analyse

Le financement de la Sécu, un enjeu de taille pour l'avenir du pays

©Kristof Van Accom

Alors que le système de sécurité sociale belge, né le 28 décembre 1944, fête ses 75 ans, une question demeure cruciale: que faire pour affronter son financement à venir? Réformer.

Trois quarts de siècle. Cela fait 75 ans que la Belgique s’est dotée d’un système de sécurité sociale, au sortir de la guerre. Sauf que, voilà, "le monde d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était à l’époque", constate Pieter Timmermans, administrateur-délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).

Le moment n’est-il pas venu d’envisager un autre modèle?
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

"La crise pétrolière de 1973 a ouvert une nouvelle ère économique. La composition socio-économique de notre pays a également basculé. L’homme n’est plus le seul soutien de famille. De nouvelles formes de famille voient le jour et pourraient conduire à de nouveaux risques sociaux. Parallèlement, notre société vieillit. Les coûts des pensions et des soins de santé ne cessent d’augmenter alors que nous sommes de moins en moins nombreux pour les supporter. Les défis sont grands. Les opportunités aussi, grâce notamment à la 4e révolution industrielle technologique et numérique."

Alors, se pose inévitablement une question: "Le moment n’est-il pas venu d’envisager une rénovation, un autre modèle?", lance le patron des patrons. Pour s’assurer que la "vieille dame", comme la qualifiait encore récemment la ministre de la Santé Maggie De Block à la Chambre, "reste belle et fraîche et vive avec notre temps".

Poids sur le budget

Les cotisations, qui représentent encore le gros morceau du financement, ne permettent plus de couvrir les dépenses qu’à moins de 60%, contre encore 75% dans les années 90.

La question mérite en tout cas d’être posée. En effet, malgré les nombreuses évolutions – parfois suite à d’âpres luttes – rencontrées à travers l’histoire, la situation est chaque jour plus critique pour l’État belge. Après tout, la Sécu, c’est un gros morceau dans les dépenses de l’État. Avec un coût de plus de 70 milliards d’euros pour les salariés, dont 51 supportés par les entreprises. Pour eux, les travailleurs indépendants, il convient encore d’ajouter 7 milliards environ, selon les chiffres de l’Inasti.

Et, à ce stade, les perspectives sont simples: si rien ne change, le trou budgétaire continuera à se creuser pour le Trésor. En effet, les recettes ne suivent plus. Les cotisations, qui représentent encore le gros morceau du financement, ne permettent plus de couvrir les dépenses qu’à moins de 60%, contre encore 75% dans les années 90. Ce qui pèse lourd, l’État devant compenser. Or dans un contexte économique morose, cela n’a rien de simple.

En résulte que, pour 2019, le déficit de la Sécu est estimé à près de 3 milliards d’euros. D’ici 2024, il dépassera – sous l’effet du vieillissement et de la hausse des dépenses en soins de santé principalement – les 6 milliards faute de mesures structurelles. Il y a donc urgence.

©Mediafin

Maintenir, voire renforcer, les mesures du gouvernement Michel

Alors, pour palier à ce défi d’ampleur pour l’avenir du pays, tout le monde ou presque en convient, il faudra parler financement. Et réformes. Oui, mais pour aller où? À côté des évidents leviers, comme l’enseignement et la formation continue, ou le travail sur les dépenses de l’État, chacun y va de ses pistes. Du côté du patronat, les recettes sur la table sont connues – et vivement critiquées à gauche, à l’image de la réforme du financement de 2017, ayant introduit une "responsabilisation" des partenaires sociaux en vue d’obtenir des accords sociaux budgétairement neutres.

Avec, en ligne de mire, le taux d’emploi (pourcentage de personnes de 20 à 64 ans qui travaillent) qui, à 70,5%, est encore trop loin de l’objectif de 73,2% à l’horizon 2020. Et est encore plus inquiétant pour les plus de 55 ans, à 52% contre 59,5% en moyenne dans l’UE. Pourtant, il constitue un facteur clé. Car "le déséquilibre (dans le financement de la Sécu, NDLR) peut être rétabli si plus de personnes travaillent plus longtemps", évoque la FEB dans une récente publication sur le sujet.

Ce qui passera, selon elle, par le maintien des mesures prises par le gouvernement Michel "qui ont été dans le bon sens", évoquaient encore récemment dans L'Echo Hans Maertens (Voka) et Olivier de Wasseige (UWE). Il s'agit, par exemple, du relèvement de l’âge de la pension à 67 ans, "une évidence même que de devoir travailler plus longtemps pour que la Sécu reste viable", évoque par exemple Michèle Sioen. Certaines mesures pourraient également être renforcées. La FEB plaide ainsi pour baisser les cotisations sociales patronales, déjà descendues à 25%, à 20% désormais, afin de stimuler la demande de travail et de créer de l’emploi.

Activer les non-actifs

Viennent alors d’autres pistes… plus épineuses. Comme la régionalisation de la Sécu, la dégressivité des allocations de chômage ou leur limitation dans le temps, ou encore l’activation des non-actifs (685.000 personnes en Wallonie, au regard de 200.000 demandeurs d’emploi), soit des malades de longue durée ou des gens qui ne sont pas sur le marché du travail. Ils seraient pourtant utiles pour pourvoir les emplois vacants, notamment en Flandre. Une nécessité que ce dernier point car "l’on observe un glissement du chômage vers l’incapacité de travail", souligne la fédération patronale, due au vieillissement de la population, mais aussi "à l’absence de contrôle systématique et régulier de l’état d’incapacité de travail et de politique essayant, à un stade précoce de celle-ci, de réinsérer les gens en fonction de ce qu’ils peuvent encore faire".

En sus, vient alors la flexibilité du marché du travail s’accompagnant d’un droit du travail adaptable. Cela permettrait plus de compétitivité face à des pays limitrophes tels que les Pays-Bas qui ont particulièrement bien tiré leur épingle du jeu sur l’e-commerce, par exemple.

Manifestation nationale

Mais attention, le chemin sera semé d’embûches. On se rappellera que le gouvernement Di Rupo avait essuyé une grève, en 2011, lors de l’annonce de sa réforme des pensions. Or, la FGTB a déjà annoncé une manifestation nationale le 28 janvier prochain pour appeler à repenser la fin de carrière de manière globale. Le syndicat entend par-là remettre sur la table l’idée d’une pension minimum à 1.500 euros nets, sans coupe dans la Sécu (sous-financée, selon lui) ou les services publics.

Et ce, alors même que le pays ne bénéficie toujours pas de gouvernement de plein exercice. Et n’a donc encore rien changé, même si c’est bien là la crainte syndicale. Ce qui laisse évidemment imaginer la suite en cas de (propositions de) réformes d’ampleur, qui pourraient se voir teintées des aspirations plus libérales du nord du pays.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés