analyse

Le PS prend une claque syndicale, le MR bombe le torse

Le 5 mai, Alexander De Croo et Paul Magnette se sont croisés à l'occasion d'une visite à Charleroi. ©Sierakowski©Isopix

L'hostilité de la FGTB met le Parti socialiste dans l'embarras alors qu'il compte sur la concertation sociale pour avancer sur le salaire minimum.

Cela saute aux yeux, le moment est plus difficile à passer pour le PS que pour ses partenaires libéraux. L'accord sur la norme salariale est qualifié d'"équilibré", entend-on à droite, mais également du côté du banc patronal pendant que la FGTB se met dans une colère noire. L'analyse de l'accord y est qualifiée de "profondément négative" sur les hausses salariales, mais également sur les trophées de négociation brandis par le PS sur le salaire minimum et les fins de carrière. Bref, rien n'est bon et le syndicat socialiste n'a pas attendu que se prononce la CSC pour annoncer une réaction qu'on escompte déjà forte. C'est d'autant plus inconfortable pour les troupes du président Magnette que ces avancées sur le salaire minimum reposent sur le bon déroulement de la concertation sociale. Et celle-ci est toujours en lambeaux.

Depuis l'opposition, le PTB n'a pas à se baisser beaucoup pour exploiter l'épisode et faire gorge chaude des déboires socialistes. Aligné sur la position syndicale contestant la norme de 0,4% fixée pour la hausse des salaires, le parti de gauche radicale se moque. "Je vous mets en garde hein les patrons, la norme salariale sera de 0,4 % maximum et si vous osez ne pas être d'accord alors elle sera de 0,4 % maximum", singeait Raoul Hedebouw sur Twitter.

Paul Magnette qui n'avait que peu de marges de manœuvre sur la norme salariale, l'assure: le package forme un tout. Le boulevard de l'Empereur déplore "les interprétations fallacieuses" du MR qui s'est montré triomphant en saluant la victoire de la logique adoptée en son temps par Sophie Wilmès. Pour le dire autrement, l'accord de la nuit ne tient que si des avancées concrètes sont obtenues sur le salaire minimum, défend le PS.

"Si les patrons refusent la hausse du salaire minimum, il n’y aura d’accord sur rien et ce sera la liberté totale de négociation salariale."
Paul Magnette
Président du PS

Quelles garanties pour le PS?

"Il n'y a ni perdant ni gagnant dans cette histoire", confirmait l'entourage du Premier ministre. Mais de quelles garanties le PS dispose-t-il pour affirmer que si les patrons refusent la proposition gouvernementale, "il n’y aura d’accord sur rien et ce sera la liberté totale de négociation salariale"? À plusieurs sources, on confirmait en effet que l'adaptation législative consacrée à la prime de 500 euros sera probablement adoptée avant tout accord sur le salaire minimum. Ce qu'on conteste au PS. Ajoutez à cela la logique d'accords "par entreprise" et non explicitement "par secteur" qui a été retenue et qui est condamnée par la FGTB. Les deux sont possibles, soutient-on chez Paul Magnette sans tout à fait dissiper le brouillard sur ce sujet.

La sortie de Magnette a fait sortir le président du MR de ses gonds, en déplorant la menace socialiste alors que l'accord de gouvernement était respecté.

Le MR agace ses partenaires

Côte MR justement, on bombe le torse. L'accord permet "de renforcer deux thèmes majeurs pour le MR: le pouvoir d’achat des travailleurs sans altérer la compétitivité de nos entreprises pour une économie belge gagnante!", se réjouissaient les libéraux jeudi matin. La veille au soir, le président Georges Louis Bouchez avait inquiété ses propres troupes en indiquant dans les médias flamands qu'il voulait "prendre son temps" pour aboutir à un accord.

Est-ce payant dans l’opinion de vouloir trainer à augmenter les salaires, se demandait-on en interne alors que s'exaspéraient pour la énième fois les partenaires de la Vivaldi, tous impatients de sortir de cette impasse. Au final, en dépit des charges de la FGTB, les salaires pourront augmenter au-delà de l'indexation et l'accord met à l'agenda l'augmentation du salaire minimum, l'harmonisation des pensions complémentaires, la question des heures supplémentaires en temps de crise et les fins de carrière. Et le gouvernement de promettre un "dialogue actif" sur ces matières.

Le résumé

  • L'accord de la Vivaldi sur l'AIP est défendu bec et ongle par le PS.
  • Mais la composante socialiste du gouvernement est dans l'embarras suite au rejet sans ambiguïté de la FGTB.
  • L'aile droite du gouvernement se dit satisfaite, mais le MR indispose à nouveau ses partenaires.

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