Le duo Mahdi/De Croo renforcé à l'issue de la grève de la faim

La régularisation collective demandée par les quelque 450 grévistes de la faim n'aura pas lieu. ©Photo News

C'est la ligne exprimée dès le début par le secrétaire d'État à la Migration Sammy Mahdi qui s'impose. L'arbitrage du Premier ministre s'avère politiquement payant.

Une sortie de crise ne s'ouvre qu'à condition que chacun des protagonistes puisse l'emprunter sans perdre la face. Est-ce le cas pour cette grève de la faim menée près de 60 jours par les sans-papiers de l'ULB, de la VUB et de l'église du Béguinage? Si l'on ôte (sans pour autant la nier) toute sa charge émotionnelle à la séquence pour se pencher uniquement sur ses conséquences politiques, il faut bien conclure que c'est la ligne du secrétaire d'État à la Migration Sammy Mahdi (CD&V), soutenu tout le long par le Premier ministre, qui l'emporte.

De fait, le bras de fer débouche sur ce que Sammy Mahdi a proposé depuis le début de la crise: une analyse individuelle de chaque cas par l'administration, qui a été rapprochée des candidats au séjour dans cette fameuse zone neutre. La revendication initiale des quelque 450 grévistes, soit une régularisation collective à laquelle sont venues se greffer des demandes de révision de la loi, n'aura effectivement pas lieu, ce qui permet au gouvernement de rester dans les clous de son accord de majorité. Du côté des représentants des grévistes, on se félicite d'une clarification apportée sur les procédures à suivre par les demandeurs, et d'une promesse de leur application rapide et sérieuse ainsi que d'une prise en compte de chaque situation. L'implication des pouvoirs locaux a également joué comme, sans doute, la crainte d'un décès et, selon certaines sources, de responsabilités pénales éventuelles.

"J'ai toujours dit que nous n'étions pas à une table de négociation, mais à une table d'information."
Sammy Mahdi
Secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration

Cette issue est de nature à renforcer le secrétaire d'État ainsi que son parti qui, au contraire des membres francophones de la majorité fédérale, doit faire face à une opposition N-VA/Belang radicale sur le sujet de la migration. En Flandre, il est toujours inconfortable d'être associé à toute forme de laxisme sur ce thème. "J'ai toujours dit que nous n'étions pas à une table de négociation (avec les grévistes de la faim, NDLR), mais à une table d'information", a pu redire jeudi le secrétaire d'État. Sa ligne: chaque dossier doit être examiné individuellement, et avec "humanité". 

La gauche a eu mal

Le raisonnement vaut également pour Alexander De Croo (et par extension pour l'Open Vld), qui lui non plus n'a pas dévié de sa ligne consistant à soutenir Sammy Mahdi en s'appuyant sur l'accord de gouvernement. Pourtant, PS et Ecolo étaient montés extrêmement haut dans les tours. Dimanche, ils ne demandaient ni plus ni moins au Premier ministre que de s'emparer personnellement du dossier. "On imagine mal Alexander De Croo déshabiller ainsi son partenaire CD&V à la demande de deux partis francophones", commente une source gouvernementale. Voilà qui était peu imaginable en effet vu le contexte politique au nord du pays. Un tandem flamand qui résiste à la pression de la gauche francophone, par contre, ça ne peut pas être mauvais pour lui.

On a senti Ecolo et PS en grande difficulté tout au long de cette crise. La pression a mis les deux partis en ébullition, tiraillés entre leur loyauté gouvernementale et leurs militants et mandataires émotionnellement très mobilisés. Mais la plupart du temps sans en faire une question de majorité. Lundi toutefois, le PS a surpris tout le monde avec la fuite dans la presse des déclarations choc du vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne. En cas de décès, tous les ministres PS démissionneraient, avait-il dit. Le lendemain, le président Magnette recadrait. Mais la confusion du message, son timing et ce sentiment donné que le parti n'agirait qu'une fois un décès déploré, auront miné quelque peu l'image de gestionnaire fiable que doit véhiculer un ministre comme Pierre-Yves Dermagne.

Le résumé

  • C'est l'approche du secrétaire d'État Sammy Mahdi qui l'emporte à l'issue de la grève de la faim menée par plus de 400 sans-papiers.
  • Les dossiers seront traités individuellement et pourront déboucher sur des régularisations.
  • Soutenu par le Premier ministre, le jeune élu CD&V se sort de son premier dossier difficile.
  • Ce mano a mano face à la gauche francophone est bénéfique pour l'image du CD&V et de l'Open Vld en Flandre.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés