Le PS veut un audit du tax shift "en préalable à la formation d'un gouvernement"

Pour Paul Magnette, le président du PS, le tax shift et les "cadeaux aux entreprises" ont "définancé l'État" et "gravement mis en danger" la Sécu. ©BELGA

Paul Magnette durcit le ton dans un contexte de plus en plus préélectoral. Le président du PS réclame un audit du tax shift. Mais est-ce le moment?

Aux dernières nouvelles, le déficit budgétaire belge se montait à 9 milliards d'euros. On attend ce jeudi le "budget économique" du Bureau du Plan pour des chiffres plus actuels. La Libre Belgique annonce déjà "une bombe budgétaire de 12 milliards d'euros".

Le PS a promptement réagi à ces chiffres parus de La Libre, annonçant un probable déficit budgétaire de près de 2,4% du PIB pour cette année 2020. Un déficit en hausse qui aurait un certain impact sur les discussions en vue de la formation d'un gouvernement fédéral, selon des sources consultées par le journal. 

Tout ceci a définancé l'État et a gravement mis en danger notre sécurité sociale tout en exposant les catégories sociales les plus vulnérables.
Paul Magnette
président du PS

Dans un communiqué transmis jeudi matin, le PS ne semble pas annoncer autre chose. Le Parti socialiste y dénonce "l'ardoise laissée par le gouvernement précédent", due à un tax shift qui "n'a jamais été financé" et "des cadeaux aux entreprises sans exiger de contreparties". Les mots sont durs: "Le ministre N-VA des Finances Van Overtveldt a menti sur les recettes fiscales. Et il a utilisé tous les trucs et ficelles imaginables pour masquer la vérité: le tax shift n’a jamais été financé."

Taxation du capital et des grosses entreprises

"Tout ceci a définancé l'État et a gravement mis en danger notre sécurité sociale tout en exposant les catégories sociales les plus vulnérables. Inacceptable pour le PS qui met la correction de cette erreur historique comme une condition de tout éventuel accord de gouvernement", peut-on lire encore dans le communiqué transmis par le porte-parole du président Paul Magnette. 

"En préalable à la formation d'un gouvernement, le PS demande un audit du tax shift", précise le président du PS et ex-informateur royal, cité dans le texte. "Et il exige le rétablissement des recettes de l'État et l'équilibre de la sécurité sociale. Il est hors de question que les travailleurs, pensionnés et patients soient mis à contribution. Il est urgent de parler de la taxation du capital et des revenus des grosses entreprises."

"La croissance économique et la création d’emploi sont parmi les plus basses d’Europe", tonne encore Paul Magnette. Pour rappel, le PIB de 2019 aurait progressé de 1,4% (si l'estimation flash du 4e trimestre est confirmée), ce qui est meilleur que la moyenne de la zone euro. Quant à l'’emploi, l'Ires estimait récemment sa progression, en termes nets, à 60.700 unités en 2019 et 37.300 unités en 2020.  

Ecolo parle de "catastrophe budgétaire"

Ecolo a aussi fait part de son mécontentement. "Des recettes et des effets retour surévalués, une neutralité budgétaire de papier, un manque de volontarisme dans la lutte contre la fraude fiscale, c’est ce qui a caractérisé les quatre budgets défendus et votés par le gouvernement Michel entre 2015 et 2018", analyse analyse Georges Gilkinet, chef de groupe Ecolo à la Chambre. Pour lui, le gouvernement a refusé de considérer les signaux d’alerte lancés par diverses institutions (Cour des Comptes, Comité du Monitoring). "Mais plus personne ne peut aujourd’hui nier la réalité de cette catastrophe budgétaire annoncée." 

Est-ce le moment pour un audit?

Les effets économiques du tax shift ne sont en réalité pas encore réellement quantifiables. En effet, ce genre de mesure ne porte ses fruits qu'à moyen et long terme, les économistes le savent. Un audit en ce moment n'aurait guère de sens, d'autant que ce genre d'exercice coûte cher...

Mais que sait-on des premiers effets? Le tax shift aurait permis d'augmenter le revenu disponible des ménages, il pousserait bien les entrepreneurs à recruter un premier travailleur en bénéficiant d'une exonération quasi complète des cotisations patronales... Mais, entend-on aussi, les entreprises profitent des marges dégagées pour gonfler leur bénéfices...

En fait, tout dépend des sons de cloches. Il est certain qu'une étude globale sur les mesures du gouvernement Michel sera incontournable, mais plus tard. Parce que pour déterminer quels sont les effets dus uniquement au tax shift, et non à la conjoncture ou à d'autres mesures ou paramètres, il faudra encore attendre que tout cela ait infusé.

Rappelons aussi que l'absence de gouvernement de plein exercice empêche la prise de décision sur des mesures qui pourraient combattre le dérapage budgétaire.

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