Le gouvernement tient toujours, mais la crise ne s'éteint pas

Une majorité de rechange a approuvé, en commission à la Chambre, la résolution exprimant le soutien au pacte migratoire. La N-VA est restée à quai. Cela fera-t-il tomber le gouvernement?
  • Ce qu’il faut retenir de la journée

    • La commission des Relations extérieures a approuvé la résolution sur le pacte migratoire. Le texte a reçu le soutien d'une majorité de rechange qui a réuni, dans la majorité, le MR, le CD&V et l'Open Vld et, dans l'opposition, le cdH, les écologistes et le sp.a. La N-VA a voté contre. Le PS s'est abstenu. Fort de ce texte, le Premier ministre se rendra lundi à Marrakech, où a lieu la conférence internationale qui marquera l'adoption du pacte;
    • La N-VA campe sur ses positions et reste opposée au pacte: "Avec la N-VA dans le gouvernement, la Belgique n'approuvera pas le Pacte, ni à Marrakech, ni à New York", a averti le chef de groupe, Peter De Roover;
    • Jusqu'à présent, les nationalistes flamands n'ont pas retiré leur confiance au gouvernement Michel;
    • La résolution sera discutée et votée jeudi en début de séance plénière.
  • 44% des Belges pensent que le pacte ne vaut pas la chute du gouvernement

    33% des Belges pensent que le dossier mérite d'entraîner la chute du gouvernement Michel. 44% pensent le contraire. 25% pourcents sont sans avis, ressort-il d'un sondage Ipsos-Le Soir-RTL-TVI-VTM-Het Laatste Nieuws.

    33%
    des Belges
    33% des Belges pensent que le dossier du pacte mérite d'entraîner la chute du gouvernement Michel.

    • C'est en Wallonie que les tendances contraires sont les plus proches dans les chiffres. 34% des Wallons estiment que le gouvernement fédéral doit tomber sur cette question, contre 37%; 29% sont sans avis.
    • A Bruxelles, 35% des personnes interrogées jugent que ce pacte mérite de faire chuter le gouvernement, contre 45% qui pensent le contraire. 20% sont sans avis.
    • Près de la moitié des personnes interrogées en Flandre (47%) estiment que tout cela ne mérite pas une chute de gouvernement; un tiers estiment que oui; 23% sont sans avis. 
  • Le pacte migratoire en 5 questions

    Le pacte sur la migration conclu au sein des Nations Unies a propulsé le gouvernement fédéral belge au bord du gouffre. Mais de quoi parle-t-on réellement, quelles sont les conséquences et les objections? Et surtout: et maintenant? 

  • Chastel se félicite du vote

    Le vote mercredi en commission de la Chambre d'une résolution soutenant le Pacte des Nations unies sur les migrations légitime la position belge défendue en septembre dernier par le Premier ministre Charles Michel à la tribune de l'ONU, a affirmé le président du MR Olivier Chastel. "La fermeté du Premier ministre a porté ses fruits", a-t-il commenté, alors que la N-VA considère à l'inverse que cette résolution n'a pas de valeur suffisante pour que M. Michel se rende à Marrakech pour approuver le pacte sans accord du gouvernement. 

      M. Chastel dit prendre acte du vote négatif de la N-VA et du fait qu'elle "a fait savoir qu'elle restait membre du gouvernement". "En demandant au Parlement fédéral de se prononcer sur le Pacte migratoire, le Premier ministre a légitimé la position belge défendue en septembre dernier à la tribune de l'ONU. Oui, le Parlement fédéral belge soutient ce Pacte, et c'est ce message que Charles Michel portera à Marrakech la semaine prochaine", commente le président des réformateurs.

      Il pointe toutefois du doigt le PS, "dont l'abstention est quelque peu hypocrite vu qu'il prétendait soutenir ce Pacte". Olivier Chastel rappelle les éléments "chers au MR" contenus dans ce pacte non-contraignant, tels qu'un "cadre de coopération qui confirme la souveraineté de tous les États mais les encourage aussi à collaborer, en vue de faciliter le retour et la réadmission des migrants en toute sécurité et dignité, ainsi que leur réintégration durable dans leur pays d'origine." 

    "La problématique de la migration dépasse en effet largement le cadre belge et nécessite d'être gérée d'un point de vue européen et même mondial. Le Pacte confirme la possibilité pour les États d'opérer la distinction entre migration régulière et irrégulière. En matière de regroupement familial, il n'est pas contradictoire avec le cadre mis en place par la Belgique avec le soutien du MR (niveau de revenu, connaissance de la langue, durée du séjour etc). Le texte prévoit encore de gérer les frontières de manière intégrée, sûre et coordonnée." 

  • Une majorité alternative s'est formée

    C'est une première sous le gouvernement Michel : une majorité alternative s'est constituée à la Chambre. Plus précisément en commission des relations extérieures, où se sont poursuivis ce mercredi les débats houleux autour du pacte migratoire.

    Sans surprise, la N-VA a voté contre. CD&V, Open VLD, MR, Ecolo-Green, sp.a et cdH ont voté pour. Le PS s'est abstenu.

    Le texte appelle à une consultation des États membres de l'UE, qui soutiennent le pacte, afin de parvenir à une "explication de position" qui clarifie le soutien apporté au pacte. 

    Le vote en séance plénière aura lieu jeudi. Fort de ce texte, le Premier ministre, Charles Michel, se rendra lundi à Marrakech, où a lieu la conférence internationale qui marquera l'adoption du Pacte, pour y exprimer le point de vue du parlement, c'est-à-dire le soutien de la Belgique.

    La N-VA a voté contre le pacte. ©Belga

  • La N-VA ne fléchit pas

    Ce n'est pas ce mercredi à la Chambre que les lignes bougeront.

    MR, CD&V et Open Vld ont toujours l'intention d'embarquer à bord de ce pacte mondial pour les migrations, étant donné qu'ils ont déposé un amendement visant à adapter quelque peu la proposition de résolution déposée par l'opposition cdH, et demandant à la Belgique de soutenir ce fameux pacte.

    Voilà pour ce côté-là de la coalition suédoise. Et la N-VA? Elle restera à quai.

    L'intervention de son chef de groupe Peter De Roover ne laisse aucun doute sur le sujet. Ironie à la clef. "Pacte mondial sur les migrations? Mais vous pouvez rayer le mot ‘mondial’. Il est trompeur et contraire à la loi de protection des consommateurs." Le parti nationaliste aura un petit mot "aimable" pour chacun. En ce compris le Vlaams Belang, avec qui il se retrouve à la pointe du combat contre ce texte qui met la Belgique politique sens dessus dessous. "Sur le sujet, vous vous êtes réveillés bien trop tard.

    Loin d'être une surprise: la N-VA annonce qu’elle ne soutiendra guère la résolution sur le pacte migratoire. Sans s'avouer vaincue, puisqu'elle indique, logiquement, que ladite résolution n’engagera pas la Belgique, puisque seul le conseil des ministres peut le faire. Et ce pacte est resté calé au conseil des ministres. 

    "Laissez-moi le répéter clairement, martèle Peter De Roover. Avec la N-VA au gouvernement, la Belgique ne soutiendra pas ce pacte. Ni à Marrakech, ni à New York. C’est une question de souveraineté. Nous traçons une ligne très claire: la N-VA ne cède pas."

    Peter De Roover (N-VA) a répété que son parti ne voterait pas le pacte. ©Photo News


  • En route vers une majorité alternative

    La Belgique est un pays inventif, quand il est question d'entourloupes politiques.

    Faut-il encore rappeler la situation? 

    -> Le pacte onusien sur les migrations mondiales crispe le gouvernement et provoque un sérieux blocage. Le Premier ministre, qui a donné sa parole, sort un joker de sa poche: il contourne l'exécutif et demande à la Chambre de se prononcer. D'où, inévitablement, sortira un vote en faveur du texte. Porté par une majorité alternative, sans la N-VA. De quoi faire tanguer la coalition suédoise.

    C'est ce à quoi ont travaillé MR, CD&V et Open Vld ce matin: pondre un amendement commun, venant modifier la proposition de résolution déposée par le cdH. Cette proposition demandait à la Belgique de soutenir ce pacte mondial  pour une migration sûre, ordonnée et régulière.

    Qu'ajoutent les partis de la majorité, hormis une référence aux auditions qui se sont tenues hier à la Chambre? Une demande d'une concertation avec d'autres états européens en vue de produire une déclaration explicative commune, qui viendra argumenter et nuancer l'adhésion de ses auteurs lors du vote, aux Nations Unies, de la résolution portant ce pacte.

    Emballé, c'est pesé? Pas si vite! Parce que cela coince, du côté de la constitution. 

    L'opposition s'interroge: de quel mandat dispose Charles Michel pour se rendre à Marrakech? "C'est très simple, ramasse le chef de groupe MR, David Clarinval. Il ira y présenter la position du parlement belge." L'affaire est dans le sac. 

    Qu'importe si cette solution est boiteuse, puisque le Premier peut représenter son gouvernement, l’exécutif, mais pas son parlement, le législatif. "Il faudrait alors envoyer le président de la Chambre, Siegfried Bracke", estime Hendrik Vuye, professeur de droit et député échappé des rangs de la N-VA. 

    "Allons, discutons de cela demain en plénière", tente le président de la commissions "Relations extérieures", le socialiste flamand Dirk Van der Maelen. Suivi par Georges Dallemagne (cdH), qui a déposé la résolution en question, et aimerait "effectuer son travail de parlementaire". "Je ne suis pas membre du gouvernement, moi."

    Depuis, les débats s'enflamment à coups de déclarations à rallonge. Mais cela, c'est le style habituel de la Chambre. Crise gouvernementale ou pas.

  • Durs, les éditorialistes flamands envers la N-VA

    "Radicalisation", "choix clair pour l'électeur de l'extrême droite", "usage de mensonges et contre-vérités". La presse flamande n'est pas tendre avec le parti nationaliste flamand.

     

  • Le vote en plénière de la Chambre est pour jeudi

    Les différents chefs de groupe, y compris celui de la N-VA, se sont engagés à ce que la Chambre approuve le texte en séance plénière jeudi.

    Pour l'heure, une vaste concertation est en cours pour trouver le "consensus le plus large possible" autour de la résolution avec un vote prévu en Commission aujourd'hui. 

  • Ce sera 13h30, finalement

    Mais où est Charles Michel? C'est une des interrogations qui remonte depuis les bancs de l'opposition à la Chambre. Si le Premier ministre veut entendre ce qu'a à dire le parlement fédéral, pourquoi n'est-il pas présent en ce joli mercredi matin?

    Allons, reprend le chef de groupe MR. Charles Michel a dit qu'il sollicitait l'avis de la Chambre, pas qu'il serait présent. Et d'ironiser: quand il a requis un délai supplémentaire, jusqu'à midi, il n'était pas encore 11h. Or la Chambre discute toujours de cette demande - sans que David Clarinval puisse la mener, cette concertation avec les différents partis. C'est pourquoi il propose à présent 13h. De quoi laisser le temps, aussi, à la conférence des présidents de se tenir.

    "Du moment que l'on vote aujourd'hui', conclut le président Dirk Van der Maelen (sp.a). Qui fixe le dernier délai: 13H30. Et là, prévient-il, "il ne sera plus question de petits jeux politiques". 

  • Le Vlaams Belang envisage un recours au Conseil d'Etat

    Filip Dewinter, parlementaire Vlaams Belang, se tournera vers le Conseil d'Etat si la résolution sur le pacte migratoire devait être approuvée et que le Premier ministre se rendait à Marrakech. C'est ce qu'il annonce dans les couloirs de la Chambre en attendant le début de la Commission. "Si le Premier se rend au Maroc sans le soutien de la majorité, le gouvernement agirait dans l'illégalité." Pour Dewinter cela créerait un précédent.

    Dewinter envisage donc d'interroger le Conseil d'État sur la légalité de voir Michel se rendre à Marrakech si un parti de la majorité n'est pas d'accord. "Nous pouvons encore nous tourner aujourd'hui vers le Conseil d'État."  

  • Et un délai supplémentaire, un!

    David Clarinval (MR) demande donc une reprise des travaux de la Commission vers 12h histoire de trouver une proposition "plus ou moins commune". Dans le camp de l'opposition, on n'est pas contre - on comprend que la situation puisse être "difficile". Mais on s'interroge tout de même: puisque le Premier ministre, affaibli, s'en remettait hier soir à la Chambre, pourquoi n'écoute-t-on pas tout de suite ce qu'elle a à dire? Sachant qu'il ne fait aucun doute qu'une majorité se dégagerait en faveur du soutien au pacte onusien. 

  • La N-VA indique toujours être au gouvernement

     

    La N-VA fait toujours partie du gouvernement et ne s'inscrit pas dans le contexte d'une crise gouvernementale, indique le chef N-VA de groupe à la Chambre Peter De Roover.

    La N-VA reste bien opposée à ce pacte, a précisé le chef de file nationaliste. Elle votera donc contre la résolution. Peter De Roover insiste: une résolution ne lie pas le gouvernement. "Il en faut toujours plus pour informer l'opinion publique."

    Il conclut: si dans les circonstances actuelles, Charles Michel se rend à Marrakech, il ne sera pas couvert par le gouvernement, a ajouté Peter De Roover. 

     

    Que va faire la N-VA si le pacte migratoire est voté par une majorité alternative au parlement ? ©Photo News

  • Petit retard d'allumage à la Chambre

    C'est le président de la commission "Relations extérieures", le socialiste flamand Dirk Van der Maelen, qui le dit. Il a reçu ce matin un petit coup de fil de la part des chefs de file de la majorité suédoise. Lui demandant de leur accorder un petit délai, le temps de s'accorder sur un amendement, s'ajoutant donc aux deux propositions de résolution déposées par l'opposition, et demandant à la Belgique de soutenir le pacte onusien pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

    Demande acceptée, puisque le président a suggéré que les travaux ne démarrent qu'à 10h45.

    Entre-temps, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, a effectué une entrée remarquée. 

  • "Toutes les pistes qui s’offraient à Charles Michel donnaient des munitions à l’opposition."

    → Notre édito: "Suicide gouvernemental"

  • "Si la N-VA a changé d'avis, elle doit en assumer les conséquences"

    Interrogé sur Radio 1, le vice-Premier Kris Peeters (CD&V) insiste: l'éventuelle décision de quitter le gouvernement appartenait à la N-VA. Il rappelle que les trois autres partis de la coalition étaient favorables au texte de l'ONU. 

    Le chef de groupe de l'Open Vld à la Chambre, Patrick Dewael, et son homologue du MR, David Clarinval, ont eux aussi précisé que les nationalistes flamands avaient leur sort entre les mains. "La N-VA va devoir choisir: ou elle se rallie au consensus, ou elle se dirige vers la sortie", a lancé Patrick Dewael. "Nous n'avons pas changé d'un iota sur la question du Pacte. Toutes les étapes ont été validées par la N-VA. Si elle a changé d'avis, elle doit en assumer des conséquences", a pour sa part commenté David Clarinval. 

    "Il me semble logique que le CD&V soutienne" un éventuel amendement, introduit par le MR à la demande du Premier ministre Charles Michel, dans une résolution appelant au soutien par la Belgique du Pacte des Nations Unies sur les migrations, indique le chef de groupe des chrétiens-démocrates flamands à la Chambre, Servais Verherstraeten.

  • Voici les scénarios possibles

    En contournant la N-VA, Charles Michel met son exécutif en danger. Voici les scénarios envisageables, des affaires courantes à la convocation d’élections, en passant par une nouvelle majorité.

  • Suivez les débats en direct de la Commission

  • Les experts démontent les craintes de la N-VA

    Les experts se sont succédé hier en commission de la Chambre. Ils estiment majoritairement que ce pacte n'est pas contraignant. Ils ajoutent qu'il est par ailleurs en quelque sorte "cousu main" pour répondre aux différentes exigences. 

  • "Le gouvernement flamand, lui, n'est pas opposé au pacte. Bizarre!"

    Faute d'accord avec la N-VA sur le pacte des migrations de l'ONU, le Premier ministre a jeté l'éponge hier au terme d'une folle journée. Il s'en remet au Parlement, chargé de se prononcer sur la position de la Belgique par rapport au texte onusien qui doit amorcer l'élaboration d'un cadre international au phénomène migratoire. S'il obtient une majorité - qui ne pourra venir que du soutien d'une bonne part de l'opposition francophone - il pourra se rendre au sommet de Marrakech lundi ou mardi et communiquer la position de l'État belge sur ce pacte migratoire.

    Mais le gouvernement de Charles Michel, du moins dans la forme qui est la sienne depuis 2014, aura vécu puisque la N-VA a clairement indiqué qu'une majorité alternative dans ce dossier signerait son bon de sortie. On doit donc s'attendre à ce que le parti nationaliste retire sa confiance au gouvernement en le privant de majorité à la Chambre. 

    "Malgré les propositions raisonnables faites", Charles Michel a donc dû se résoudre à acter un blocage total au sein des partis de la majorité sur le pacte migratoire. Le Premier ministre a confirmé: oui, il se rendra la semaine prochaine au Sommet de Marrakech.

     "J'ai l'intention d'aller à Marrakech pour communiquer la décision qui sera approuvée par le parlement". Il demande maintenant au parlement de s'exprimer sur le pacte.  "J'ai pris la décision de demander au parlement de s'exprimer sur ce sujet (...) le moment est venu de faire un choix."

    Sur les antennes de Bel RTL ce mercredi matin, il ajoute que la balle est désormais dans le camp de la N-VA, non sans une petite mise en garde. "Celui qui retire la prise est un irresponsable." Il indique également avoir reçu l'aval du gouvernement flamand sur ce même texte. "Bizarre!", conclut-il. Il indique que le secrétaire d'État Theo Francken est là "pour exécuter l'accord du gouvernement."

    Non, martèle-t-il, ce pacte n'est pas une voie ouverte à une déferlante migratoire. "Dire qu'on peut gérer la migration seul est absurde ou c'est ne pas dire la vérité aux citoyens." Ce pacte est selon lui un levier supplémentaire pour des accords de coopération, pour mieux organiser le retour des personnes entrées illégalement sur le territoire, une façon de mieux lutter contre les passeurs. Charles Michel considère aussi que ce pacte permettra aux différents pays signataires de se mobiliser davantage contre les causes de ces migrations; de pouvoir mieux soutenir les écoles, les soins de santé de ces pays. "C'est une question de bon sens".

    ©Dries Luyten

Plus sur Les Marchés

Contenu sponsorisé

Partner content