interview

"Le chantage et les menaces ne m'impressionnent pas"

©BELGA

La menace, lancée ce dimanche par Bart De Wever, de voir la N-VA se retirer du gouvernement si Theo Francken était poussé à la démission, annonce une rentrée politique sous haute tension. Ce lundi matin, le Premier ministre répond.

"Si on demande à Theo Francken de se retirer, alors la N-VA se retirera. A ce sujet, je suis très clair. Je soutiens Theo Francken et je ne le laisserai pas tomber." Cette phrase lancée ce week-end par le président de la N-VA, Bart De Wever, continue d'alimenter la polémique autour du secrétaire d'Etat et des Soudanais renvoyés dans leur pays.

Pour Jean-Marc Nollet, chef de groupe des verts à la chambre, "Charles Michel est dans les cordes". "Sur le pacte énergétique, sur le Soudan et bien d'autres dossiers, Charles Michel est pieds et poings liés, il n'a pas de marge de manœuvre, la N-VA impose les contenus et le rythme." Il ajoute que le rôle du Premier ministre se réduit désormais "à assurer le service après-vente de la N-VA".

"Quel que soit le résultat de l'enquête, la N-VA prend le gouvernement belge en otage. La faiblesse du MR et du Premier se paient cash", accuse sur Twitter le chef de groupe PS, Ahmed Laaouej. Sur la Première ce lundi matin, il affirme qu'"il y a longtemps que Monsieur Francken aurait dû faire ses valises". Quant à Charles Michel, il doit rétablir la situation et dire qu'"on ne peut mentir ni à son Premier ministre ni au parlement."

Réponse du Premier ministre sur les ondes de la Matinale sur Bel RTL: "Le chantage et les menaces ne m'impressionnent pas. La question de l'immigration et de l'asile mérite mieux que des querelles d'égos." Il ajoute maintenir sa feuille de route et attendre le résultat de l'enquête. Une fois l'évaluation opérée, chacun prendra son appréciation politique.  "Je ne me laisserai dicter ma conscience et mon agenda par personne."

Il affirme avoir une position ferme vis-à-vis des quatre partis de la majorité. "Lorsque certains ont tendance à perdre leurs nerfs, je considère que comme chef du gouvernement, je dois maîtriser mes nerfs et garder le sang-froid." Pour lui donc, continuer à gouverner avec la N-VA n'est pas impossible. Il réaffirme sa fierté d'avoir réussi à mettre les questions communautaires au frigo le temps de la législature, et d'avoir partagé les questions économiques et sociales avec le parti de Bart De Wever. Quant au nucléaire, il reconnaît que face aux divergences, il faut poursuivre le travail. "Chaque vendredi matin au conseil, nous devons prendre des décisions sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord." 

Le Vice-premier ministre Kris Peeters était l'invité de De Ochtend sur Radio 1. Il a indiqué que "celui qui voulait laisser tomber le gouvernement, jouait avec le feu". Le président du CD&V, Wouter Beke, a également réagi en laissant entendre qu'une démission de Theo Francken n'était pas à l'ordre du  jour: "Le CD&V a pris en 2014 un engagement pour 5 années complètes, et nous nous y tenons."

Le Président de la N-VA soutenait ce week-end que le secrétaire d'Etat à l'Asile n'a fait qu'appliquer la loi en renvoyant les immigrés soudanais dans leur pays. "Ce n'est pas une compétence facile, y compris sur le plan humain, mais quelqu'un doit oser le faire", a-t-il lancé sur Twitter. Il ajoute aujourd'hui, "ne faire aucun chantage". "Je donne l'avis de mon parti. C'est mon job!"

Enfin, Theo Francken a déclaré sur les ondes de la VRT ne pas être "un anti-immigrant intransigeant" comme l'indique le "Washington Post". "La N-VA ne sera jamais un parti anti-immigrant." Il appelle à une immigration contrôlée avec des règles claires et justes. "Nous sommes un peuple accueillant et devons le rester."

Au lendemain de l'annonce des maltraitances subies par les Soudanais dans leur pays après leur renvoi de la Belgique, le Premier ministre avait été interpellé à la Chambre. Il avait déclaré attendre les résultats d'une enquête du commissariat général aux Réfugiés et Apatrides (CGRA) avant d'énoncer une éventuelle responsabilité de son secrétaire d'Etat. On apprend aujourd'hui de source gouvernementale que cette enquête n'a nullement pour objectif de disculper Theo Francken ou au contraire de le condamner.

Le gouvernement veut tirer les leçons de la façon dont des rapatriements ont été mis en oeuvre. Il faut savoir si l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui prohibe les traitements inhumains et dégradants, a été pris en compte. Les résultats engageront l'ensemble du gouvernement puisque le secrétaire d'Etat met en oeuvre la politique décidée par le gouvernement, en connaissance de cause de tous ses membres, précise-t-on de source gouvernementale.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content