Le front commun syndical réenclenche sa machine

©Photo News

Alors que le gouvernement fédéral réfléchit déjà aux dernières mesures à faire passer en 2018, avant les élections, les syndicats sortent du bois: "C’est la dernière occasion de nous écouter et d'infléchir la tendance, disent-ils. Il ne reste que deux ans pour plus de justice fiscale et sociale."

"N’allez pas croire que, parce qu’on a bouclé un accord interprofessionnel en janvier, le gouvernement a obtenu la paix sociale quelles que soient les décisions qu’il prendra encore." C’est Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, qui sonne, avec ces mots, le réveil syndical.  Une nouvelle grève en vue? Non, pas si vite. Les syndicats jouent d’abord la carte de la concertation, en espérant que lors de l’élaboration du budget 2018 (qui est déjà en cours), le gouvernement fédéral tiendra compte de leurs inquiétudes et de leurs propositions.

"Nous voulons montrer que des alternatives sont possibles, sans tabous", disent les syndicats. Embauche compensatoire, semaine de 4 jours, taxation des hauts revenus... "Utopique? demande Marc Goblet pour la FGTB. Ceux qui refusent d’y croire auront un vrai problème de société demain", avertit-il, pointant le fossé qui se creusera entre "ceux qui sont pris en compte" et "ceux qui sont ignorés". 

 

Mais il ne faut pas s’y tromper: la CSC, la FGTB et la CGSLB  laissent déjà entrevoir le bâton qu’ils cachent derrière leur dos. Dès maintenant, ils vont entamer des "actions de sensibilisation". Dans les entreprises, mais aussi lors de certains rendez-vous sociaux, comme le 28 avril  lors de la Journée mondiale des accidents du travail (il sensibiliseront pour l’occasion sur le problème de la réintégration des travailleurs malades), ou encore le 7 mai, lors de la manifestation de la plateforme sociale "Tout autre chose". Sans oublier le 1er mai: la FGTB sera évidemment présente dans tout le pays pour fêter les travailleurs. "Nous verrons alors ce qui remonte de la base. Mais sachez- le, nous sommes en capacité de réagir rapidement, nous ne comptons pas subir les mesures que prendraient le gouvernement sans rien dire, s’il s’avère qu’elles restent déséquilibrées socialement et fiscalement", avertit Marc Goblet. 

"Ceux qui refusent d’y croire auront un vrai problème de société demain"
Marc Goblet
Secrétaire général de la CSC

En front commun, la CSC, la FGTB et la CGSLB ont fait le bilan des deux ans et demi de gouvernement. "Aujourd’hui, les gens peuvent mesurer dans leur portefeuille, dans leur vie, la détérioration provoquée par les mesures prises, dit Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC.  Citons notamment le saut d’index, qui,  d’après leurs calculs, a fait perdre 2% des revenus des fonctionnaires et des allocataires sociaux sur un an. Quand aux travailleurs, la CSC estime que le tax-shift ne leur a pas apporté les promesses escomptées. 

Les syndicats appellent donc l’équipe de Charles Michel  à sérieusement rectifier le tir. Et vite. "Il reste deux ans pour rétablir l’équité fiscale et sociale": c’est leur nouvelle punchline. "Nous en appelons à un changement de cap, une autre politique sociale est possible, dit Rudy De Leeuw, le président de la FGTB. 

Que demandent les syndicats?

  1. Sur les revenus. Le constat des syndicats est lapidaire: perte de 2% de pouvoir d'achat, un tax shift qui aboutit à une redistribution des revenus inversée (les travailleurs et allocataires sociaux sont encore plus mis à contribution, les grandes fortunes sont épargnées), une remise sur la table de la dégressivité du salaire des jeunes, une inflation non-maîtrisée. Les solutions?  Respecter le résultat des négociations salariales, y compris sur le salaire des jeunes et l'ancienneté. Mettre les prix sous contrôle, s'attaquer au dumping social. 
  2. Sur l'emploi. Les nouvelles baisses de charge coûtent 74.000 euros par emploi supplémentaire. Un coût supporté par l'Etat.  "On ne peut pas donner des cadeaux et ne compter que sur les effets retour", dit Goblet, qui tient à différencier les multinationales (qui ne créent pas d'emplois mais favorisent leurs actionnaires en puisant dans les poches des travailleurs) des PME qui tentent de s'en sortir en investissant. Les conditions de travail empirent, le gouvernement favorise le burn-out en rendant les conditions de travail impossible. Il y a moyen de mener la politique de création d'empois autrement, disent les syndicats, qui réclament une évaluation du tax-shift, un vrai plan emploi pour les jeunes, une meilleure conciliation vie privée/vie professionnelle, des projets pilote de réduction collective du temps de travail, une obligation d'investissement dans la formation, et une vraie relance des investissements publics (dans l'accueil des enfants, les soins de santé, l'aide aux personnes âgées, ...). 
  3. Sur la protection sociale. "Les investisements sont protégés, les données sont protégées, le travailleur aussi doit être protégé contre les risques, liés à la maladie, au monde du travail,...", dit M-H Ska. Trois chiffres: 34.000 exclus des revenus d'insertion, 200.000 malades de longue durée (qui ne sont traités que comme des chiffres à réduire),  un absentéisme qui coûite 5 milliards d'euros par an (mais qui cachent des travailleurs épuisés). Les syndicats veulent que les minimas sociaux soient relevés  au niveau de la norme européenne. Ils réclament un stop sur les économies en matière de pension, un refinancement de la sécurité sociale, et empêcher le développement de rémunération sans cotisation sociale (car ce sont elles qui financent la sécu).  
  4. Sur la justice fiscale. On s'est trompé. Le tax-shift n'opère pas un glissement de l'impôt sur le travail vers un impôts sur les capitaux et le patrimoine. "Le gouvernement a perdu toute crédibilité sur le plan de la politique fiscale et des finances, assène Marc Leemans (CSC). Il a beaucoup d'élégance fiscale, mais aucune élégance sociale". Les syndicats réclament une imposition équivalente et progressive de tous les revenus, l'introduction d'un impôt sur les plus-values, pas question, sous prétexte de mobiliser l'épargne pour des investissements de créer de nouveaux avantages fiscaux pour les détenteurs de capitaux, réaliser la taxe sur les transactions financières, lutter contre la fraude fiscale, renforcer les services d'inspection.

 

Les syndicats attirent particulièrement l’attention sur la justice fiscale, qui est au coeur du débat (et des chamailleries) au sein du gouvernement.  "L’argent est là, mais l’inspection fiscale n’est pas autorisée à se baisser pour le ramasser, proteste  Rudy De Leeuw, qui en matière de fiscalité, constate que le gouvernement fait actuellement une "redistribution à l’envers".   

 «L’argent est là, mais l’inspection fiscale n’est pas autorisée à se baisser pour le ramasser"
Rudy De Leeuw
Président de la FGTB

La réforme de l’impôt des sociétés évoquée aujourd’hui inquiète particulièrement les syndicats. "C’est le conseil supérieur des finances qui le dit, une entreprises médiane paye déjà actuellement zéro impôt", dit Marc Leemans, à la CSC. 

Les syndicats craignent que, si imposition des plus-values il y a, elles ne servent qu’à financer la réforme de l’impôt des sociétés. "Il faut l’introduire indépendamment, c’est juste une question d’équité fiscale, dit Marc Leemans. Un euro gagné doit être taxé, quelle que soit la manière dont il a été gagné."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés