analyse

Le PS complique encore la tâche de Koen Geens

Paul Magnette demande un audit du tax shift. ©BELGA

À force de poser leurs exigences - pas avec la N-VA, avec un audit urgent du tax shift - les socialistes se mettent-ils hors jeu de toute coalition au risque de précipiter des élections anticipées?

"En préalable à la formation d'un gouvernement, le PS demande un audit du tax shift." C’était le message adressé par Paul Magnette dans un communiqué ce jeudi matin. Le président du PS s’est appuyé sur les chiffres du déficit budgétaire pour rappeler les conséquences d’une ardoise de 12 milliards d'euros sur la sécurité sociale, le payement des pensions et le financement des soins de santé. "Une catastrophe dont le gouvernement sortant est seul responsable." Ecolo a réagi avec la même emphase, demandant aussi une "évaluation" des choix sous le gouvernement Michel.

Une catastrophe dont le gouvernement sortant est seul responsable.
Paul Magnette
Président du PS

De son côté, le ministre du Budget David Clarinval (MR) a balayé les critiques, soulignant que "l’économie belge se montre particulièrement résistante". Mais il a demandé un rapport au comité de monitoring sur les dernières estimations.

Les conditions du PS

Les socialistes francophones répètent qu’ils refusent de gouverner avec la N-VA. Maintenant, ils voudraient un audit du tax shift avant les élections. Une condition supplémentaire difficile à mettre en place. Qui pourrait réaliser rapidement cette étude? À quel coût? N'est-ce pas trop tôt? On sait que les effets d'une opération comme le tax shift ne se font sentir qu’à moyen et long terme. Or la dernière phase ne date que de 2019. Mais que cherche le PS? À se positionner en cas de retour prématuré aux urnes?

"On est en pleine guerre des tranchées", réagit le politologue de l’ULB, Pascal Delwit. "Dans un contexte de notes qui circulent et de volonté d’associer le PS et la N-VA, les socialistes veulent montrer à quel point la situation budgétaire est difficile. C'est aussi un moyen pour dégonfler ce qu'a pu apporter le tax shift et montrer le rapport entre son coût et le résultat. C'est logique de se pencher sur le résultat du gouvernement précédent..."

Comportement électoral

La plupart des partis souhaitent quand même éviter les élections.
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

En apportant une condition supplémentaire à sa participation à un gouvernement, le PS ne facilite bien sûr pas le cours des négociations. Voilà donc Koen Geens (CD&V) accablé d'un souci supplémentaire dans sa mission de trouver un terrain d'entente entre PS et N-VA. Pour beaucoup, le ministre envoyé au charbon par le Roi joue la dernière carte. Après lui, il n'y aurait plus que les élections...

"On n'en est pas là!, tempère Pascal Delwit. La plupart des partis souhaitent quand même les éviter." Jamais la Belgique n'a été confrontée à des élections sans être passée par la formation préalable d'un gouvernement. Et le résultat qu'aurait ce scrutin est totalement incertain. "Le corps électoral est-il centrifuge ou centripète? La question est totalement ouverte. Il y a une interprétation très communautaire des résultats du 26 mai, mais c'est inexact. Les enquêtes montrent que le communautaire n'était pas du tout en tête de préoccupations."

Un gouvernement sans le PS est envisageable seulement si les Verts changent d'avis et acceptent de gouverner avec la N-VA.
Pascal Delwit

"Ce n'est pas certain qu'une élection résoudrait le problème." Les derniers coups de sonde profilaient le Vlaams Belang en premier parti de Flandre. "Les intentions de vote venant de sondage alors qu'on n'est pas en situation électorale sont très fragiles", nuance le politologue de l'ULB.

Ecolo indispensable s'il faut se passer du PS

Et si le PS refuse toujours de gouverner avec la N-VA, n'a pas l'audit qu'il réclame et ne veut donc pas entrer dans une coalition fédérale, quelles options restent possibles? "Un gouvernement sans le PS est envisageable seulement si les Verts changent d'avis et acceptent de gouverner avec la N-VA", rappelle Pascal Delwit. En effet, aucune autre configuration n'est réellement envisageable sans inclure les extrêmes de gauche et de droite... La coalition associant N-VA, Open Vld, sp.a, CD&V, MR et cdH compterait bien 77 sièges mais reste toujours exclue par le président du cdH, Maxime Prévot.

 

 

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