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analyse

Le PS place l'arc-en-ciel sur le devant de la scène

©Tim Dirven

Le PS ne montera pas dans un exécutif avec la N-VA. La piste d’une entente entre les deux plus gros partis du pays s’arrête donc là. Que peuvent encore faire les informateurs royaux?

C’est non. Le PS ne formera pas de gouvernement avec la N-VA, a affirmé Rudy Demotte (PS) ce mardi sur La Première. Le président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles le rappelait déjà dans les colonnes de Sudpresse le matin même, surfant sur les propos du président du parti socialiste d’il y a quelques semaines déjà: "Il existe une alternative crédible à une coalition avec la N-VA. Qu’attend-on pour aller au fond de choses?" D’autant que, selon lui, cette nécessité d’étudier la piste du "sans la N-VA" transparaissait déjà clairement dans son rapport rédigé avec l’ex-ministre-président flamand Geert Bourgeois et remis au Roi.

À l’époque, le duo écrivait de concert: "Les divergences de fond sont telles qu’elles ne permettent pas d’engager une phase suivante bâtie autour de ces deux partis. Nous considérons notre mission comme achevée", révélait le même jour la RTBF, au grand dam des actuels informateurs royaux, Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) qui n’ont pas manqué de pester contre cette fuite d’un texte normalement réservé au Palais.

Pression sur l’information

Ce qui se joue ici? Une tentative de coup de pression sur le duo – et, au passage, sur l’Open Vld – qui n’aura dès lors plus qu’une option: l’arc-en-ciel (alliant socialistes, écologistes et libéraux), vraisemblablement amélioré pour embarquer aussi les démocrates-chrétiens.

"Ne perdons plus de temps à discuter de ce qui n’est pas possible. C’est ou le PS ou la N-VA. Il faut choisir."
Rudy Demotte
Président du Parlement de la Communauté française

Tout en sachant que du côté des nationalistes flamands, on n’a pas encore acté de rupture, stratégie permettant de pouvoir dire, a posteriori, qu’on n’a pas eu l’opportunité de prendre ses responsabilités malgré une position de premier parti du pays, et donc, là aussi, de conserver une certaine capacité de pression sur les partis susmentionnés, dont deux sont des partenaires dans l’exécutif en Flandre.

En clair, la mission des informateurs vient de se compliquer d’un coup. Objectif désormais? Tenter de séduire l’Open Vld, et si possible le CD&V, afin d’assurer un maximum de représentation du nord du pays dans cette coalition, sachant de toute façon qu’un tel gouvernement sera minoritaire en Flandre. Ce qui passe mal dans tous les cas.

Rien ne sera simple

D’autant que la route sera jalonnée d’obstacles. Car, d’un, il faudra revoir la note Magnette, document jugé trop à gauche par un Open Vld divisé – la tentative de forcing de Gwendolyn Rutten vers un arc-en-ciel a créé une levée de bouclier telle en interne qu’elle aurait pu signer le début d’une crise de méfiance à l’égard de la présidente. Mais aussi trop "progressiste" sur les sujets éthiques pour le CD&V par exemple, qui n’a pas manqué de s’offusquer de la volonté d’avancer sur de nombreux points détaillés dans le document du président du PS.

A cela s’ajoute, en deux, une question de taille: qui pour endosser le costume de Premier ministre? Paul Magnette? Ou alors, pour couper court aux chamailleries des libéraux flamands, Koen Geens? En permettant à Alexander De Croo, par exemple, de prendre les Affaires étrangères, lui qui a pu regarder avec envie le parcours de Charles Michel et Didier Reynders, partis à l’Europe, et pourrait vouloir accroître son réseau avant un départ vers d’autres cénacles. En tout cas, côté flamand, il faudra bien ça – le "16" à la Flandre, après la période Di Rupo-Michel – pour rendre attractif une montée dans un exécutif qui, à tout le moins, comptera six partis – avec le risque de dissensions sur la durée que cela implique –, et n’aura a priori pas la bénédiction des électeurs flamands. Avec les conséquences électorales qui pourraient s’en suivre.

Au MR, on attend

Alors on attend. Les travaux d’étude des possibles pourraient reprendre après Noël, ce que le duo d’informateur pourrait annoncer à l’occasion de la présentation de son rapport, vendredi. Du reste, en attendant, du côté du MR, la position est plus à l’observation de ce que décideront les Flamands. Et ce, même si le ministre fédéral du Budget David Clarinval avait appelé dans une interview à La Libre Belgique ce week-end à tenter la piste arc-en-ciel, avant de nuancer ses propos par voie de communiqué. Les propos de Sabine Laruelle, invitée sur Bel RTL ce mardi, étaient révélateurs sur la volonté du parti: "La clé est plutôt du côté néerlandophone. On doit permettre aux partis démocratiques néerlandophones de se positionner."

Pour le reste, côté N-VA, même chose. Temporisation au programme. Et Geert Bourgeois de réagir en radio dans l’après-midi, évoquant que "les clés sont aujourd’hui entre les mains du Vld et du CD&V." En rappelant, comme chez d’autres formations, que la mission des informateurs se poursuit.

Avec un danger à garder en tête: il suffirait que l’Open Vld dise non, pour que le pays sombre dans un blocage total. Avec, en toile de fond, le spectre d’un possible retour aux urnes. "Sauf qu’en Flandre, on ne croit pas à de nouvelles élections. C’est vu comme un chantage du PS, comme une certaine forme d’arrogance", analyse Carl Devos, politologue à l’UGent. D’autant que l’Open Vld, par exemple, n’y aurait pas d’intérêt. Le parti est en effet passé sous la barre des 10% d’intentions de vote. Quand, ensemble, Vlaams Belang et N-VA pourraient encore grandir, atteignant à ce jour déjà près de la majorité des intentions. En clair, "les semaines qui viennent s’annoncent très difficiles", résume Carl Devos.

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