analyse

Le poste de Premier ministre semble déterminant pour le CD&V

Le tandem Bouchez/Coens est en piste depuis plus d’un mois. ©BELGA

Les informateurs royaux ont 15 jours pour tester un improbable PS/N-VA. Les francophones jouent la montre, les Flamands se positionnent avant de négocier. Le poste de Premier ministre semble déterminant pour le CD&V.

La Belgique est donc repartie pour quinze jours d’information royale. Toujours sur l’égide du tandem formé depuis le 10 décembre par Georges-Louis Bouchez, président du MR, et Joachim Coens, président du CD&V. Petit rappel, la mission royale des deux hommes a été prolongée jusqu’au 28 janvier maximum.

Pourquoi? Pour tester, on n’oserait pas dire une dernière fois, ce qui peut se faire entre la famille socialiste et la N-VA. C’est le souhait du CD&V mais également du sp.a qui, via l’ex-informateur Johan Vande Lanotte, estime que les deux partis les plus importants du pays doivent encore se parler. La tournure des événements cache mal un grand théâtre alors que plus personne, y compris en Flandre, ne semble croire encore à un grand accord entre socialistes et nationalistes.

"Le sp.a en a marre d’être à la remorque du PS."
une source proche de l’information royale

Que va-t-il se passer maintenant? Les deux informateurs devraient commencer par demander des clarifications à la N-VA et au sp.a. La première est prête à avancer sur des mesures sociales, telles que Bart De Wever l’a annoncé ce week-end. Mais lesquelles, à quelles conditions, etc.?

Un deal sp.a / N-VA?

Vendredi dernier, face aux deux informateurs, le président de la N-VA a indiqué qu’il avait de quoi former une majorité dans le groupe flamand à la Chambre: une majorité N-VA, CD&V, sp.a. L’affaire pourrait se conclure au détriment de l’Open Vld, qui se verrait exclu du gouvernement flamand par la même occasion. La N-VA veut-elle sincèrement le pouvoir fédéral? Certains l’estiment tiraillée entre la peur de partager l’opposition avec le Vlaams Belang et celle de partager le pouvoir avec le PS.

Le sp.a est-il prêt à jouer le jeu de De Wever quitte à créer des tensions avec le PS, dont l’exclusive à l’égard de la N-VA n’a pas faibli? "Le sp.a avait dit qu’il voulait être au pouvoir partout ou nulle part et il en a marre d’être à la remorque du PS", indique-t-on dans l’entourage de l’information. "Mais Conner Rousseau (le nouveau président des socialistes flamands, NDLR) ne dit pas la même chose à tout le monde". Clairement, la belle unité affichée par les socialistes du Nord et du Sud (29 sièges à deux) est fissurée. Mais il n’est pas sûr que cela dure.

Geens et la garantie du 16

Est-ce un nouveau tour d’information pour rien? Il y a de fortes chances alors que même la presse flamande ne croit plus en la possibilité de marier PS et N-VA. Même au CD&V, certaines voix admettent que ces quinze jours servent avant tout à bien montrer à l’opinion que cette option n’est pas possible. Au MR, qui réunissait ses ténors ce mardi, on estime aussi que ce n’est qu’une question de temps avant que le CD&V ne s’engage dans la coalition dite "Vivaldi" (libéraux, socialistes et écologistes du Nord et du Sud et CD&V). L’affaire ferait même l’objet d’un deal entre les deux informateurs, titrait la DH ce mardi.

Ce nouvel épisode devrait toutefois remettre la pression sur le PS, dans un jeu où personne ne veut être perçu comme source du blocage politique. "Le PS est dans un fauteuil, il n’a qu’à attendre que les quinze jours passent et il aura sa coalition", tempère une source libérale.

L’ambiguïté du sp.a, l’intransigeance du CD&V, d’aucuns y voient surtout une manière pour deux partis de taille modeste de renforcer leur position avant que les négociations ne démarrent réellement.

On dit Koen Geens, vice-Premier CD&V, bien décidé à s’emparer du poste de Premier ministre et à la recherche de garanties avant de dire oui à une coalition. Du côté de l’Open Vld, ce n’est pas la fête. D’un côté, la menace d’être débarqué du gouvernement flamand est prise au sérieux. De l’autre, on constate que la N-VA se met à braquer à gauche en direction du PS. Décidément, les temps sont durs pour les libéraux flamands.

Le sp.a met la pression sur le PS

Le sp.a n'est pas "scotché" au PS, a affirmé la députée flamande et ancienne ministre fédérale du Budget Freya Van den Bossche (sp.a), mercredi, dans l'émission De Ochtend sur Radio 1. Elle y a par ailleurs appelé les socialistes francophones à ne pas dire "non" a priori aux nationalistes de la N-VA. "On ne sait pas jusqu'où la N-VA est prête à aller. Je trouve que ça vaut la peine d'écouter et de parler", a-t-elle indiqué. "Nous ne sommes pas mariés au PS. Nous ne constituons pas un parti unique. Il y a des points d'accord mais aussi des différences. Nous nous comprenons mais nous n'avons pas toujours le même point de vue", a poursuivi Freya Van den Bossche en rappelant que le PS avait déjà participé à des gouvernements sans son homologue flamand. 

Du côté du PS, on ne varie pas. Ce mercredi matin, c'est le ministre-président Rudi Vervoort qui a répété la position de son parti. "Nous avons reçu avec grande circonspection le message (sur la possibilité d'augmenter les pensions, NLDR) de Bart De Wever. C'est difficile de croire en sa sincérité", a-t-il déclaré sur Bel RTL. "On connaît l'histoire. Il est toujours difficile de lire dans le jeu de Bart De Wever, ce qui est plutôt sa marque de fabrique", a ajouté M. Vervoort selon qui la légitimité du président de la N-VA s'est par ailleurs "largement étiolée au fil du temps". "On a toujours l'impression qu'il rajoute une petite couche pour remettre un peu de brouillard dans le processus et se dire que cette crise peut se poursuivre indéfiniment, ce qui peut-être, d'une certaine manière, l'arrange", a poursuivi le ministre-président bruxellois. "Aujourd'hui, c'est aux préformateurs à prendre une série d'initiatives, à moins qu'ils ne servent à rien et qu'ils ne soient que des paravents. Les uns et les autres ont été suffisamment clairs quant à leurs intentions", a conclu Rudi Vervoort. 

Bref, au PS, c'est toujours niet à la N-VA.

 

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