Le grand marchandage des postes a commencé au Fédéral

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CEO de la SNCB, juge à l’Europe, directeurs à la BNB ou administrateurs chez Belfius. Demandez le programme.

Petit papa Michel. La hotte du Père Noël Premier ministre est particulièrement lourde cette année – et il va devoir faire attention à ne pas se casser le dos. Le gouvernement fédéral va en effet devoir procéder, dans les semaines et mois à venir, à une salve de nominations à des postes très demandés et variés, des postes qui sont soit stratégiques, soit bien rémunérés, soit prestigieux. Ou les trois ensemble – c’est encore mieux.

On ne connaît toujours pas le successeur de Jo Cornu à la tête de la SNCB. ©BELGA

Cette distribution, à grande échelle, de strapontins explique, en partie au moins, pourquoi le job de CEO de la SNCB n’a toujours pas été attribué. Au grand dam du ministre de tutelle François Bellot, qui ne cesse de répéter que tout est sur la table du gouvernement pour nommer le successeur de Jo Cornu. Le chasseur de têtes mandaté à cet effet a listé quatre noms et il n’y a qu’à se baisser pour en désigner un. Seulement voilà: les quatre partis de la coalition se regardent en chiens de faïence. Et le Premier ministre Charles Michel doit composer dans un ensemble plus vaste que la SNCB. Un équilibre subtil doit être respecté entre les différentes composantes politiques de la coalition au pouvoir. Autant l’écrire: c’est un casse-tête.

Il faut notamment désigner un juge pour le tribunal européen à Luxembourg. Et, ici, l’affaire est particulièrement urgente dans la mesure où la Belgique devait procéder à cette nomination pour le mois de septembre dernier. Or, le mandat de 6 ans va être amputé des mois qui ne sont pas prestés: c’est donc du temps perdu pour la Belgique à Luxembourg. Un juge francophone a déjà été désigné en mars dernier: Paul Nihoul, il est issu des rangs de l’UCL. Mais la désignation du second juge belge bute – essentiellement sur des demandes flamandes. La N-VA défend un candidat de la KUL mais les ministres de tutelle Didier Reynders et Koen Geens ne parviennent pas à faire progresser le dossier.

"Dégradé"

Le MR Pierre Wunsch est un des directeurs de la Banque nationale qui devrait être confirmé. ©BELGA/BELPRESS

Autres nominations clés: la Banque nationale. Plusieurs mandats de directeur arrivent à leur terme en mars prochain. Outre le fait que ces jobs sont bien rémunérés, ils sont également prestigieux. En fait, quatre directeurs nommés en 2011 vont voir leur siège en ballottage au printemps 2017. Deux d’entre eux possèdent une couleur politique "gouvernementale": le MR Pierre Wunsch et la CD&V Marcia De Wachter. Ces deux-là devraient être aisément confirmés dans leur fonction, sauf si la N-VA veut mettre la main sur un poste de directeur supplémentaire (elle n’en possède qu’un à ce stade). Deux autres directeurs de la Banque nationale vont également voir leur mandat arriver à échéance: il s’agit du socialiste Mathias Dewatripont et du cdH Jean Hilgers. Rappel, Dewatripont avait déjà été "dégradé" de son rang de vice-gouverneur de la Banque nationale par la coalition en place. Il apparaît toutefois improbable que le gouvernement fédéral veuille écarter totalement le PS, principal parti d’opposition, de la direction de la Banque. Pour le cdH, en revanche, le poste de directeur ne tient qu’à un fil, observent des experts patentés de ce genre d’exercice.

Mais ce n’est pas tout: chez Belfius également, banque détenue à 100% par les autorités publiques, des mandats d’administrateur vont devoir être attribués. Il y en a deux (pour des Flamands), dont celui laissé vacant par Wouter Devriendt, qui est parti diriger Dexia. Bien sûr, comme partout, c’est la compétence qui compte – mais si vous disposez du bon maillot politique, cela ne peut jamais faire de tort.

Cerise sur le gâteau: un poste honorifique est également à pourvoir à la tête du Benelux. Non, ce n’est pas une blague et, plusieurs sources confirment que c’est "très bien rémunéré". Là, un libéral flamand est dans la course: il s’agit de l’ancien député Luc Willems. Guy Verhofstadt fait d’ailleurs du lobbying sur le gouvernement afin qu’il soit désigné… Mais l’intéressé n’a pas convaincu au sein du gouvernement, dit-on.

"On se tient tous par la barbichette et on attend que le Premier ministre trouve une solution."

Ajoutez que toutes ces désignations à des postes sont aussi couplées à la résolution de dossiers épineux comme la taxation des plus-values et/ou la réforme de l’impôt des sociétés et vous aurez une vue assez globale du casse-tête en cours. "Tout le monde tient tout le monde par la barbichette et on ne se fait pas de cadeaux", glisse une source gouvernementale. "On attend que le Premier ministre avance ses solutions".

Au cabinet du Premier ministre, on réfute ces questions de désignation de grande ampleur et on parle "d’intox": "tout ça sera fait en temps et en heure", y assure-t-on.

Le gouvernement Michel va procéder à une salve de nominations à des postes très demandés et variés. ©BELGA

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