analyse

Le CD&V pour un durcissement de la politique migratoire

©BELGA

Le débat politique sur le bourbier fédéral se poursuit essentiellement en Flandre. Les informateurs royaux travaillent dans la discrétion.

Trêve des confiseurs oblige, le débat sur l’avènement toujours incertain d’un nouveau gouvernement fédéral est mis en sourdine côté francophone. Beaucoup moins au nord du pays, où les sorties politiciennes vont plutôt bon train. Ce lundi, Franky Demon, député fédéral CD&V et échevin à Bruges, a choisi de parler dossier. Celui de la migration en particulier. Dans la Gazet van Antwerpen, il plaide pour un durcissement de la politique belge en la matière. "Celui qui a le droit de rester dans notre pays doit pouvoir le faire. Mais celui qui n’en a pas le droit doit être expulsé. Et c’est la que se situe le problème", estime Franky Demon. Il met en avant la proportion de retours dans le pays d’origine, qui est "d’à peine" 18% en Belgique alors que la moyenne européenne se situe à 36,7%. "Notre objectif doit être au moins la moyenne européenne, c’est pourquoi nous voulons prendre des mesures lors de la prochaine législature".

Chronique | Lassitude

"Celui qui se dit homme d’État ne peut pas toujours dire non à nos revendications."
Bart De Wever
Président de la N-Va

Il ajoute qu’un audit de l’Office des étrangers doit être mis en œuvre en raison des lenteurs de certaines procédures. Le député Demon avance par ailleurs sur un autre terrain, sensible côté francophone, celui des visites domiciliaires destinées à vérifier l’hébergement d’illégaux par des particuliers. Une réflexion à mener, dit-il, sous réserve de garanties juridiques.

Voici un débat qui, s’il est destiné à donner au CD&V du répondant face à la N-VA et au Belang, peut aussi crisper les partenaires francophones d’un éventuel gouvernement. À gauche, pas d’ambiguïté, c’est l’hostilité déclarée à ce type de législation. À droite, il faut rappeler la division du MR sur la question. Un projet en ce sens avait été introduit en son temps par le gouvernement Michel mais n’a jamais pu voir le jour, notamment en raison de la levée de boucliers d’une partie des libéraux francophones, emmenés par la Liégeoise Christine Defraigne. Celle qui fut par la suite la candidate d’une ligne plus sociale pour la présidence de son parti, s’était opposée au projet en raison des risques qu’il faisait peser sur le droit à la vie privée. Aujourd’hui informateur royal, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, estime que la mesure peut être discutée, selon la Gazet van Antwerpen. "Oui, pour rappeler à quel point c’est une connerie", commente un cadre du MR.

Avec son co-missionnaire royal, le président du CD&V Joachim Coens, le Montois profite des fêtes pour préparer une note qui doit mettre le pied à l’étrier d’une formation gouvernementale. Une note centriste (lisez MR-CD&V), ont-ils annoncé en souhaitant visiblement en finir avec le vocable "arc-en-ciel", jugé trop connoté. En dehors du fond des dossiers, trois scénarios de coalition se présentent aux deux hommes: une alliance N-VA, MR, Open Vld, CD&V, cdH, sp.a, un arc-en-ciel (libéraux socialistes et écologistes) élargi à la famille chrétienne démocrate, ou au seul CD&V. C’est cette dernière option qui est privilégiée, pour autant qu’elle parte du travail du MR et du CD&V plutôt que du PS.

De Wever prévient

Dans cette optique, il faudra attirer les deux partis flamands qui ne sont pas décidés à entrer dans cette logique, (Open Vld et CD&V). Les libéraux flamands, qui ont mis leurs dissensions internes en veilleuse, sont demandeurs de mesures marquées à droite en matière d’emploi, de chômage et de pensions.

La N-VA n’a pour sa part pas interrompu sa communication, axée sur de sombres perspectives si le bourbier fédéral ne débouchait pas sur une réforme institutionnelle. "Laisser la N-VA et le Vlaams Belang dans l’opposition, les deux premiers partis du pays. Sérieusement? Il faut des gens raisonnables à table, a indiqué le président Bart De Wever dans une interview accordée au site Newsweek.be. Je dis aux francophones de bien faire attention… Aux élections de 2024, ils ne devront pas se plaindre si des partis nationalistes flamands obtiennent la majorité. Celui qui se dit homme d’État ne peut pas toujours dire non à nos revendications institutionnelles (…) Ceux qui disent aimer la Belgique ne doivent pas jouer avec le feu."

Le bourgmestre d’Anvers estime que la Belgique évolue vers un "État zombie". Ce week-end, l’ex-président du sp.a l’avait invité à cesser ses "communications stratégiques" pour se positionner clairement sur la volonté de la N-VA d’entrer dans un gouvernement.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés