Le casse-tête des prisons n'est pas encore résolu

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Les syndicats ont renvoyé le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), devant son gouvernement. Ils attendent que le Fédéral débloque plus de moyens. Koen Geens, lui, estime que sa proposition de compromis tient la route. Et dans les rangs de la majorité, on déplore que les responsables syndicaux n’aient pas suffisamment défendu le projet d’accord devant les gardiens. Les négociations vont se poursuivre. Sur le terrain et à la table du gouvernement.

C’est le pire cocktail qui puisse exister, en politique. Un dossier pourri, bloqué et urgent. Autant dire que le gouvernement Michel se serait bien passé de la grève qui sévit dans les prisons bruxelloises et wallonnes depuis plus de deux semaines.

Pourri, parce que les prisons belges sont, depuis belle lurette, une bombe à retardement, une de celles qu’on a tendance à cacher sous le tapis pour ne pas devoir la déminer, en espérant qu’elle explose plutôt à la tête du prochain qui en héritera – on caricature un brin, mais pas tant que cela. On a perdu le compte, mais cela fait des années que l’on sait que les prisons belges sont surpeuplées et que certaines flirtent allègrement avec l’insalubrité – fin 2014, la Cour européenne des droits de l’homme dénonçait encore des conditions de détention "inhumaines et dégradantes". Les prisons de Forest et de Saint-Gilles, notamment, sont des taudis qui craquent de tous côtés.

D’après des statistiques européennes, la Belgique est, derrière la Hongrie, le pays affichant le plus haut taux de surpopulation carcérale: en 2014, on comptait derrière les barreaux 129 personnes pour 100 places disponibles – pour une moyenne européenne de 94. La situation s’est améliorée depuis, le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), parlant d’un taux de 13% pour l’année 2015. En attendant, à Forest, il est toujours de 25%.

Officiellement, chacun campe sur ses positions.

Bloqué, parce qu’officiellement, chacun campe sur ses positions. Koen Geens continue à trouver "bonne" sa proposition, qui "dépasse déjà le cadre budgétaire fixé par le gouvernement". Et dans les rangs de la majorité, on reproche aux syndicats, dont les leaders avaient pourtant avalisé ce "protocole d’accord", de ne pas avoir réellement défendu le compromis dégagé vendredi dernier, mais de l’avoir simplement soumis au vote de la "base". Base qui l’a joyeusement envoyé valdinguer, prison par prison, entre samedi et lundi.

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Quant aux syndicats, leur position est limpide, et ils n’entendent pas en changer, pour l’instant du moins. Ce qu’ils veulent? C’est simple, énumère Michel Jacobs pour la CGSP (FGTB): l’application du plan de personnel de 2014, qui table sur 7.222 statutaires, contre à peu près 6.800 à ce jour. "Et l’arrêt immédiat de la rationalisation." Rationalisation qui tient son origine dans les coupes claires au sein de la fonction publique, décidées fin 2014 par le gouvernement Michel. "Moins 10% de masse salariale et moins 20% d’investissements et de frais de fonctionnement", récite Michel Jacobs. Ils attendent donc que Koen Geens retourne demander à "son" gouvernement des moyens supplémentaires.

Situation explosive

La patate chaude est donc renvoyée à la table du gouvernement. Fin de journée, le ministre de la Justice a reçu les directeurs des quatorze prisons wallonnes et des deux prisons bruxelloises – la situation étant nettement moins tendue en Flandre.

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Urgent, enfin, le dossier l’est assurément. Parce qu’alors que le mouvement de grogne entame sa troisième semaine, la situation devient explosive dans les prisons. Logique: sans gardiens, les conditions de détention en prennent un coup: plus ou peu de visites, de promenades ou de coups de téléphone, hygiène compromise, et on en passe. Les gardiens se croisant les bras, il a fallu appeler à la rescousse. En cascade: police locale, puis fédérale qui, à partir de ce lundi et "jusqu’à nouvel ordre", a requis l’assistance des forces armées. Ce week-end, le gouvernement a en effet fait appel à l’armée, chargée de fournir un "soutien humanitaire". Six pelotons de 30 personnes ont été mis à disposition; pour l’heure, une quarantaine de soldats ont été déployés à Lantin, Forest et Saint-Gilles. Nul besoin d’être fin stratège pour comprendre que ce bricolage désespéré ne peut durer.

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