Le chômage va augmenter de 3% en 2013

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Le marché de l’emploi souffre de la crise, mais moins qu’ailleurs en Europe. Les différentes réformes du système de chômage montrent leurs premiers effets.

Après avoir longtemps résisté à la crise économique, la solidité du marché de l’emploi en Belgique montre de nombreuses fissures. Voilà le sentiment qui se dégage à la lecture du rapport annuel de l’Onem publié hier. L’office national de l’emploi prévoit une augmentation de 3,2% du chômage indemnisé en 2013, soit une hausse de 13.200 personnes.

En 2012, ce nombre de chômeurs indemnisés a encore reculé: il s’est établi à 417.250 en moyenne mensuelle, soit 1,1% de moins qu’en 2011 et 3% de moins qu’en 2007 (avant le début de la crise). L’an dernier, la diminution a été de 1,7% en Wallonie et de 0,8% en Flandre alors qu’à Bruxelles, on a observé une stabilisation.

Mais cette baisse globale en 2012 n’est qu’une illusion. Elle est le résultat de la réforme des allocations de chômage. Désormais, les jeunes qui sortent des études doivent effectuer un stage d’insertion (autrefois appelé stage d’attente) plus long (de trois mois), ce qui rend la comparaison statistique avantageuse cette année. Sans cela, "le chômage serait resté plus ou moins au même niveau qu’en 2011", explique Georges Carlens, l’administrateur général de l’Onem.

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés — tous ne sont pas forcément indemnisés — est en hausse de 2,5% pour s’élever à 560.000 personnes.

2013 s’annonce difficile

Le marché du travail montre plusieurs signes d’affaiblissement. Rappelons tout d’abord les nombreuses restructurations annoncées ces derniers mois (Ford Genk, ArcelorMittal, Caterpillar…). Elles auront forcément des conséquences sur les chiffres du chômage dans les mois à venir.

Le "Fonds de fermeture", qui indemnise les travailleurs victimes d’une faillite de leur entreprise, tourne également à plein régime. Le nombre de ses bénéficiaires – plus de 22.000 — a battu un record l’an dernier.

Autre indicateur: le chômage temporaire a augmenté de 14% en 2012 (environ 161.000 personnes, contre 140.000 en 2011). Il reste toutefois loin de ses sommets atteints en 2009 (211.000 personnes) et reste un bon amortisseur des chocs économiques. Les titres-services, toujours plus populaires, et les mesures d’activation, dont le Plan Activa en progression de 12,7%, continuent aussi à soutenir les embauches.

Baby-boom

En 2012, il n’y a eu que 7.000 créations d’emploi. Et encore, il s’agit d’une moyenne annuelle. La situation s’est sensiblement détériorée en cours d’année, puisqu’entre les 4e trimestres 2011 et 2012, on observerait une perte de 16.600 postes de travail. Le Bureau du Plan ne prévoit quasi aucune création nette d’emplois cette année.

Paradoxalement, la démographie pourrait offrir une bouée de sauvetage. "Le départ à la retraite des nombreux travailleurs issus de la génération du baby-boom augmente le nombre de vacances d’emploi de remplacement", souligne Georges Carlens. En 2012, environ 30.000 chômeurs ou prépensionnés ont aussi atteint l’âge de la retraite. Ils n’étaient que 15.000 au milieu des années 2000. Mécaniquement, cela influence positivement les statistiques du chômage.

Mieux qu’ailleurs…

In fine, notre marché du travail présente un bilan contrasté. En comparaison avec les autres pays européens, l’image est plutôt flatteuse. Notre taux de chômage, historiquement bas, est plutôt stable depuis le début de la crise alors qu’il a bondi de 50% environ dans la zone euro. La Belgique occupe désormais la 8e place au niveau européen alors qu’elle était 21e en 2007. Nous sommes aussi un des rares pays où le chômage de longue durée n’a pas augmenté depuis 2008.

Mais derrière ces éléments positifs se cachent aussi des réalités moins glorieuses. Notre taux d’emploi reste beaucoup trop bas, en particulier à Bruxelles et en Wallonie. "Notre pays est toujours confronté à des problèmes structurels qui ne progressent que lentement. Les taux de sortie des chômeurs vers l’emploi restent faibles, en particulier pour les groupes à risque" (comme les étrangers ou les peu qualifiés), indique Georges Carlens.

Réformes

2012 aura marqué aussi l’entrée en vigueur des nombreuses réformes décidées par le gouvernement Di Rupo. Elles montrent leurs premiers effets.

En 2012, quelque 7.000 personnes ont ainsi été touchées par la dégressivité accrue des allocations de chômage (introduite en novembre). Ce nombre va sensiblement augmenter cette année puisque près de 167.000 personnes sont potentiellement visées (pour peu qu’elles ne trouvent pas un nouveau job). Cela représente environ un chômeur sur trois.

Les freins mis aux prépensions et aux crédits-temps commencent aussi à se matérialiser. Le nombre de "nouveaux entrants" dans ces deux systèmes a reculé d’environ 10% l’an dernier.

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