Le budget fédéral dérape de 2,5 milliards d'euros

Olivier Chastel. ©Didier Lebrun/PhotoNews ©Photo News

Le gouvernement fédéral reporte son contrôle budgétaire de quelques jours, le temps que le comité de monitoring peaufine l'analyse de l'évolution "à politique inchangée".

Le gouvernement avait confectionné son budget en novembre, sur base d'une croissance de 0,7%. Selon le Bureau du plan, la croissance ne serait plus que de 0,2%, avec une inflation revue à 1% au lieu de 1,8. Cela pèse bien entendu sur les recettes fiscales, dont la progression ne devrait pas atteindre les 4,6% prévus. En outre, le rush des citoyens avant l'extinction de la déductibilité des investissements économiseurs d'énergie (fin 2011) a dépassé toutes les estimations. Cela se répercute très lourdement dans les recettes fiscales, qui plafonnent près de 2 milliards en dessous des prévisions.

La sécurité sociale connaît, elle aussi, un problème de recettes. Avec la crise, les cotisations sociales se contractent et le financement alternatif (TVA) pâtit du ralentissement de la consommation. Il y aurait là un trou de 600 millions d'euros, et cela bien que, en dépit du chômage, les dépenses restent contenues au niveau des enveloppes prévues.

Au total, il y aurait donc un trou d'au moins 2,5 milliards d'euros pour l'ensemble des pouvoirs publics. 500 millions seraient à charge des entités fédérées. Le ministre du Budget de la Wallonie et de la Communauté française, André Antoine (cdH), a déjà annoncé qu'il lui faudrait trouver 260 millions... alors que le ministre-président Rudy Demotte (PS) compte bien profiter du contrôle budgétaire pour lancer les premières mesures "Horizon 2022"... Dans le registre communautaire, signalons que les trois vice-Premiers ministres flamands se sont réunis ce lundi, afin d'essayer d'accorder leurs violons avant le contrôle budgétaire.

Revoir la trajectoire?
Ce défi s'ajoute aux 18 milliards d'économies déjà décidées en 2012 et dans le budget initial 2013. N'est-ce pas un peu trop pour notre économie? Telle est la thèse du PS, qui entend accorder un peu d'oxygène pour la relance de l'investissement et de la consommation. Pour le boulevard de l'Empereur, on doit certes continuer à assainir les finances publiques mais peut-être pas en allant impérativement jusqu'à ramener le déficit de 3 à 2,15% du PIB, comme prévu dans la trajectoire de stabilité.


Les positions
• Le PS rappelle volontiers que le programme de stabilité a été conçu sur base d'une croissance de 1,3% en 2013 (et 1,7% e n 2014), soit six fois le niveau réel... L'accord prévoit spécifiquement la possibilité de revoir la trajectoire en cas de détérioration des hypothèses de croissance.

• À l'autre bout du spectre, on trouve l'Open VLD, qui exige un respect strict de cette trajectoire, afin de tenir la Belgique à l'écart de tout éventuel regain de tension sur les dettes souveraines. Paradoxe: le département de la Justice (géré par Annemie Turtelboom) est celui qui a réclamé le plus de moyens supplémentaires pour cet ajustement...

• Le ministre du Budget, Olivier Chastel (MR), est a priori favorable à un respect de la trajectoire, en raison notamment de la hauteur de la dette belge. Il insiste pour que les efforts soient menés de manière structurelle, à l'image de la réduction du nombre d'arrondissements judiciaires ou de la réorganisation du corps diplomatique. "Ces économies sont récurrentes, elles préparent déjà les budgets 2014 et 2015, dit Chastel. Nous devons avancer dans la voie de la résorption du déficit structurel, comme d'ailleurs l'Europe nous l'impose."

•Le cdH se situe au milieu du gué. À la fois soucieux de ramener "au plus vite" le déficit sous les 2% du PIB "pour ne pas créer de la dette supplémentaire" et d'éviter "les coupes budgétaires aveugles qui minent l'emploi et la cohésion sociale, et finissent par affecter les recettes de l'État".

"Je crois qu'il y a moyen d'intensifier la chasse aux gaspillages dans le fonctionnement de l'État, explique le président du cdH, Benoît Lutgen. Mais l'État doit en même temps conserver une capacité d'investir pour relancer l'économie et la confiance." Le cdH plaide pour une mobilisation de l'épargne, au profit de l'économie réelle.

Un conseil des ministres restreint doit décider mercredi de la méthode et du calendrier pour le contrôle budgétaire.

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