Le bâtiment pour les fûts nucléaires à problème coûte trop cher

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Le dossier d’autorisation pour la construction d’un nouveau bâtiment destiné à entreposer des fûts nucléaires défectueux a été gelé. L’objectif de l’Ondraf, chargé de la gestion des déchets radioactifs? Voir s’il est possible de trouver une solution moins coûteuse que celle prévue initialement.

La construction du nouveau bâtiment destiné à entreposer temporairement les 10.000 fûts nucléaires suspects venant de la centrale de Doel n’est pas près de commencer. L’Ondraf, l’organisme chargé de la gestion des déchets radioactifs en Belgique, et sa filiale industrielle Belgoprocess ont gelé le dossier. Leur objectif? Voir s’il est possible de trouver une solution moins coûteuse que celle prévue initialement.

Pour rappel, en 2013, un contrôle de routine avait conduit à découvrir un débordement de gel sur des fûts de déchets radioactifs de faible radioactivité entreposés sur le site de Belgoprocess, à Dessel. Après une série d’inspections, au cours desquelles une septantaine de fûts similaires ont été ouverts, et une formation importante de gel a été constatée dans plus de la moitié d’entre eux, qui venaient tous de la centrale de Doel. La cause de cette anomalie? Les déchets ont été mélangés à un ciment auquel on a ajouté du gravier, ce qui a provoqué une réaction alcali-silice, estiment les experts.

Demande d’autorisation gelée

70
millions €
Le coût du bâtiment initialement prévu, qui devait permettre l’inspection de chacun des 10.000 fûts sans manutention inutile? 70 millions d’euros.

L’Ondraf et Belgoprocess ont alors décidé de construire un nouveau bâtiment, pour faciliter l’inspection et la manutention des quelque 10.000 fûts potentiellement concernés par le même problème, et entreposés à Dessel ou sur le site de Doel. Le 24 avril 2017, Belgoprocess a introduit une demande d’autorisation pour ce nouveau bâtiment auprès de l’AFCN, le gendarme du nucléaire en Belgique. Mais ce dossier est actuellement gelé, apprend L’Echo.

"La construction de ce nouveau bâtiment avait été décidée dans le cadre d’un plan d’action mis au point en 2014. Dans l’intervalle, nous avons continué les investigations et les recherches. Le scénario sur lequel nous nous étions basés était très conservatif: il prévoyait que tous les fûts étaient susceptibles de produire du gel. Or nous nous sommes rendu compte qu’il y avait de grandes différences selon les familles de fûts. Il n’est peut-être pas nécessaire de construire un bâtiment hautement technologique, avec une surveillance en continu fût par fût", explique Evelyn Hooft, porte-parole de l’Ondraf.

En effet, toujours selon l’Ondraf, sur les 10.000 fûts concernés, seuls 5.650 présenteraient un risque important de formation de gel. "Il s’agit des fûts contenant des concentrats, précise Evelyn Hooft. Le risque est par contre très bas pour ceux qui contiennent des résines." Dans le cadre des inspections menées en 2013, des traces de gel avaient pourtant été décelées sur certains fûts contenant des résines. "Les contrôles que nous avons menés depuis montrent que le risque de réaction alcali-silice dans ces fûts est très bas, puisque les résines ne contiennent pas d’alcalides" répond la porte-parole de l’Ondraf.

Les concentrats sont des déchets liquides générés lors de l’exploitation de la centrale, et que l’on fait ensuite évaporer. La boue qui résulte de cette opération a ensuite été mélangée à du béton. Les résines, elles, sont utilisées dans le circuit primaire de refroidissement pour retenir certaines substances radioactives, et ont été conditionnées dans une matrice de béton.

À long terme, les fûts à problème devront être traités pour obtenir un produit final stable avant leur stockage définitif – on ignore encore comment, et combien cela coûtera. Ouvrir chacun de ces fûts de 400 litres, en broyer le contenu et le traiter pour stopper la réaction serait un travail titanesque et extrêmement coûteux.

Optimiser les coûts

Pour le moyen terme, il était prévu d’entreposer ces fûts suspects dans un nouveau bâtiment, où il ne serait plus nécessaire pour inspecter un fût d’en déplacer 4 ou 5 autres, comme c’est le cas actuellement. Un bâtiment dont le coût sera à charge d’Engie Electrabel.

Le montant estimé du projet initial? "70 millions d’euros, ce qui est beaucoup, répond Evelyn Hooft. Vu ce que nous savons aujourd’hui, nous regardons donc quels changements nous pouvons faire dans la conception de ce nouveau bâtiment pour optimiser ces coûts."

L’AFCN refuse de se prononcer pour l’instant. "À court terme, le stockage de ces fûts ne présente pas de problème de sûreté. Pour le moyen terme, Belgoprocess nous a effectivement informés le 29 janvier qu’il cherchait des solutions alternatives. Nous allons recevoir plus d’explications dans les prochains mois, et nous évaluerons le dossier", réagit Sylvain Jonckheere, porte-parole de l’agence nucléaire.

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