chronique

Le Premier ministre, d'abord un fin diplomate

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L’homme ou la femme qui représentera la Belgique dans le monde entier, celui ou celle qui va incarner le gouvernement et conduire les affaires du pays devra d'abord avoir les qualités d'un bon diplomate pour faire cohabiter une coalition hétéroclite.

Qui sera Premier ministre? Paul Magnette? Alexander De Croo? Johan Vande Lanotte? Koen Geens? Sophie Wilmès? Un(e) autre? Les partis qui négocient une coalition Vivaldi (socialistes, libéraux, écolos et CD&V) doivent choisir d’ici lundi le nom d’un formateur qui sera vraisemblablement – c’est un usage, pas une règle – destiné à occuper le "16" (rue de la Loi), le Graal de la politique belge.

Le choix illustre bien notre système politique. Il résulte d’un arrangement en coulisses entre partis, et non d'un vote de la population. Aux élections de mai 2019, l’actuelle Première ministre Sophie Wilmès a reçu… 16.180 voix. La plupart du temps, le Premier est issu du parti au gouvernement qui détient le plus grand nombre de sièges à la Chambre. Sur base de ce critère, Paul Magnette est tout désigné. Mais il y a des exceptions. Charles Michel en était une.

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De Hubert Pierlot à Sophie Wilmès, la Belgique a compté 22 Premiers ministres différents depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Qu’est-ce qui fait un bon Premier ministre ? Premièrement, il ou elle doit être un excellent bilingue. En Belgique, ça parait une évidence. Mais il ne s’agit pas que de linguistique. C’est aussi culturel : il faut pouvoir comprendre l’autre communauté et y être apprécié. Par exemple, pour un francophone aujourd’hui, il faut pouvoir disserter en néerlandais sur "Château Planckaert" (une émission de téléréalité populaire en Flandre).

La qualité la plus importante, c’est la diplomatie. Le chef de gouvernement a rarement des compétences propres, il ne doit pas plonger les mains dans le cambouis de chaque dossier. Mais il doit les superviser tous, aidé en cela par son cabinet et son administration, le SPF Chancellerie du Premier ministre avec 140 collaborateurs environ.

Il est à la tête d’une vaste équipe hétéroclite. La Vivaldi en sera une parfaite illustration : sept partis autour de la table – un record – avec des sensibilités très différentes. La capacité à se placer au-dessus de la mêlée, à nouer des compromis, à dialoguer et à faire cohabiter tout ce beau monde ne sera pas évidente. Dans ce contexte, avoir un vice-Premier ministre fort issu de sa propre formation est un atout, l'un jouant le chef d'équipe, l'autre défendant la ligne du parti. Comme Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene jadis.

Le prochain locataire du "16" devra avoir des nerfs et de la répartie alors que l’opposition (N-VA, Belang, PTB) va profiter de chaque occasion pour faire le show devant les caméras.

Une bonne dose d’inventivité n’est pas un luxe. Ce n’est pas pour rien que Dehaene est passé à la postérité comme un "plombier" capable de trouver des artifices inimaginables pour débloquer une situation. Il faut aussi des qualités humaines car on sous-estime souvent l’importance des relations interpersonnelles. Le prochain locataire du "16" devra aussi avoir des nerfs et de la répartie alors que l’opposition (N-VA, Belang, PTB) va profiter de chaque occasion pour faire le show devant les caméras.

Enfin, être un bon Premier ministre, c’est aussi pouvoir s’élever au-dessus des querelles politiciennes: prendre la mesure de l’instant, s’affirmer en patron, avoir de la stature. Comme, pour prendre un exemple récent, Charles Michel qui, à propos du Pacte de Marrakech sur les migrations, lance que "la Belgique sera du bon côté de l’Histoire". Ou, il y a 20 ans, Guy Verhofstadt qui présente ses excuses au Rwanda pour la part de responsabilité de la Belgique dans le génocide.

Au bout du compte, le prochain Premier ministre assumera plus que tout autre la responsabilité de la réussite ou de l’échec de cette coalition Vivaldi inédite. Et, à tout prendre, on lui conseille déjà de garder dans un coin de sa tête cette célèbre citation de Churchill. "Un bon politicien est celui qui est capable de prédire l’avenir et qui, par la suite, est également capable d’expliquer pourquoi les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prédit."

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