analyse

Le F-35 désigné successeur du F-16

©EPA

Le gouvernement Michel a attribué trois importants marchés militaires jeudi. Le plus important file vers le constructeur américain Lockheed Martin, au détriment du consortium européen portant l’Eurofighter Typhoon.

Ca y est. Le gouvernement Michel a tranché, en ce jeudi 25 octobre. En attribuant trois importants marchés militaires pour la modique somme de 5,84 milliards d’euros, il clôt une saga entamée dès 2014. Et met fin à un suspense relatif, tant l’avion américain F-35 s’est vu attribuer, dès le départ, le costume de grand favori.

Ramassons le tout.

1. Un brin de contexte

Le ministre de la Défense Steven Vandeput (à gauche) a assuré que le F-35 surpassait les 3 autres offres encore en lice. ©Photo News

"Halt any decline": telle est l’option privilégiée par la majorité suédoise dès sa naissance. Autrement dit, on cesse de ne plus investir dans la Défense. "Nous voulons que la Belgique reste un partenaire au sein de l’Otan et de l’Union européenne", insiste le Premier ministre Charles Michel. Ce qui nécessite quelques efforts en termes d’investissements. Car, avec à peine 0,92% du PIB consacré à la Défense, la Belgique figure dans le bas du classement et a déjà été qualifiée de "passager clandestin de l’Otan".

Les chiffres-clés

12,04 MD€

Le prix total du programme F-35

Sur les 40 ans de durée de vie de l’appareil, l’investissement devrait être de 12,04 milliards. Dont 4,011 milliards pour l’achat initial des 34 avions de combat.

3,69 MD€

Retour économique pour les entreprises

Au final, assure le gouvernement, pour 4,011 milliards d’achat initial, 3,69 milliards seront couverts par des retombées économiques – 50,4% à destination de la Flandre, 19,1% de Bruxelles et 30,5% de la Wallonie. Si l’on ajoute le marché terrestre noué avec la France et l’achat des drones américains, cela fait 990 millions en sus. Et il paraîtrait que Bruxelles empoche 50% des retombées générées par l’achat des deux drones.

7,037 MD€

Investissements militaires

Avions plus drones plus véhicules blindés plus navires: le total des investissements lancés par Michel dépasse les 7 milliards d’euros.

C’est dans ce contexte qu’est rédigée, en 2015, la "vision stratégique" pour la Défense, soit une loi de programmation militaire planifiant pour 9,2 milliards d’euros d’achat de matériel "moderne et efficace". "Aujourd’hui, près de 80% du programme, soit plus de 7 milliards d’investissements, sont réalisés ou ont été entamés", se réjouit le ministre (en partance) de la Défense, Steven Vandeput (N-VA).

2. 34 avions de combat F-35A

C’est clairement le gros morceau: le remplacement des 54 chasseurs bombardiers belges F-16, signés Lockheed Martin. En mars 2017, le gouvernement Michel lance la procédure devant désigner le successeur du F-16, dont 34 unités seront commandées. Nom de code: RfGP, pour "Request for government proposal". Des cinq concurrents sur la ligne de départ, deux abandonnent, tandis qu’un troisième – le Rafale français – tente de jouer cavalier seul en contournant l’appel d’offres. Ils sont au final deux à départager: l’Eurofighter Typhoon et le F-35 de Lockheed Martin.

Ce jeudi, le conseil restreint des ministres a officiellement porté son choix sur l’avion américain. Autrement dit, la Belgique va entrer en négociation exclusive avec Lockheed Martin – ce qui pourrait durer un petit temps. "Le F-35 constitue le meilleur choix pour notre pays, défend Steven Vandeput. Sur les plans financier, opérationnel et industriel." Concrètement, le F-35 a surpassé son rival au petit jeu de la comparaison effectuée par les experts, et ce pour les sept critères envisagés.

La livraison des F-35 devrait débuter en 2023 et s’effectuer jusqu’en 2028. Coût d’achat: 3,811 milliards, auxquels s’ajoute une provision de 200 millions liée à l’évolution des taux de change. Soit une ardoise de 4,011 milliards, réglée sur une période de plus de 12 ans, et comprenant, outre l’achat des 34 chasseurs-bombardiers, deux centres de simulation de vol, le matériel et les systèmes informatiques ou encore des casques "haute technologie".

"Donald Trump ne sera pas en place jusqu’en 2048."
Didier Reynders
Ministre des affaires Étrangères

Deux calculs. La "vision stratégique" prévoyait un budget, en euros courants, de 4,658 milliards, ce qui fait donc 647 millions d’économisés – ou plutôt, de non dépensés. Cet autre, aussi: 34 avions pour ce prix, cela ferait près de 118 millions pièce, mais le résultat est faussé parce qu’il comprend des coûts annexes à l’appareil. Dont le prix restera secret; sachez juste qu’il se situe en deçà des 100 millions. Et sur les quarante ans de vie des avions, la charge totale du programme F-35 serait de 12,04 milliards – au lieu des 15 milliards initialement escomptés.

3. Trois autres marchés

La Belgique va acheter 442 véhicules de combats français, dont 60 véhicule "Jaguar" et 382 véhicules légers "Griffon" (en photo). ©AFP

Ce n’est pas tout. Ce jeudi, deux autres marchés ont été attribués. Encore un à destination des États-Unis, puisque la Belgique se fera livrer deux drones de reconnaissance, de type MQ-9B SkyGuardian, produit par General Atomics Aeronautical Systems, pour 226 millions. Et un pour la France, et son programme Scorpion: 442 véhicules de combat destinés à la force terrestre sont commandés, soit 60 véhicules de combat médians "Jaguar" et 382 véhicules légers "Griffon". Montant de la facture: 1,6 milliard. Quant aux chasseurs de mines achetés en tandem avec les Pays-Bas, le marché (1,2 milliard) devrait être attribué "dans les semaines qui viennent".

4. Des retombées économiques pour 4,68 milliards

On a sorti les calculettes, au SPF Économie et au cabinet du ministre de tutelle Kris Peeters (CD & V). Avec ceci comme résultat principal: qu’il s’agisse de la participation à la production du F-35 en question, à son développement à long terme ou encore à la création d’opportunités pour les entreprises belges dans d’autres domaines industriels liés à la sécurité, le retour économique – on parle de "retombées sociétales" – lié au choix du F-35 est estimé à 3,69 milliards, contre 2,6 milliards pour l’Eurofighter. Le tout réparti de la sorte: 50,4% en Flandre, 19,1% à Bruxelles et 30,5% en Wallonie. Ajoutez à cela quelque 990 millions en sus liés aux véhicules terrestres et aux drones.

5. Et le marché européen de la défense? Et Donald Trump?

Si les F-35 sont bien assemblés aux Etats-Unis, 30% de leurs composants proviennent d'Europe. ©REUTERS

Ne venez pas dire à Michel qu’il poignarde l’Europe de la défense dans le dos. Dans les rangs gouvernementaux, on regrette que la France ait fait bande à part et que davantage de dossiers européens n’aient suivi la procédure jusqu’au bout. Procédure qu’il fallait suivre scrupuleusement – "On a vu par le passé les résultats catastrophiques que cela donnait lorsque l’on s’en écartait", sourit le vice-Premier MR Didier Reynders.

Alors on argumente. Le F-35 n’est pas qu’américain, il est aussi un peu européen, puisque 30% de ses composants proviennent du Vieux Continent. Par ailleurs, ce modèle est plébiscité en Europe, puisque Danemark, Italie, Norvège, Pays-Bas ou encore Royaume-Uni l’ont adopté. Autrement dit, il n’y aurait pas mieux, en termes "d’interopérabilité". F-35 toujours: des 647 millions "économisés", environ 300 serviront au préfinancement des retours sociétaux, tandis que le reste sera mis de côté pour le "Scaf", ce projet "d’avion du futur" porté par la France et l’Allemagne. Et puis, en prenant en compte l’ensemble des marchés de la Défense, quelque 4 milliards filent vers les USA, mais le montant équivalent part vers des constructeurs européens, soit une clef 50/50 qui a plutôt fière allure, avance-t-on dans les rangs de la suédoise.

Un brin de géopolitique pour terminer. Placer sa force aérienne dans les mains des États-Unis de Donald Trump, est-ce bien finaud? Didier Reynders sourit. "Nous n’avons pas commandé ces avions au président, mais à une société américaine avec laquelle nous travaillons depuis des dizaines d’années. Si le secteur aéronautique s’est développé en Belgique, c’est notamment grâce au contrat du F-16, que d’autres projets ont suivi. Enfin, ce processus a été initié sous Obama; Donald Trump ne sera pas en place jusqu’en 2048. À nouveau, nous nous sommes strictement tenus à la procédure."

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