Le pouvoir d'achat des Belges à la traîne

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Entre 1995 et 2018, le pouvoir d’achat moyen n’a progressé que de 5%, a calculé l’Institut pour un développement durable. En 2020, ce sera 8%. Ce sont les revenus du patrimoine qui le freinent, plombés par la chute des rentrées liées aux intérêts.

Le portefeuille des Belges n’a toujours pas digéré la crise qui a éclaté en 2007 et mis la planète financière à genoux – pour cela, il faudra sans doute attendre 2020. 

Unité de consommation

L’unité de consommation (UC) constitue une échelle d’équivalence permettant d’adapter les dépenses de consommation en fonction de la taille et de la composition du ménage – en partant du principe qu’il est proportionnellement plus coûteux de vivre seul qu’à plusieurs.

Le premier adulte "pèse" 1; les autres personnes de plus de 13 ans, 0,5; les moins de 13 ans, 0,3. Une famille avec deux jeunes enfants représente ainsi 2,1 UC. L’UC permet de "neutraliser" l’impact de l’évolution de la composition des ménages.

 

C’est l’un des enseignements que tire l’économiste Philippe Defeyt qui, au volant de son Institut pour un développement durable (IDD), a passé à la moulinette les chiffres contenus dans les dernières projections économiques du Bureau fédéral du plan. Et donc. Ce n’est qu’en 2020 que le pouvoir d’achat moyen – exprimé en unités de consommation (lire ci-contre) et en termes réels, c’est-à-dire expurgé de l’inflation – dépassera le niveau qui était le sien en 2008. Et encore sera-t-il toujours légèrement inférieur au pic enregistré en 2009. 

Un petit coup dans le rétroviseur, à présent. De 1995 à 2018, en 24 ans donc, ce pouvoir d’achat n’a évolué que de 5%. "Et d’après les prévisions du Plan, nous atteindrons les 8% en 2020, souligne Philippe Defeyt. Ce qui n’est pas beaucoup." Voilà pour l’image belge, qui cache évidemment de fortes disparités régionales. "Si l’allure générale des fluctuations du pouvoir d’achat est la même dans les trois régions, on constate que Bruxelles et la Wallonie perdent du terrain", relève l’IDD. Jugez plutôt. Entre 1995 et 2020, le revenu disponible moyen n’aura gagné que 1% dans le capital, contre 5% en Wallonie et 10% en Flandre. À l’heure actuelle, le Bruxellois est le seul à être (un fifrelin) moins riche qu’en 1995. 

"D’après les prévisions du Plan, nous atteindrons les 8% en 2020."
Philippe Defeyt
économise

Les intérêts en chute libre

"C’est l’intérêt de faire appel aux unités de consommation, analyse Philippe Defeyt. Même si le pouvoir d’achat global croît plus rapidement que cela en Belgique, on n’imagine pas à quel point la population a augmenté et les ménages se sont fragmentés." Autant de tendances pesant sur le revenu disponible moyen par unité de consommation.

Comment expliquer cette progression plus que timide du pouvoir d’achat sur un petit quart de siècle alors que, sur la même période (1995-2020), le salaire annuel brut moyen aura grimpé de 13%, tout en ayant marqué deux périodes de pause (2003-2008 et 2014-2017)? La réponse est à trouver du côté des revenus de la propriété, plus connus sous le nom de revenus du patrimoine: intérêts, dividendes et autres rentrées provenant de fonds de pension ou de contrats d’assurance. Auxquels Philippe Defeyt aurait bien rajouté les loyers. "Sauf que dans la comptabilité nationale, ceux-ci sont mélangés à d’autres revenus." Ardus à isoler, les revenus locatifs ont donc été tenus à l’écart de l’analyse qui suit.

"Même si le pouvoir d’achat global croît plus rapidement que cela en Belgique, on n’imagine pas à quel point la population a augmenté et les ménages se sont fragmentés."
Philippe Defeyt
économiste

Qui dit ceci: entre 1995 et 2020, les revenus de la propriété atterrissant dans la poche des particuliers auront reculé de 31% – en termes réels toujours. Une baisse essentiellement pilotée par les revenus tirés des intérêts, qui auront été divisés par cinq. "Incroyable!", glisse Philippe Defeyt. Les dividendes, eux, auront bondi de près de 80%. "Nous ne mesurons pas suffisamment à quel point l’évolution du pouvoir d’achat a été marquée par le recul des revenus de la propriété, intérêts en tête.

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Liaison au bien-être

"Nous ne mesurons pas suffisamment à quel point l’évolution du pouvoir d’achat a été marquée par le recul des revenus de la propriété, intérêts en tête."
Philippe Defeyt
économiste

Pour finir, l’IDD s’est penché sur le cas des plus démunis, touchant le revenu d’intégration sociale (RIS). Tout en tenant compte de leur structure de consommation particulière: plus on est pauvre, plus le loyer, l’énergie et l’alimentation pèsent lourd dans les dépenses. Pour conclure que sur la période 1995-2017, leur pouvoir d’achat avait grimpé de presque 16%, évoluant plus ou moins en phase avec le pouvoir d’achat moyen jusqu’au début de la crise, pour ensuite progresser nettement plus favorablement. "C’est la liaison au bien-être, réalisée sous Di Rupo et Michel, qui a permis au RIS d’augmenter régulièrement au-delà de l’indexation sur les prix."

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