Le pacte d'investissement cher à Michel pèsera 9 milliards à l'horizon 2020

©BELGA

Le Premier ministre fait le point sur l’avancement de son pacte, lancé en grande pompe l’an passé. Et sur l’état de ses négociations comptables avec l’Europe.

On s’en rappelle. L’idée – sans doute une des meilleures qu’ait eue le Premier ministre – a germé durant l’été 2016, pour prendre corps petit à petit. Simple comme bonjour, sur papier: et si la Belgique se relançait dans une politique d’investissement digne de ce nom, afin de remettre au goût du jour des infrastructures vieillissantes, si pas branlantes?

Une urgence, à vrai dire. Comme on l’a dit et redit dans ces colonnes, la Belgique sous-investit depuis trente ans. Tout a débuté dans les années 80. Jusque-là, notre pays consacrait un bon 5% de son PIB aux investissements publics. Puis la "consolidation budgétaire" à la sauce Martens-Gol a pointé le bout de son nez. Sans voir beaucoup plus loin que le bout de son nez: les robinets fonctionnant à long terme sont les plus faciles à serrer.

Depuis le début des années 90, la Belgique ne consacre donc plus qu’entre 2% et 2,5% à ses investissements, sans que personne n’ait eu le réflexe salvateur d’inverser la tendance, installant pour de bon la Belgique dans le club des Etats européens investissant le moins. Une politique qui génère des dégâts – cet effort minimal ne permettant même pas d’entretenir le "stock" d’investissements existants. Autrement dit, les infrastructures se dégradent.

Aujourd'hui, un premier volet de ce "pacte national d'investissement" est bouclé. Il se chiffre à neuf milliards d'euros à l'horizon 2020; un montant à allouer à divers projets dont le soutien au projet Myrrha ou encore la finalisation du RER ou la cybsersécurité, a confirmé en commission de la Chambre le Premier ministre Charles Michel. 

Neuf sur soixante

Sur ces neuf milliards, 1,733 concerne le fédéral et 7,3 les entités fédérées. Pourtant, le pacte national pour les investissements stratégiques, une des priorités du gouvernement Michel, avait été dévoilé en 2016 et doit comprendre pour 60 milliards d'euros d'investissement d'ici à 2030, à mobiliser avec l’aide du secteur privé. Ces milliards seraient injectés dans les différents domaines: digitalisation, énergie, enseignement, mobilité, santé, ainsi que sécurité et justice. Afin de piloter le tout, un comité stratégique est constitué – et remettait en septembre dernier un premier rapport introductif.

Le RER, qui se fait autant attendre que Godot, constitue le plus gros morceau de la liste fédérale préfigurant le pacte d’investissement. ©BELGA

L'agenda de la concrétisation de ce pacte a aussi été affiné. Ainsi, six groupes de travail vont être constitués, un par domaine. Ils sont chargés de sonder leurs secteurs respectifs afin d'identifier les besoins et les projets porteurs de croissance. Le tout sera transmis au comité central de pilotage d'ici la fin avril. Un rapport détaillé  de ce dernier sur les projets retenus est attendu fin juin.

La cybersécurité s’invite

Le Premier ministre a aussi présenté son nouveau volet: la "cybercriminalité". Le Centre pour la cybersécurité Belgique (CCB) sera à la manœuvre.

Au registre comptable, il confirmera l’existence d’un accord intra-belge, confirmé lors du comité de concertation de décembre, sur le mode de plaidoirie développé par la Belgique face à la Commission européenne et son rigide pacte à elle, celui de stabilité et de croissance, veillant à l’orthodoxie budgétaire. L’enjeu est de taille: arriver à immuniser les dépenses d’investissements productifs afin qu’elles ne viennent pas plomber le seul budget de l’année durant laquelle elles sont effectuées. La Belgique va donc demander un réaménagement de sa trajectoire budgétaire à hauteur de 0,5% du PIB. Pour ce faire, elle va procéder en deux étapes.

→ rendre "éligibles" une série d’investissements qu’elle entend effectuer, afin que la Commission reconnaisse leur caractère hors norme – comme elle avait pu le faire par le passé en matière de lutte contre le terrorisme ou d’asile.
→ plaider ensuite officiellement pour un assouplissement des normes comptables européennes.

Enfin, le Premier a confirmé la création de deux fonds via la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI). Le premier, Scale-Up, doté de 500 millions et dédié au soutien des entreprises en croissance. Et le second, rassemblant Synatom, AG Insurance et la SFPI, il se concentrerait sur les gros projets d’infrastructure. On parle d’une force de frappe située entre 150 et 250 millions d’euros.

L'opposition a demandé de joindre les autorités locales aux concertations, ce que n'a pas exclu le Premier ministre dans le respect de la répartition des compétences. 

Les écologistes se sont étonnés de voir le projet "Myrrha" dans les priorités alors que nous vivrons, à les entendre, dans un monde "post-nucléaire". Charles Michel a souligné la distinction qu'il convenait d'opérer entre l'énergie nucléaire et la science nucléaire.

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