analyse

Le CNS du 23 septembre, une épine dans le pied du MR

Sophie Wilmès présentant les conclusions du Conseil national de sécurité (CNS) du 23 septembre. Son entourage déplore aujourd'hui une instrumentalisation de ces conclusions à usage politique, y compris jusque dans la majorité actuelle. ©EPA

Aujourd'hui vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès incarne les décisions prises juste avant la deuxième vague de Covid. Un assouplissement coupable, estime-t-on en coulisse.

Les déclarations de Frank Vandenbroucke sur le "choc" sociétal lors de la fermeture des commerces non essentiels ébranlent la majorité fédérale. Lundi, le président du sp.a est venu au secours de son ministre de la Santé. "Nous connaissons tous l'approche du MR sous le précédent gouvernement: un assouplissement trop rapide nous a mis dans cette merde (sic)", a lancé Conner Rousseau. Durant les heures qui avaient précédé, les libéraux francophones, pourtant membres de la majorité, ne s'étaient pas privés de fustiger la communication de Frank Vandenbroucke. Tant sur le fond que sur la forme.

Ce faisant, Conner Rousseau met sur la place publique un constat souvent sous-entendu: les dernières décisions prises sous le gouvernement de Sophie Wilmès, aujourd'hui vice-Première MR, ont fait office d'adjuvant à la deuxième vague de Covid qui justifie aujourd'hui la fermeté affichée par le gouvernement De Croo et son ministre de la Santé. Ce week-end dans L'Écho, la vice-Première ministre Groen Petra De Sutter disait ceci: "Si on relâche, dans deux mois on aura une troisième vague. On ne va pas refaire la même erreur." "On a voulu relâcher un peu trop vite, on a créé une seconde vague, ne commettons pas la même erreur", a estimé Paul Magnette, président du PS, sur la Première.

"On a voulu relâcher un peu trop vite, on a créé une seconde vague, ne commettons pas la même erreur."
Paul Magnette
Président du PS

Est visé sans le nommer le dernier Conseil national de sécurité (CNS) présidé par Sophie Wilmès. C'était le 23 septembre, une semaine avant les prestations de serment du gouvernement De Croo. La Première ministre annonçait alors ceci: une bulle de contacts rapprochés à 5 personnes conseillée mais non obligatoire, une quarantaine passant de 14 à 7 jours, la levée de l'interdiction de voyager en zone rouge, la levée de l'obligation - décidée dans certaines communes et à Bruxelles - du port du masque en extérieur sauf dans les lieux très fréquentés, et enfin l'extension des règles sanitaires en vigueur dans l'horeca aux banquets et réceptions alors fortement limités.

Des chiffres déjà en hausse

Ce "relâchement" avait été annoncé alors que les chiffres sanitaires partaient à la hausse. Selon le rapport Sciensano du 23 septembre, la moyenne journalière des nouveaux cas d'infection avait progressé de 60%. Les admissions bondissaient de 63% et les décès de 15%. Le même jour l'ECDE (European Centre for Disease Prevention and Control) décidait d'ailleurs de placer la Belgique en zone rouge. L'opposition de l'époque est rapidement montée au créneau. "Êtes-vous vraiment convaincue de prendre le bon virage?", demandait la députée PS Eliane Tillieux - aujourd'hui présidente de la Chambre - à la Première ministre. "Assouplir les règles n'est prudent que si les conditions préalables à la maîtrise de l'épidémie sont remplies (...). Ce n'est pas le cas", s'inquiétait Catherine Fonck pour le cdH. Dans le même temps, l'Absym, syndicat des médecins, fustigeait un assouplissement trop généreux.

Et à décharge toujours, d'affirmer (dans l'entourage de Sophie Wilmès) que les décisions du 23 septembre furent prises en bonne intelligence avec les experts qui conseillaient le gouvernement.

Car c'est bien comme un assouplissement que les conclusions de ce CNS furent généralement perçues. Ce qui explique les tentatives de clarification apportées par Sophie Wilmès. Non, on n'a pas assoupli, on a harmonisé et rajouté de la cohérence à un dispositif qui restait extrêmement strict par rapport à la plupart des pays voisins, entend-on encore dans son entourage. On y déplore une instrumentalisation à usage politique, y compris jusque dans la majorité actuelle. Pour rappel, le CNS associait Régions et Communautés.

L'arrivée effective de la deuxième vague a confirmé que les autorités étaient déjà dépassées par la pandémie lorsque le gouvernement De Croo s'est installé.

"En bonne intelligence"

Et, à décharge toujours, d'affirmer que les décisions du 23 septembre furent prises en bonne intelligence avec les experts qui conseillaient le gouvernement. Dans un rapport urgent commandé deux jours après le CNS du 23 septembre, le Celeval ne préconisait d'ailleurs aucune mesure complémentaire à celles prévues par le code jaune qui caractérisait encore la Belgique. On rappelle aussi les voix dissonantes des experts s'exprimant dans les médias et la forte attente pour un desserrement, qui peuvent avoir influencé la lecture d'un CNS qui ne présentait pourtant que des "mesures cosmétiques" et bétonnait un statu quo dans la gestion de la crise. Et pour cause, les experts du gouvernement peinaient à trouver un consensus et avaient pondu un rapport peu satisfaisant en vue de la réunion du 23 septembre.

L'arrivée effective de la deuxième vague a confirmé que les autorités étaient déjà dépassées par la pandémie lorsque le gouvernement De Croo s'est installé. Les mesures annoncées par son premier comité de concertation n'ont pas eu d'effet sur les courbes de la pandémie, entend-on encore au sein du gouvernement, où l'on rappelle que "toute l'Europe occidentale a été prise de vitesse".

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