pour le sécuritaire, c'est le PS qui est flexible", résume Dave Sinardet.

"Mettre les libéraux dans cette logique, avec leurs idées socio-économiques de droite, c'est un problème."
Dave Sinardet
Politologue (VUB et UANtwerp)

Maintenant, qui va jouer les garçons d'honneur, aux côtés du s.pa, du CD&V et du cdH qui, rappelons-le, doivent encore négocier avec les deux ténors? "Avec les libéraux, ça aurait quand même plus de sens. Mais s'ils veulent un programme plus à droite, sur quoi peuvent-ils lâcher en échange?", pointe Dave Sinardet.

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