"Le pire pour la N-VA serait de ne pas monter au Fédéral"

Si Bart De Wever, le président de la N-VA, et d'autres ténors du parti insistent tant pour négocier avec le PS, c'est parce qu'ils estiment qu'ils doivent absolument faire partie du prochain gouvernement fédéral. ©James Arthur

Le journaliste Ivan De Vadder (VRT) et son acolyte spécialisé en marketing politique Jan Callebaut sortent un livre. "L'ADN de la Flandre" ou l'étude sur dix ans des préoccupations au nord du pays et de l'image renvoyée par les partis politiques.

Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT, et Jan Callebaut, spécialiste renommé du marketing dont il a adapté les principes à l'offre politique, ont condensé en un livre trois études sur les préoccupations principales des Flamands. La première date de la veille des élections régionales de 2009, la seconde de 2014 et la troisième fut menée juste avant les scrutins de 2019. Toutes ont servi en leur temps de matière à des émissions de la VRT. Elles sont aujourd'hui rassemblées. Le résultat? Une idée de "L'ADN de la Flandre". C'est le titre.

Des préoccupations qui ont évolué

Première constatation, ces préoccupations se sont diversifiées au cours de la décennie écoulée. "En 2009, sortaient surtout des craintes assez banales, explique Ivan De Vadder, comme la peur d'être frappé par une maladie incurable ou d'avoir un niveau de bien-être insuffisant à sa pension. On trouvait aussi beaucoup de défauts au monde politique..."

Le CD&V ressort de l'étude menée auprès de 3.000 personnes, avec une image de parti "périmé".

En 2014, aux préoccupations économiques classiques, s'est ajoutée "la peur d'une migration incontrôlable". "Et en 2019, l'important pour les Flamands, c'était encore l'identité et la migration, mais s'est rajoutée la crainte des dommages irréparables sur le climat."

Voilà pour le contexte "sociétal". Les trois études se sont également penchées sur les perceptions exprimées par la population flamande vis-à-vis des formations politiques. L'image renvoyée par les partis flamands permet de les classer dans trois catégories, analyse Ivan Devadder.

Le CD&V "périmé", l'Open Vld pas assez crédible

Le premier regroupe les trois piliers traditionnels: les socialistes, les libéraux et les sociaux-chrétiens. "Ils affichent toujours des valeurs importantes aux yeux des Flamands, mais le problème c'est que ceux-ci ne croient plus en eux", dit Ivan De Vadder.

Ainsi, le CD&V ressort de l'étude menée auprès de 3.000 personnes, avec une image de parti "périmé". Il n'émerge plus autrement que comme un parti conservateur et modéré. L'Open Vld ne s'en sort guère mieux, on lui trouve un manque de sincérité et de crédibilité. "Le sp.a est toujours associé au principe de solidarité, mais il ne sort plus de la mêlée avec la concurrence de Groen et du PTB-PVDA. On ne l'associe plus au fait de protéger les plus vulnérables", explique Ivan De Vadder. 

Les partis du deuxième groupe, celui des "utopistes" s'en sortent mieux. On y trouve Groen, le Vlaams Belang et le PTB. "Les gens apprécient le fait qu’ils essaient de parvenir à un monde idéal, poursuit le journaliste. Mais les Flamands se rendent compte qu’ils ne peuvent pas réaliser eux-mêmes leur utopie, ce qui explique que Groen demeure un parti modeste". Pour Ivan Devadder, c'est notamment le côté régulateur du parti écolo qui ne plait guère en Flandre.

"La N-VA est associée à des valeurs comme la responsablité, le charisme, le succès, elle est devenue le parti qui gère la Flandre comme le CVP avant elle, le parti qui devrait prendre la main."
Ivan De Vadder
Journaliste politique à la VRT

La N-VA remplace le CVP comme parti "gestionnaire"

Du coup, il ne reste qu'un parti dans la troisième catégorie: la N-VA, perçue aujourd'hui comme le parti gestionnaire. "La N-VA est associée à des valeurs comme la responsabilité, le charisme, le succès, elle est devenue le parti qui gère la Flandre comme le CVP avant elle, le parti qui devrait prendre la main".

C'est notamment à cause de cela que les nationalistes ont perdu des plumes après avoir quitté le gouvernement Michel sur le pacte de Marrakech, estime Ivan De Vadder. Aujourd'hui, la N-VA a bien fait le choix du pouvoir fédéral. "Elle fait le constat qu'il serait pire de ne pas y être que d'y être". La N-VA a raté le coche en 2014, estime encore l'observateur, alors qu'elle dominait la scène politique, elle aurait dû lancer Bart De Wever au 16. 

Cette mission explique, toujours selon Ivan De Vadder, l'insistance quasi schizophrénique avec laquelle les ténors de la N-VA invitent le PS à gouverner avec elle. 

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