analyse

Le bulletin budgétaire de Michel est-il moins bon que celui de Di Rupo?

La ministre du Budget Sophie Wilmès défend l'action de la suédoise. Qui a couplé l'assainissement budgétaire à l'amélioration de la compétitivité et à une baisse de la pression fiscale. ©Photo News

C'est le CD&V Hendrik Bogaert qui l'affirme: sous la suédoise, l'assainissement budgétaire était essentiellement le fait de la conjoncture internationale et de la faiblesse des taux. Même Di Rupo a fait mieux. Exact? Petite séance de fact-checking.

Les faits

C’est le genre de sortie que l’on fait de temps à autre, au CD&V. Dézinguer la politique que vient de mener le gouvernement Michel, dont les chrétiens-démocrates font pourtant partie. Ce lundi, c’était au tour du député fédéral Hendrik Bogaert. Qui, s’étant plongé dans des données issues de la Banque nationale, concluait dans De Standaard que la majeure partie de l’assainissement mené entre 2014 et 2018 était due à la conjoncture internationale, à la mollesse des taux d’intérêt ayant fortement allégé la charge de la dette et à des mesures "one shot" – on synthétise, mais à peine. 

Et que Michel avait encore moins progressé que Di Rupo sur la route laborieuse menant à l’équilibre budgétaire, en n’améliorant le solde primaire structurel de la Belgique qu’à hauteur de 0,28% du PIB.

Le décodage

Passons sur le drôle de timing et l’intérêt politique de ladite sortie. Pour nous pencher sur le fond – même si l’on n’a guère réussi à savoir d’où venait ce 0,28%. 

Ce n'est pas la première sortie un peu tonitruante du député CD&V. Hendrik Bogaert cherche-t-il à se positionner politiquement? ©BELGA

Si l’on s’intéresse au solde budgétaire de la Belgique, soit la différence entre les recettes et les dépenses, le gouvernement Michel affiche un meilleur bilan que Di Rupo, ayant davantage réduit le déficit – qu’il s’agisse du nominal ou du structurel, ce dernier étant nettoyé des aléas de la conjoncture et de l’effet des mesures non récurrentes. En sachant que les compteurs se sont arrêtés fin 2018 et que depuis lors, la situation se dégrade toute seule comme une grande.

Cette meilleure performance est-elle due à la baisse de la charge de la dette? C’est indéniable, la faiblesse des taux a joué un rôle – 36% de la réduction du déficit nominal, estimait la ministre du Budget Sophie Wilmès (MR), à l’heure de dresser, fin 2018, le bilan budgétaire de la suédoise.

Pour s’en débarrasser, rien de tel que se pencher sur le solde primaire – soit justement la confrontation des recettes et des dépenses, exception faite de la charge de la dette. Qu’en est-il?

Entre 2011 et 2014, sous Di Rupo, le solde primaire belge est passé de -0,7% du PIB à -0,2%, pour filer à 1,6% du PIB en 2018 (sous Michel donc). Avantage Michel ici encore. Cela bascule par contre en faveur de Di Rupo lorsque l’on piste le solde primaire structurel, ramené de -0,5% du PIB à 0,5% sous Di Rupo, pour terminer à 1% sous Michel. Loin, quoi qu’il en soit, des efforts réalisés sous Martens ou Dehaene. 

"L'analyse des exercices budgétaires n'a de sens que si elle est couplée à un examen des politiques menées."
Sophie Wilmès
Ministre du Budget

Du moins, si l’on se concentre sur ce seul indicateur. Ce que déplore Sophie Wilmès. "En ne s’intéressant qu’à un seul indicateur, Monsieur Bogaert n’apporte pas toute la nuance nécessaire à une analyse budgétaire." Parce que tout dépend de la manière dont l’assainissement est réalisé. Un exemple, glisse-t-on dans les rangs de la majorité: hausser d’un coup les impôts aidera certainement à bondir vers l’équilibre; pas sûr cependant que cela tienne la route sur le long terme.

"L’analyse des exercices budgétaires n’a de sens que si elle est couplée à un examen des politiques menées", insiste Sophie Wilmès. Et de rappeler que parallèlement à l’assainissement, la suédoise s’est attelée à soigner la compétitivité des entreprises. Et à faire baisser la pression fiscale – au contraire de Di Rupo ou Dehaene, qui l’ont haussée. Ajoutons encore qu’il est plus aisé de couper dans les dépenses lorsque l’on se situe au début du processus d’économies – c’est au fil du temps que l’affaire se complique. Surtout lorsque le coût du vieillissement se met à exploser.

Autrement dit, toute comparaison a ses limites.

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