analyse

Pas de fumée blanche entre Charles Michel et la N-VA

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MR et N-VA avancent chacun leur solution pour sortir de l’impasse politique. Les nationalistes ont répété leur refus de signer ce texte à Marrakech le 10 décembre. Le kern se réunit ce mardi pour poursuivre les discussions. En présence de Theo Francken.

Le gouvernement de Charles Michel n’a sans doute jamais été aussi proche de la rupture. À vrai dire, il ne semble plus tenir qu’à la volonté partagée par les quatre partis de la majorité, N-VA, MR, CD&V et Open Vld, de ne pas demander à l’électeur d’aller aux urnes avant les scrutins de mai prochain. Personne ne souhaite une chute du gouvernement suivie d’élections anticipées qui mettraient à terre l’image d’un exécutif gestionnaire et responsable. Une image que les partenaires essayent d’entretenir depuis 2014 malgré les nombreux épisodes de tension qui ont marqué la législature.

-> Lire par ailleurs notre "Carte blanche": "Pourquoi le pacte migratoire est imbuvable pour la N-VA"

On en était là ce lundi, alors que la pomme de discorde revenait au devant de la scène. On ne présente presque plus ce fameux pacte de l’ONU pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Ce texte non contraignant se propose de baliser à l’échelle mondiale les phénomènes de migration. Quelques pages de louables intentions auxquelles la Belgique allait souscrire sans sourciller lors du sommet prévu à Marrakech les 10 et 11 décembre. Le Premier ministre Charles Michel l’avait promis à la tribune de l’ONU au mois de septembre. De toute son âme, il soutenait alors le pacte dont le contenu avait été négocié pendant près de deux ans. Des discussions auxquelles la N-VA avait pourtant été associée.

C’était sans compter la volte-face d’un certain nombre d’États européens vis-à-vis du texte onusien. Dont celle de l’Autriche et son gouvernement associant conservateurs de droite et extrême droite. Ce revirement semble avoir cabré la N-VA, soucieuse de juguler le retour de certains de ses électeurs dans les bras du Vlaams Belang. Une tendance observée lors des élections communales en Flandre.

Depuis, les nationalistes refusent de signer ce pacte, jugé incompatible avec l’ADN du parti. Son président, Bart De Wever, refuse aussi au gouvernement d’être représenté à Marrakech. Radical, ce point de vue était exprimé à nouveau à la sortie du bureau de la N-VA ce lundi. Dans la foulée, un comité ministériel restreint était convoqué. Ce kern s’est terminé vers 17h30. Sans que de la fumée blanche ne s’échappe du Lambermont.

Le MR propose

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De leur côté pourtant, le MR et Charles Michel avaient concocté une sortie de crise. Ou plus exactement une proposition de sortie de crise. Pour Charles Michel, la charge symbolique du différend réside dans ce déplacement à Marrakech. "Il a dit que la Belgique y signerait le pacte", rappelle un proche du dossier. Comment renoncer à ce sommet sans perdre la face et la crédibilité dont doit jouir tout leader de gouvernement? En maintenant le voyage à Marrakech, en acceptant le pacte dans sa globalité mais en refusant certains aspects du texte qui nourrissent les réticences affichées par la N-VA, imagine-t-on au MR où, pour le dire platement, tout le monde n’est pas forcément fan de ce pacte onusien. "L’important n’est pas tant d’aller à Marrakech que de savoir pour y faire quoi", relevait un proche des discussions. Le Premier a déposé une note interprétative développée aux Pays-Bas et au Danemark pour clarifier le texte onusien et éviter qu’il ne nourrisse abusivement la jurisprudence belge. À Marrakech, il n’y aura pas forcément signature en bonne et due forme, relève-t-on aussi pour relativiser l’importance du rendez-vous. 

Pour rappel, la N-VA avait pointé dans ce pacte une distinction insuffisamment marquée entre migration légale et migration illégale, une facilitation du regroupement familial ou encore le risque de voir le pacte alimenter des décisions de justice en Belgique. Les nationalistes auraient proposé ce lundi d’annuler le déplacement de la Belgique au Maroc et d’attendre le mois de janvier et une abstention sur le pacte lors de l’assemblée générale de l’ONU.

"Tant que le travail continue, c’est qu’il y a une perspective".
Jan Jambon (N-VA)
ministre de l'Intérieur

À la sortie du kern, l’ambiance n’était toutefois pas au clash. "Tant que le travail continue, c’est qu’il y a une perspective", commentait le vice-Premier N-VA Jan Jambon à la sortie de la réunion, ce qui laisse penser que les nationalistes ne sont pas dans une logique de rupture.

Un nouveau kern est convoqué ce mardi, auquel sera convié Theo Francken (N-VA), secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. L’ambassadeur de la Belgique à l’ONU sera également entendu. "Nous voudrions que le Parlement puisse organiser un vrai débat sur la question", glisse une source gouvernementale qui ne se satisfait visiblement pas des discussions annoncées à la Chambre ce mardi sur les résolutions de soutien au pacte déposées par l’opposition. Les entités fédérées qui, concernées, n’ont pas critiqué le pacte de l’ONU jusqu’ici, seront également consultées à la demande du Premier.

Ces consultations donnent du temps et donc un peu d’air à Charles Michel, dont la semaine s’annonce éprouvante.

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