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Le départ de Didier Reynders laissera le MR déforcé

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Le départ annoncé du vice-Premier pour le Conseil de l’Europe laissera un vide qui dépasse le cadre du MR bruxellois. Pour autant, il est prématuré d’affirmer que le clan Michel disposera d’une mainmise totale sur le parti.

La candidature du vice-Premier ministre MR Didier Reynders au secrétariat général du Conseil de l’Europe alimente bien des spéculations. A-t-il déjà tourné la page de la politique belge? Va-t-on vers un basculement complet des rapports de forces au sein du MR? L’électeur ne risque-t-il pas d’être déboussolé par ce scénario d’une tête de liste qui ne demande qu’une chose, c’est de partir?

Un premier élément de réponse a été donné par l’intéressé, ce mardi, lors de son arrivée à la réunion du comité ministériel restreint. "Il ne faut jamais tourner la page trop tôt. On est dans une procédure qui se terminera d’ici l’été prochain. Je suis candidat à une fonction mais, d’ici là, il y aura encore beaucoup de choses à faire en Belgique et il y aura une échéance électorale majeure pour le pays."

À plusieurs reprises, le vice-Premier ministre a indiqué qu’en vue des élections du 26 mai, il briguerait la tête de liste à la Chambre à Bruxelles. "Je l’ai toujours annoncé. De toute façon, les procédures en cours au Conseil de l’Europe se termineront après les élections."

En attendant, au siège du MR, il va peut-être falloir revoir le plan de bataille. "J’ai appris lundi que Didier Reynders avait déposé sa candidature, nous indique le président du parti Olivier Chastel. Quant au déploiement de nos personnalités en vue de la triple échéance de mai prochain, il suit son cours. C’est un processus qui prend du temps et nécessite de nombreux contacts. Les décisions seront annoncées à la fin de ce processus."

Adieu au 16

Pour les observateurs pourtant, l’annonce faite par Didier Reynders n’est pas une réelle surprise. Ce n’est pas la première fois en effet qu’il manifeste son intérêt pour une fonction internationale. "En 2014 déjà, il était candidat pour un portefeuille de commissaire européen, rappelle Pierre Vercauteren, politologue à l’Université de Mons (UMons), le poste lui serait d’ailleurs revenu si le CD&V n’avait pas changé les plans in extremis en revendiquant le poste de commissaire et en cédant au MR la fonction de Premier ministre."

"Didier Reynders a intégré le fait qu’il n’accédera sans doute jamais au 16."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

"D’autant, ajoute Pascal Delwit, politologue à l’ULB, que Didier Reynders a fait le tour de la politique belge, à l’exception de la fonction de Premier ministre. Même s’il en a encore envie, il a intégré le fait qu’il n’accédera sans doute jamais au 16. D’une part, parce que c’est Charles Michel qui est aux commandes et, d’autre part, parce que la probabilité de voir le MR occuper à nouveau le poste de Premier ministre est assez ténue. Le MR semble avoir plus à perdre qu’à gagner aux prochaines élections."

On ne peut pas non plus parler d’abandon de poste dans le chef de Didier Reynders, alors que le MR est malmené depuis les élections communales. "Le fait que Didier Reynders se présente au scrutin fédéral marque sa volonté d’aller au bout de la campagne et de participer à la négociation pour la constitution du prochain gouvernement, indique Pierre Vercauteren. D’autant qu’on ne peut pas préjuger du choix qui sera fait par le Conseil de l’Europe."

Vercauteren rappelle du reste que la candidature de Reynders s’inscrit dans une certaine tradition belge. "Philippe Maystadt est parti à la Banque européenne d’investissement, Louis Michel à la Commission européenne et Guy Verhofstadt au Parlement européen."

Situation "tendue sinon explosive"

Le départ de Reynders risque en tout cas de déforcer le MR. "C’est un poids lourd incontestable, son départ éventuel laisserait un vide qui impacterait le MR tout entier, pas seulement à Bruxelles", estime Pierre Vercauteren. Tête de liste lors du scrutin de 2014 à la Chambre, Reynders avait réalisé le premier score avec 54.000 voix de préférence.

Pascal Delwit épingle qu’à Bruxelles, la situation au MR était déjà "tendue sinon explosive" depuis un certain temps. "Les relations interpersonnelles ne sont pas optimales, que ce soit avec Vincent De Wolf, Boris Dilliès, Georges Verzin ou Alain Courtois. La fédération bruxelloise ne fonctionne pas bien. Didier Reynders était d’ailleurs fort absent de la dernière campagne."

"Charles Michel est dans le rôle d’un entraîneur de football: si son parti est renvoyé dans l’opposition, ce sera de sa faute aux yeux des cadres du MR."
Vincent Delwit

Le départ éventuel de Reynders ouvre-t-il dès lors la voie à une mainmise totale du clan Michel sur le MR? Pascal Delwit invite à la prudence. "A ce stade, on ne peut dire que les ‘micheliens’ aient pris l’ascendant. Certes, ils ont les postes de Premier ministre, de ministre-président et de président du parti, mais l’affiliation des gens évolue en fonction des indices de popularité. Tout le MR n’est pas devenu ‘michelien’. Charles Michel est dans le rôle d’un entraîneur de football: si son parti est renvoyé dans l’opposition, ce sera de sa faute aux yeux des cadres du MR. Il pourrait alors se retrouver dans la position de Didier Reynders en 2009-2010 lorsqu’il avait été contraint par le groupe Renaissance d’abandonner la présidence du parti."

Reste à voir si une candidature comme tête de liste à la Chambre tout en briguant un poste international ne risque pas d’être un mauvais signal envoyé à l’électeur. Pierre Vercauteren se veut nuancé: "Cela pourrait désorienter certains électeurs. Mais s’il se présente à la Chambre et qu’il annonce clairement qu’il ambitionne le Conseil de l’Europe, l’électeur n’est pas trompé. En outre, le passage aux urnes reste un indicateur de popularité utile."

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