Rédacteur en chef

Le casting du gouvernement De Croo est un pari... à double tranchant.

Pour ceux qui sont désabusés de la politique – et ils sont nombreux – deux paroles ont pu marquer une rupture mercredi dans le discours prononcé par Alexander De Croo et Paul Magnette au moment de mettre en place le gouvernement Vivaldi. Il y a d’abord du Michael Jordan dans le texte du Premier: "Talent wins games, teamwork wins championships"... Le talent individuel permet de gagner des matchs, mais c’est l’équipe qui fait gagner des championnats. En filigrane, un sérieux travail d’équipe sera nécessaire. Cela claque des mots pareils, dans un monde politique vu comme dominé par l’ego.

Le talent individuel permet de gagner des matchs, mais c’est l’équipe qui fait gagner des championnats.

Il y a aussi cette promesse, dite au nom de tous, de faire autrement pour réussir avec l’équipe Vivaldi. "Nous n’avons pas toujours montré le bon exemple, mais ces six derniers jours nous avons un peu corrigé le mal que nous avons fait au préalable".

Trente-six heures plus tard, les premières décisions concrètes sont tombées, à travers le casting. Soyons bons comptes: ni Alexander De Croo, ni Paul Magnette n’ont choisi personnellement les ministres qui porteront le projet qu’ils nous ont vendu. Ce choix revenait aux partis qui forment le bloc et à leurs dirigeants.

Sur les vingt ministres et secrétaires d’État qui ont prêté serment ce jeudi, quinze n’ont néanmoins jamais gouverné au niveau fédéral. Seul trois l’étaient au sein du gouvernement Michel puis Wilmès. Il y a une promesse de changement. Il y a du changement.

Sur les vingt ministres et secrétaires d’État qui ont prêté serment ce jeudi, quinze n’ont néanmoins jamais gouverné au niveau fédéral (...). Il y a une promesse de changement. Il y a du changement.

Et vous les connaissez, vous, les Petra De Sutter, Vincent Van Peteghem, Ludivine Dedonder? Nous, très peu. Aucune star, hormis le lapin blanc Frank Vandenbroucke sorti du chapeau par Vooruit (sp.a). La Vivaldi joint doublement le geste à la parole. On peut et on veut y croire, à cette rupture.

Permettons-nous deux précautions. On n'est jamais trop prudent.

Une, cette virginité ne doit en aucun cas servir de façade ou d’écran à des présidents de partis omnipotents qui ont trop souvent tiré les ficelles de la politique belge ces derniers temps.

Deux, le premier ennemi de cette coalition Vivaldi sont ses dissensions internes. Si ses ministres sont faibles, l’équipe sera faible. Il suffit de constater l’accueil réservé ce jeudi publiquement à un Mathieu Michel (secrétaire d’État au Numérique) sur fonds de très grosses tensions internes au sein du MR.    

Les Thomas Dermine, Annelies Verlinden, Tinne Van der Straeten ont-ils les codes? Qu’importe. Ils devront surtout démontrer que s’ils ne détiennent pas l’expérience, c’est d’abord parce qu’ils ont été choisis pour leurs compétences. Ce, à un moment où la Belgique cumule une crise économique à une crise sanitaire et endure l’une de ses pires crises démocratiques.

Espérons qu’ils en sont conscients. Et qu’ils ont les épaules solides.

C’est cela, le poids du renouveau.

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