Le Pain Quotidien veut "favoriser la convivialité"

©Nicolas Vadot

Contre la dictature du smartphone avec un cadeau à la clé/Un Français remplace un Belge à la BCE… à Bruxelles/Un commissaire européen qui a le nez fin/Une femme de l'ombre/Un tour de passe-passe et un vote aux allures communautaires/

Pour favoriser la convivialité

"Le plus étonnant, c’est que l’idée semble davantage plaire aux adolescents qu’aux adultes."
Vincent Herbert (le pain quotidien) qui propose de mettre les smartphones des clients dans une boîte.

Avec leurs larges tables d’hôtes en bois brut, les restaurants Le Pain Quotidien entendent favoriser l’échange et la convivialité. Hélas la dictature du smartphone et de la tablette enferme de plus en plus les clients dans leur bulle, sans compter les désagréments pour l’entourage. Ce qui désole le CEO Vincent Herbert. À son initiative, l’enseigne va prochainement proposer à ses clients de… déposer à leur arrivée leur précieux jouet dans une boîte "scellée" (sic). "S’ils parviennent à se priver de leur appareil pendant la durée du repas, nous les récompenserons sous forme de bons de réduction, d’un café ou dessert offerts", explique-t-il, attablé dans la succursale du Sablon avant d’ajouter: "Le plus étonnant c’est que l’idée semble davantage plaire aux adolescents qu’aux adultes." Et tant pis pour les clichés…

Victime des syndicats?

Stéphane Rottier, un ancien de la Banque nationale de Belgique et du FMI, dirige le bureau de la Banque centrale européenne à Bruxelles. Mais plus pour très longtemps puisqu’il va y être remplacé par un Français, Boris Kisselevsky.

Rottier est-il la victime collatérale d’assauts syndicaux? On peut se poser la question, même si Stéphane Rottier se refuse à tout commentaire. Pour rappel, les syndicats à Francfort avaient remis en cause sa nomination à Bruxelles, parlant de "favoritisme" de la part de Peter Praet pour lequel il travaillait. Or, jusqu’à preuve du contraire, le chef économiste de la BCE n’avait joué aucun rôle direct dans sa nomination. Rottier avait passé un concours à la BCE, arrivant en deuxième position pour un poste à Washington, et atterrissant de ce fait sur une liste de réserves. Lorsque la BCE a décidé de faire monter en puissance son bureau bruxellois (qui compte aujourd’hui 5 personnes), la BCE a repris sa liste de réserves. Ce qui a immédiatement provoqué la colère des syndicats qui ont exigé une procédure de sélection en bonne et due forme. Une nouvelle procédure qui a finalement permis à Boris Kisselevsky d’émerger face au Belge.

Que va devenir Rottier qui s’était installé à Bruxelles avec toute sa famille? Va-t-il retourner à Francfort? "On ne connaît pas encore son avenir, dit-on du côté de la BCE. Il est en poste à Bruxelles encore quelque temps. Le changement de direction se fera dans les mois qui viennent. La date n’est pas arrêtée". Son successeur, Boris Kisselevsky, 45 ans, travaille pour la BCE depuis 1999. Il est actuellement chef adjoint de la division des relations publiques.

Un ex-commissaire européen qui ne sera pas trop dépaysé

Le Britannique Jonathan Hill a le nez fin. L’ancien commissaire européen aux Services financiers avait démissionné en juillet dernier, quelques jours après le référendum sur le Brexit. Abattu par le résultat, il était sorti par la petite porte pour rejoindre son île natale. Mais pas pour longtemps. Dans un monde où la politique confine avec les affaires, rien ne se perd. Lord Hill vient d’être engagé par le cabinet d’avocats Freshfields en tant que conseiller sur le Brexit. Le bureau londonien l’a chargé de faire du lobby à la Commission, ce qui évitera à l’ancien commissaire de se sentir dépaysé. La Commission européenne, qui prétend pourtant être en pointe en matière de déontologie, n’a rien trouvé à redire, pour autant que Jonathan Hill "réfrène" ses activités dans le secteur financier durant 18 mois. Ensuite, il pourra mettre ses clients en relation avec tous les commissaires européens et fonctionnaires qu’il souhaite. Après Neelie Kroes, José Manuel Barroso et bien d’autres, la Commission n’allait tout de même pas empêcher l’un des siens de "mettre à profit" sa connaissance de la "Maison".

Anne Poutrain, la missi dominici du PS

Lors de son audition par la Commission d’enquête mise en place pour faire la lumière sur les dysfonctionnements dans le dossier Publifin, Claude Parmentier, ex-chef de cabinet adjoint de l’ex-ministre des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS) a cité le nom d’un personnage de l’ombre au PS: Anne Poutrain. L’ancien patron du Crac (Centre régional d’aide aux communes) a indiqué que c’est sur sollicitation de cette dernière qu’il avait accepté d’entrer au cabinet Furlan, sinon il serait parti à la pension le 1er octobre 2015. En citant le nom d’Anne Poutrain, le futur ex-bourgmestre de Wanze met en lumière une des personnes importantes du cercle fermé qui tire les ficelles au PS wallon. Après des études en sciences politiques à l’ULB (en même temps qu’un certain Rudy Demotte), elle est entrée à l’Institut Emile Vandervelde en 1989 et depuis, elle n’a plus quitté les cabinets ministériels socialistes qu’elle arpente depuis 1991 avec des allers-retours entre les cabinets ministériels et le Boulevard de l’Empereur. Elle a été chef de cabinet adjoint de Guy Spitaels et de Robert Collignon. En 1993, elle a été appelée par Jean-Claude Marcourt pour être son adjointe quand celui-ci occupait les fonctions de chef de cabinet de Guy Mathot et par la suite de Bernard Anselme (Pouvoirs locaux à la Région wallonne). C’est à ce moment qu’elle croise Claude Parmentier et en 1995, lors de la création du Crac, un dossier défendu par Jean-Claude Marcourt, elle est nommée directrice générale adjointe du Crac aux côtés de Claude Parmentier propulsé n°1.

Elle vouerait une loyauté indéfectible à l’actuel ministre de l’Économie, Jean-Claude Marcourt. D’une discrétion sans faille, Anne Poutrain est de la trempe des femmes qui aiment le pouvoir, d’après des observateurs. A contrario, elle n’est pas mue par le pouvoir de l’argent. Elle a été chef de cabinet de Jean-Claude Van Cauwenberghe et d’Elio Di Rupo lorsqu’ils étaient ministre-président wallon. Elle a dirigé pendant plus de 8 ans l’Institut Emile Vandervelde. Considérée comme le bras droit d’Elio Di Rupo, elle régente beaucoup de choses dans les allées du pouvoir socialiste et beaucoup de "camarades" savent que le chemin qui mène au bureau de Di Rupo passe par elle.

Elle est aujourd’hui chef de cabinet du ministre-président Paul Magnette et secrétaire du gouvernement wallon tout en gardant son emploi de directrice générale adjointe (détachée) du Crac. Elle a l’oreille des pontes du parti à la rose, mais selon certaines sources, elle n’aurait pas d’atomes crochus avec le clan Demotte…

Quand la N-VA valide les nominations politiques chez Infrabel

Infrabel a annoncé mardi la nomination d’un nouveau directeur financier en la personne de Christine Vanderveeren et d’un nouveau CEO pour sa filiale Tuc Rail (et patron de la division Build) en la personne de Jochen Bultinck.

Ancienne présidente du conseil d’administration, étiquetée CD & V, Christine Vanderveeren avait été nommée en juin dernier responsable financière à la grande surprise de plusieurs administrateurs qui avaient dénoncé un tour de passe-passe inédit et interpellant. Le ministre de tutelle, François Bellot (MR) n’avait même pas été mis dans la confidence. Mardi, à la surprise générale, Christine Vanderveeren est promue CFO et intègre de facto le comité de direction avec une majoration de sa rémunération de 15%. La promotion de la CFO au comité de direction a entraîné un déclassement du CEO de Tuc Rail (et patron de Build) qui ne sera plus membre du comité de direction comme son prédécesseur.

Avec la nomination de Herman De Bode, un N-VA à la présidence d’Infrabel, des observateurs tablaient sur la fin des pratiques politiciennes. Que nenni. La promotion de la nouvelle CFO a, de nouveau, donné lieu à un vote communautaire. Les administrateurs néerlandophones l’ont approuvée comme un seul homme tandis que les francophones s’abstenaient. C’est donc la N-VA qui appuie le CD & V, une formation avec laquelle le parti nationaliste dirige la majorité fédérale et dont les relations sont marquées par des divergences idéologiques. Depuis l’arrivée de la N-VA au conseil d’administration d’Infrabel, les décisions semblent être marquées par le sceau communautaire, ce qui commence à inquiéter bon nombre d’acteurs qui se demandent si le rail belge n’est pas tout doucement en train de s’engager sur la voie de la régionalisation.

La Chanson de Yara…

Le groupe chimique norvégien Yara a pompé, au début mars, le capital social de deux de ses filiales belges d’un milliard d’euros – à chaque fois. En clair, le capital de Yara SA a été réduit de 1,034 milliard d’euros pour revenir à 12,7 millions, tandis que celui de Yara Belgium a été diminué de 1,060 milliard à 269 millions. Coup d’œil aux comptes annuels des deux sociétés: ce ne sont pas d’anciens centres de coordination, autrement dit elles ne servent pas uniquement comme banques internes du groupe mais ont également une activité opérationnelle. Elles font, ou plutôt faisaient toutefois un usage intensif de la déduction pour investissement (intérêts notionnels), ce qui leur a permis d’afficher un profit net très proche du brut. Contacté sur les raisons du siphonnage, le siège à Oslo ne nous a pas répondu.

L’opération s’inscrit néanmoins dans la tendance générale diagnostiquée ces derniers mois auprès des grands groupes étrangers présents en Belgique: vu le faible niveau des taux d’intérêt et le rabotage de cet incitant fiscal par les derniers gouvernements, ces groupes jugent notre régime "notionnel" beaucoup moins attrayant que par le passé. Conséquence, ils font plier bagage à leurs capitaux, pour les reloger sous des cieux plus cléments. Yara aura vraisemblablement fait la même analyse. On songe aux déchirants adieux contenus dans la "Chanson de Yara", pardon, de "Lara", dans le film "Docteur Jivago": "Un jour Lara, Quand le vent a tourné…"

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect