chronique

Le coronavirus, test de maturité pour notre fédéralisme

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Jusqu'à neuf ministres de la Santé en Belgique. C'est beaucoup. Trop. Mais ça n'induit pas nécessairement une mauvaise gestion de la crise liée au coronavirus. La clé, devant une épidémie d'ampleur, c'est la coordination.

Avouez, vous avez ri (jaune) en début de semaine: la Belgique comptait alors trois cas de personnes contaminées par le coronavirus et... jusqu'à neuf ministres de la Santé. Les caricaturistes s'en sont donnés à cœur joie. Les posts perfides ont fait florès sur les réseaux sociaux. Certains y ont donc vu aussitôt une preuve flagrante de gaspillage, de mauvaise gestion et, pour tout dire, de l'aberration de notre système fédéral. 

Qui fait quoi?

Au niveau de la santé, qui fait quoi? Faisons un petit résumé. Maggie De Block, au Fédéral, s'occupe des compétences les plus importantes: l'organisation des soins et l'assurance maladie (autrement dit, les remboursements).

Cette lasagne institutionnelle, faite de compétences démultipliées et enchevêtrées, est effectivement bien peu digeste. C'est incontestablement une source d'inefficacité.

Les Régions s'occupent des maisons de repos, des soins à domicile et d'une partie de la politique hospitalière. C'est le job de Wouter Beke (Flandre), de Christie Morreale (Wallonie), d'Alain Maron et d'Elke Van den Brandt (Bruxelles). Dans la capitale, il faut un francophone et un néerlandophone et la prévention est confiée à une autre édile (Barbara Trachte en l'occurrence, mais seulement pour les francophones, vous suivez toujours ?).

Des compétences "santé" sont aussi communautaires: les soins à la petite enfance pour Bénédicte Linard et l'enseignement (entre autres, le contingentement des professions médicales) pour Valérie Glatigny. Et on y ajoute un germanophone (Antonios Antoniadis).

Difficulté supplémentaire: il n'est pas toujours simple de savoir où s'arrête la compétence de l'un et où débute celle de l'autre. Sans oublier que d'autres ministres et les chefs des différents gouvernements jouent aussi des rôles connexes et aiment se montrer actifs en termes de communication. 

Une machine grippée

Il n'y aurait qu'un seul ministre de la Santé pour toute la Belgique qu'il (ou elle) devrait de toute façon gérer la crise en bonne intelligence avec d'autres.

Cette lasagne institutionnelle, faite de compétences démultipliées et enchevêtrées, est effectivement bien peu digeste. C'est incontestablement une source d'inefficacité. La recette gagnerait donc à être simplifiée. D'autant que, dans notre organisation belgo-belge, il n'y a pas de hiérarchie des normes. Autrement dit, une loi fédérale ne prime pas sur un décret régional (ou inversement). Cela grippe la machine lorsque les différents niveaux de pouvoir ne sont pas sur la même longueur d'ondes, ce qui arrive assez fréquemment. Il y a donc là matière à plancher sur de belles réformes pour qui veut améliorer notre fédéralisme

Un virus ne s'encombre pas de subtilités politiques, il se propage sans frontières. La présence de ces nombreux ministres implique(ra)-t-elle automatiquement une mauvaise gestion de la crise sanitaire? En réalité, la réponse est non. Évidemment, la multiplication des interlocuteurs ne facilite pas les choses. Mais devant une épidémie de cette ampleur, il y a toujours forcément de nombreux intervenants. Il n'y aurait qu'un seul ministre de la Santé pour toute la Belgique qu'il (ou elle) devrait de toute façon gérer la crise en bonne intelligence avec d'autres (les communes, les ministres de l'enseignement, les différents départements administratifs, etc.).

Il faut tirer dans le même sens

A contrario, même si la comparaison est lointaine, on a vu en Chine qu'un système ultra centralisé et dirigiste connaît aussi des défaillances majeures. Autrement dit, la clé d'une gestion de crise réussie ne réside pas tant dans le nombre de ministres, mais bien dans la bonne coordination entre tous les acteurs, et dans la qualité des décisions prises et de la communication donnée. C'est pourquoi la sortie en solo du bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert Olivier Maingain a tant énervé dimanche dernier. L'absence de concertation a hérissé davantage que le contenu de la décision (interdisant les lieux publics aux personnes de retour de zones à risque).

Une certitude: face au coronavirus, tous les ministres et tous les gouvernements ont intérêt à tirer dans le même sens. Et, en dépit de quelques couacs, ils ont plutôt réussi à le faire jusqu'ici.

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