interview

"Le modèle écolo repose sur un mythe" (Corentin de Salle, MR)

©doc

Depuis les élections communales, le MR constate que les verts séduisent une partie de son électorat. Les libéraux travaillent à la théorisation de "leur" écologie, marquée par son opposition radicale avec celle du parti Ecolo.

À un ton "catastrophiste cultivant la peur", le MR oppose un ton "analytique et optimiste". Au lieu d’un "paternalisme" cherchant à imposer la solution Ecolo, le MR propose une "neutralité axiologique et démocratique". À "l’alarmisme" vert, les bleus préfèrent "la sérénité, le calme et la méthode". L’idéologie de l’écologie punitive, en voulant changer les habitudes de la population "se rapproche des mouvements totalitaires qui aspiraient à l’édification d’un homme nouveau", analyse le centre d’étude du MR, le Centre Jean Gol, qui craint encore que "l’écologie dominante" mène à un "plan soviétique" de planification économique. Les termes sont forts et choisis. Nous avons demandé à Corentin de Salle, directeur du Centre Jean Gol, de développer ce qu’il appelle l’écologie bleue ou l’écologie de la liberté.

"Le libéralisme qui existe depuis 250 ans est le système le plus durable, il a été une force qui a permis de protéger l’environnement."

Que reprochez-vous à l’écologie d’aujourd’hui?

Il y a un modèle dominant qui est grosso modo défendu par Ecolo et par les principales associations écologistes comme Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace, le WWF et les Amis de la terre etc. Ces ONG se doivent de se présenter comme relativement neutres mais sont en fait fortement orientées à gauche. Ce modèle dominant est hostile à l’économie de marché, à la société de consommation, au mode de vie actuel des classes moyennes. Il est assez antilibéral. Il est paternaliste, il dit aux gens comment se déplacer, quoi acheter, quoi manger. C’est aussi un modèle très moralisateur, culpabilisateur même, associé à un discours anxiogène qui nous dit que nous courrons à notre perte. S’il y a des raisons de se préoccuper du futur et même d’en avoir peur, ici, on noircit le tableau et on ne fait jamais état des progrès importants réalisés ces 50 dernières années dans le domaine environnemental. C’est aussi un courant assez dirigiste.

Le MR admet-il que le système économique est au moins en partie responsable des dégâts environnementaux?

Oui, mais le modèle dominant considère que c’est l’économie de marché qui est à la source des problèmes alors que celui de l’écologie bleue considère que l’économie de marché est la solution. C’est même la seule solution car elle permet de concilier le développement économique et démographique de l’humanité et la protection de l’environnement. Indéniablement, l’homme exerce une pression considérable sur l’environnement.

Précision
"Le MR a chiffré son programme"

On a reproché au MR de ne pas avoir transmis ses chiffres au Bureau du plan dans le cadre de l’évaluation des programmes électoraux. Le directeur du Centre Jean Gol tient à réagir. "Le PS n’est pas le seul à avoir chiffré son programme vu que le MR a bien chiffré son programme, lui aussi, mais a fait le choix de ne pas transmettre le chiffrage avant de l’avoir fait vérifier par le Bureau du plan, dit Corentin de Salle. Le Centre Jean Gol a publié pas moins de 126 analyses et 23 études depuis 2014. Le texte Ceta de 2016 était un argumentaire à usage interne qui pose clairement les balises de cet accord et s’appuie sur un grand nombre de chiffres et de données de l’administration européenne. La position du MR, qui s’opposait à celle de tous les partis francophones, et qui fut adoptée par le gouvernement fédéral, a eu pour effet de conduire à une hausse de 7% des exportations européennes vers le Canada. Pour la Belgique, cela a correspondu à une hausse de 56% de nos exportations."

Mais le modèle écolo dominant repose sur un mythe: avant la révolution industrielle, l’homme vivait en harmonie avec son environnement. En réalité, énormément de sociétés préindustrielles se sont effondrées en raison des désastres occasionnés à leur environnement. L’homme est une sale bête, un serial killer écologique, un désastre ambulant dès l’origine.

À l’époque, l’homme agissait en pensant que les ressources étaient infinies.

Oui, mais la révolution libérale inverse cette tendance millénaire. C’est à partir d’un certain stade de développement que le souci environnemental se fait de plus en plus marqué, ce qui est propre aux sociétés occidentales. Plus une société se développe, plus elle a les moyens de lutter contre la pollution. Elle a la connaissance scientifique, la technologie et les moyens financiers de se payer le luxe d’engendrer des mouvements écologistes.

"Si vous affaiblissez l'économie de marché, vous allez droit dans le mur, vous aurez la pollution et un désastre social"

Les libéraux défendent depuis des années le modèle consumériste. La préoccupation écologique n’a jamais été le fort la droite. D’accord?

Le libéralisme qui existe depuis 250 ans est le système le plus durable, il a été une force qui a permis de protéger l’environnement. Un des principes de base de l’écologie bleue, c’est le droit de propriété. Ce sont les biens sans maître qu’on pollue le plus et qu’on épuise. C’est-à-dire les ressources collectives, l’eau, l’air, les forêts, les ressources marines, etc. Tout ce qui n’est pas approprié par quelqu’un est menacé.

Corentin De Salle. ©BELGAIMAGE

Il faut donc privatiser l’environnement?

Tout n’est pas privatisable évidemment. Il faut réfléchir à des modes alternatifs entre l’appropriation étatique et la propriété privée. Il y a des solutions imaginatives comme le capitalisme pastoral expérimenté en Namibie ou au Botswana. On déclare commercialisables certaines espèces en les donnant en propriété aux tribus locales. Auparavant, c’étaient des fonctionnaires corrompus par des braconniers ou des chasseurs internationaux qui géraient ces populations d’animaux. On peut imaginer la même chose pour les bancs de baleines. S’il y avait des propriétaires pour ces baleines qu’on peut localiser grâce au GPS, on pourrait repérer ceux qui les déciment. En cas d’atteinte à une propriété, on peut faire appel au droit civil pour obtenir réparation du dommage. À notre sens, cette logique est plus dissuasive qu’une série d’amendes administratives.

"L’homme est une sale bête, un désastre ambulant dès l’origine."
Corentin de Salle
Directeur du centre Jean Gol

Les jeunes manifestants insistent sur l’urgence. Que leur répondez-vous?

Si on veut répondre à cette urgence, on doit le faire sans sacrifier l’économie de marché. Si vous l’affaiblissez, vous allez droit dans le mur, vous aurez la pollution et un désastre social. La différence entre Ecolo et le MR, ce ne sont pas les objectifs mais la méthode. On ne peut pas sacrifier l’économie de marché qui est le seul modèle capable de financer la transition.

Ecolo dit justement que l’écologie est une économie pourvoyeuse d’emploi et de nouvelles filières.

Ce que je reproche à Ecolo, c’est d’agir de façon précipitée. Je ne vais pas revenir sur le dossier du photovoltaïque, mais il est symptomatique de cette course en avant. Il faut adapter le rythme des gilets jaunes qui subissent aussi la transition. On n’y arrivera pas en réduisant considérablement notre train de vie mais par l’intelligence et le progrès. Il ne faut pas changer les comportements mais il faut changer le monde. C’est ce que les gouvernements ont fait en adoptant le pacte énergétique.

Vous faites référence à la période soviétique. Vous n’avez pas peur de tomber dans une caricature d’Ecolo?

Je considère qu’Ecolo est un parti respectable mais si on pousse jusqu’à son terme cette forme de catastrophisme et qu’on adopte un modèle décroissant, alors on risque d’arriver à une économie planifiée.

Ces deux modèles que vous opposez sont-ils conciliables dans un accord de majorité?

Oui. Ce qui permet une conciliation, c’est l’endroit où l’on met le curseur entre taxation et risque pour l’économie. Je fais confiance aux négociateurs politiques pour trouver ce bon compromis.

©Belgaimage

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