Le nombre de grèves au plus haut depuis 20 ans

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C’est un record qui ne plaira sans doute à personne. Et qui montre à quel point l’année dernière a été chaude au plan social.

Le cru 2014 a totalisé pas moins de 760.296,99 jours de grève (disons 760.297), ressort-il des statistiques publiées par l’Office national de la sécurité sociale (ONSS). Depuis 1993 et son pic de 916.874 jours, voilà plus de vingt ans que la Belgique n’avait plus connu pareille grogne sociale. (Et encore: sans doute ce chiffre est-il légèrement sous-estimé, puisqu’il faut que l’information remonte de l’entreprise concernée à la Sécurité sociale.)

Divisez le tout par le nombre de travailleurs – enfin, par régiment de 1.000 –, et vous obtenez le même constat: 197 jours de grève par 1.000 travailleurs en 2014, contre 299 en 1993 et 187 en 2005. Pourquoi ce calcul? "Il permet de tenir compte d’une éventuelle évolution du nombre de travailleurs, et de la neutraliser, explique Kurt Vandaele, de l’Institut syndical européen, le centre de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats. Et il facilite les comparaisons internationales."

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Pour le chercheur, il est permis d’établir un lien entre l’ampleur des protestations, la "légitimité" du gouvernement en place et sa volonté de réformer. "Moins un gouvernement dispose d’une large majorité au Parlement, plus il aura tendance à s’appuyer sur les partenaires sociaux afin de réformer le marché du travail." Plus politique, Kurt Vandaele ajoute que les partis de droite ont tendance à moins tenir compte du modèle de concertation sociale et que le gouvernement Michel a pris quelques décisions "unilatérales".

Réformes impopulaires

Autre fil rouge: les poussées de fièvre sociale sont le fait de grandes réformes. En 1993, il s’agit du Pacte global porté par Jean-Luc Dehaene, un cocktail jugé amer mêlant austérité – la Belgique est sommée d’assainir ses finances afin de pouvoir adopter la monnaie unique européenne – et aides à la compétitivité des entreprises. En 2005, c’est le Pacte des générations, signé Guy Verhofstadt, qui irrite les syndicats, en rendant plus strictes les conditions d’octroi de la prépension. En 2014, enfin, c’est le tout récent gouvernement Michel qui jette les gens dans la rue. Saut d’index et report de l’âge de la pension sont les deux mesures les plus honnies.

"Ce record est tout sauf surprenant, commente Marc Goblet. Grande manifestation du 6 novembre, grèves tournantes et grève générale du 15 décembre: toutes les actions ont été bien suivies." En se penchant plus avant sur les chiffres, on observe que 87% des jours de grève de 2014 ont été comptabilisés durant le quatrième trimestre. "C’est la conséquence des actions de ce gouvernement qui s’en prend aux travailleurs et aux allocataires sociaux, sans faire preuve d’aucune volonté de concertation", poursuit le secrétaire général de la FGTB. Qui nuance tout de même: les réformes de Michel I n’expliquent pas tout. "2014 a aussi été le théâtre de restructurations importantes, chez Delhaize notamment. En Flandre aussi, dans la pétrochimie ou encore le métal."

Sur au moins un point, Kris Peeters rejoint Marc Goblet. "Pour nous non plus, cette donnée n’est pas surprenante", confesse-t-on au cabinet du ministre de l’Économie, qui est aussi le "Monsieur Concertation sociale" de Michel I. D’où les pincettes qui suivent. "Chaque grève est un échec, une faillite. C’est un signal à ne pas négliger." Cela étant posé, la suite du discours diffère. "D’un autre côté, ce gouvernement est un gouvernement, non pas de rupture, mais de réformes. Il y a pas mal d’ajustements à effectuer afin de sécuriser notre protection sociale, notre bien-être et la progression de notre économie. Le record de 2014 s’explique notamment par l’ampleur des mesures prises: la Belgique n’avait plus vu cela depuis longtemps! D’un point de vue psychologique enfin, le saut d’index a brusqué les gens, ne laissant personne indifférent. C’est le chemin emprunté par le gouvernement et il commence à porter ses fruits. Mais il faudra quelques années pour qu’on puisse le démontrer."

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