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interview

"Le plan d'Engie était inacceptable" (Marie-Christine Marghem)

©Belga

Ministre de l'Energie, Marie-Christine Marghem doit batailler avec le plan de restructuration d'Electrabel, les arguments anti-nucléaires des écolos et les divergences de la N-VA. Pour l'Echo, elle revient sur ces semaines mouvementées.

On n’a pas dû réellement la pousser, elle l’a dit – comme ça – d’elle-même. "Je suis bien située ici, dans ce bureau, j’ai une magnifique vue sur le ministère de la Justice et le palais de justice…"

Elle roule des yeux.

Et ne prend pas (vraiment) la peine de cacher qu’elle rêve – d’un jour – revêtir les habits de ministre de la Justice. Elle, l’avocate de formation.

- C’est votre prochain ministère?

- Why not?

Et elle rit. (Mais pas tant que cela)

"Nous entendons bien qu’Electrabel assume ses responsabilités jusqu’au bout sur le démantèlement des centrales nucléaires, au sein d’une société qui s’appelle Engie".
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On embraie avec ses compétences et LE dossier qui a fait l’actualité énergétique ces derniers jours: la question de la disponibilité des provisions nucléaires, après le transfert de 1,6 milliard d’Electrabel vers Engie et un plan plus large pour faire maigrir Electrabel. "Engie voit cela comme une restructuration industrielle, et pas nécessairement une opération qui vise à vider Electrabel de sa substance… Mais cette restructuration peut être problématique, raison pour laquelle le premier ministre et moi avons dit que c’était inacceptable. Parce que nous entendons bien qu’Electrabel assume ses responsabilités jusqu’au bout sur le démantèlement des centrales nucléaires, au sein d’une société qui s’appelle Engie. Ceci dit, le plan d’Engie n’est pas possible: nous avons évacué l’idée que l’État belge pourrait être actionnaire de cette nouvelle Electrabel"…

Elle reprend: "La question fondamentale est bien celle du démantèlement des centrales et des déchets nucléaires, nous allons donc revoir la loi de 2003, qui prévoit et qui encadre le provisionnement nécessaire pour ce faire."

Une pause.

Sécuriser l’intérêt général

"Même si les estimations sont revues à la hausse, nous voulons appliquer le principe du pollueur-payeur, comme la loi le prévoit."
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"Je rappelle quand même que le démantèlement des centrales ne commencera pas avant 2040, et que le travail va durer jusqu’en 2120. Donc, il y a aussi une réflexion de fond pour renforcer la commission des provisions nucléaires, qui va devoir suivre ce dossier dans le temps, à travers une succession de gouvernements. Nous réfléchissons aussi à une articulation juridique assez radicale qui nous permette d’expliquer à l’opérateur qu’en tant qu’État, nous avons les moyens de sécuriser l’intérêt général de tous les Belges et de rechercher la responsabilité de ceux qui la portent si par extraordinaire, ils n’accomplissaient par leurs devoirs." En clair, et avec le décodeur: une responsabilisation non seulement d’Electrabel, mais aussi de sa maison mère. "Oui, responsabiliser l’ensemble de la multinationale Engie. Pas question de mettre dans une filiale tous les actifs vieillissants ou en extinction, dont la valeur décroît, pour ne pas faire face à ses obligations."

Là, on glisse qu’il ne faudrait pas que le démantèlement coûte quelques milliards d’euros supplémentaires à charge des contribuables belges. "Même si les estimations sont revues à la hausse, nous voulons appliquer le principe du pollueur-payeur, comme la loi le prévoit. Je vous rappelle qu’avec l’aide de la commission des provisions nucléaires, les provisions sont déjà passées de 7,6 milliards à 11 milliards d’euros."

Et là, on met sous le nez de la ministre ce qu’a raconté son collègue Jan Jambon la semaine dernière: "Sortir du nucléaire et du fossile en même temps, ce n’est pas possible, la Belgique n’est pas le Sahara…"

"Je sais que Bart De Wever est bourgmestre d’Anvers, et que le pôle pétrochimique notamment regarde avec beaucoup d’intérêt la façon dont les choses se concrétisent, parce qu’il utilise beaucoup d’électricité et que cela fait une différence en termes de coûts d’exploitation."
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Elle hoche la tête. "Le même Jan Jambon se trouvait dans un gouvernement qui a adopté, le 30 mars, le pacte énergétique, qui prévoit la sortie du nucléaire en 2025!"

- Mais ce que dit la N-VA, c’est qu’elle n’a pas de majorité pour faire autrement…

"Et alors? Moi, qu’est-ce que je fais avec ça? Je suis au charbon, et je concrétise le timing que lui-même m’a donné. Je trouve ce genre de propos inconséquents, sauf si on dit chaque fois: ‘Je n’ai pas de majorité pour l’instant, mon option si j’avais eu une autre majorité aurait été que…’(…) Je sais que Bart De Wever est bourgmestre d’Anvers, et que le pôle pétrochimique notamment regarde avec beaucoup d’intérêt la façon dont les choses se concrétisent, parce qu’il utilise beaucoup d’électricité et que cela fait une différence en termes de coûts d’exploitation. Mais quand je vois le même Bart De Wever déclarer qu’il faut éviter les à-coups dans la politique énergétique, c’est exactement ce qu’il provoque! Nous sommes en 2018, et si en 2019, dans le cadre de la constitution d’un gouvernement, on fait encore des changements d’orientation, cela va devenir extrêmement compliqué. Les investisseurs ont besoin d’une stabilité et de perspectives claires. On a enfin fait un pacte énergétique. Tenons-nous y."

On lui dit que l’opposition apparaît un peu moins remontée contre elle, ces jours-ci. "Je leur ai administré un philtre…"

"L’exploitation de la filière politico-idéologique verte anti-nucléaire a eu lieu. Elle a été tellement surexploitée qu’objectivement, je ne vois pas encore comment elle pourrait ressurgir."
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Elle rit: "Mais non, ils ne sont pas plus conciliants!" Pourtant, même son meilleur ennemi Jean-Marc Nollet a dit récemment qu’il était entièrement d’accord avec elle… "Oui, il est entièrement d’accord avec le fait que nous trouvions la proposition de reconfiguration d’Electrabel inacceptable. Ce que je crois, c’est que l’exploitation de la filière politico-idéologique verte anti-nucléaire a eu lieu. Elle a été tellement surexploitée qu’objectivement, je ne vois pas encore comment elle pourrait ressurgir. Depuis le temps que les écolos de ce pays disent que ça va péter, cela n’a toujours pas pété! Tout cela est géré, quand même. On essaie de faire peur à la population simplement pour des questions de visibilité politique."

Peurs et populisme

"Je ne fais pas un plaidoyer pour quoi que ce soit, puisque j’ai à la fois prolongé Doel 1 et 2 pour des questions d’approvisionnement énergétique et que j’ai aussi conclu un pacte énergétique qui confirme la sortie du nucléaire en 2025."
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Populisme à la sauce verte, donc? "Mais cela a commencé dès le début de mon ministère. Depuis plus de 40 ans, les questions nucléaires génèrent toujours les mêmes questions, même si les exigences en termes techniques et en termes de sûreté ont augmenté. Les mêmes questions reviennent, recyclées par des générations d’idéologues anti-nucléaires. Et je ne fais pas un plaidoyer pour quoi que ce soit, je ne suis pas suspecte, puisque j’ai à la fois prolongé Doel 1 et 2 pour des questions d’approvisionnement énergétique, comme prévu par l’accord du gouvernement, et que j’ai aussi conclu un pacte énergétique qui confirme la sortie du nucléaire en 2025. Je suis donc une pragmatique. Mais cette pragmatique a tout de suite été la cible de critiques excessives et exagérées. Et le populisme, c’est partir d’idées simplistes, et donc fausses, et d’agiter la peur…"

On évoque le décès de la petite Mawda. Et elle dit: "Utiliser le malheur des autres avant qu’on sache ce qui s’est vraiment passé, ça, je n’aime pas. Les exagérations qui consistent à mettre en avant des craintes pour faire peur aux gens, c’est du populisme. Après, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une montée des partis populistes en Europe, qu’il y ait un fossé qui se creuse entre les citoyens et les responsables politiques. Nous sommes là pour un temps limité, et nous devons prendre des responsabilités de manière rationnelle et documentée."

L’exploitation des peurs et des malheurs n’est pas l’apanage d’une formation politique. Theo Francken, par exemple, sait y faire en la matière. "Ce n’est pas faux, et d’ailleurs il a été recadré à plusieurs reprises pour des expressions malheureuses, y compris par des membres de son parti."

Faute d’espace, on vous épargne tout le bien que la ministre dit des mesures prises tous azimuts par le gouvernement fédéral et on retient ceci. "Nos mesures devront être poursuivies."

-Cela veut dire qu’il faut un nouveau gouvernement Michel?

"Je crois que c’est tout à fait possible et souhaitable. Je trouve très honnêtement que cette coalition a très bien travaillé sur toutes ces questions de fond pour changer la Belgique, et recréer un cercle économique vertueux. La meilleure des sécurités sociales, c’est de créer des jobs."

  Quand même, lui oppose-t-on, ce n’est pas comme si le Mouvement réformateur était à la fête dans les sondages. "Mais tous les partis qui participent au pouvoir chutent forcément parce qu’ils ont exercé des responsabilités et pris des décisions dans l’intérêt général qui ne plaisent pas à tout le monde. Mais nous avions annoncé des mesures, et nous les avons réalisées. Ce ne sont pas des plans… Nous, on a des réalisations, on a des résultats positifs. Et c’est la conséquence de notre action." Avec un tel aplomb, le ministère de la Justice n’est sans doute plus qu’une question de temps…

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