Le remplacement des F-16 fragilisé par un faux pas de la Défense

Le ministre de la Défense Steven Vandeput devant la commission de la Défense de la Chambre, mardi 20 mars. ©BELGA

Un rapport de Lockheed Martin sur l’extension éventuelle de la durée de vie des F-16 n’a pas été communiqué au ministre de la Défense. Gros malaise…

Une erreur, voire une faute, a été commise par plusieurs responsables militaires, mais cela ne remet pas en cause la procédure d’achat de nouveaux avions de combat pour la composante air. Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a tenté de sauver les meubles ce mardi devant la commission de la Défense de la Chambre réunie en session d’urgence, suite à la publication, par plusieurs quotidiens, d’une évaluation de Lockheed Martin sur la possibilité de prolonger la durée de vie des F-16 belges.

"Tout sera mis en œuvre pour faire la clarté."
Steven vandeput Ministre de la Défense

Selon Steven Vandeput, ces rapports – il y a en a deux – ont été commandés au constructeur américain par les gestionnaires de la flotte des 54 appareils encore en service dans l’armée belge. Ces responsables, qui n’ont rien à voir avec les équipes de la Défense qui travaillent sur l’achat des 34 nouveaux avions, n’ont communiqué ni au ministre, ni au chef de la Défense (Chod) les réponses de Lockheed Martin. Une "erreur d’appréciation majeure", a affirmé le ministre, qui attend les résultats des enquêtes interne et externe demandées pour se prononcer sur les responsabilités. "Tout sera mis en œuvre pour faire la clarté", a-t-il ajouté, en se défendant d’une intention de garder secrètes certaines informations sensibles qui pourraient interférer avec l’appel d’offres lancé il y a un an par le gouvernement. "Je n’ai jamais caché la moindre information au gouvernement ni Parlement", a-t-il encore fait valoir.

Que contiennent ces deux memos du géant de la défense américain? En quelques pages et tableaux à l’appui, ils expliquent que la durée de vie de certains F-16 belges pourrait être prolongée de six ans de façon théorique. En fonction du nombre d’heures de vol "réelles" ou "équivalentes" des appareils, certains F-16 pourraient être gardés plus longtemps en service, alors que d’autres devront bel et bien être remplacés dès 2023, comme prévu, lorsqu’ils auront atteint 8.000 heures de vol. Six ans de plus, cela ferait environ 9.500 heures de vol.

©Photo News

Jusqu’ici, les responsables de la composante air avaient toujours expliqué qu’à partir de 2023, une dizaine d’avions seraient déclassés chaque année, sans espoir de prolongation, le constructeur ne garantissant pas une durée de vie plus longue. Pour ajouter un peu plus à la confusion, le deuxième rapport évoque même une prolongation théorique de 27 ans! En revanche, aucun des deux documents ne fait état du coût éventuel de cet allongement.

Stupeur donc d’une partie des parlementaires, qui ont estimé que cette information cachée était de nature à rebattre les cartes. Rappelant le montant du contrat – 3,6 milliards pour le seul achat et 15 milliards sur l’ensemble de la durée de vie du programme –, l’opposition a demandé la suspension de la procédure en cours. "La Défense vous a caché pendant de nombreux mois une étude essentielle, a accusé Benoît Hellings (Ecolo). Cacher une étude aussi essentielle sur le principal marché de remplacement de la Défense est une faute grave, très grave."

"Nous sommes face à un marché truqué", a surenchéri Julie Fernandez-Fernandez (PS).

L’éventualité de prolonger les F-16 a toutefois été écartée par le ministre. Il a rappelé qu’elle avait déjà été envisagée avant le lancement de l’appel d’offres, avec différentes formules: prolongation, flotte mixte ou achats d’appareils d’occasion. Mais que toutes ces pistes avaient été abandonnées. Soulignant qu’une éventuelle prolongation entraînerait d’importants coûts de mise à niveaux des radars, des systèmes de communication et des armements, Steven Vandeput s’est demandé si "on comptait vraiment faire voler nos F-16 pendant 65 ans".

La prolongation, une fausse bonne idée

Maintenir les F-16 en service une ou deux décennies de plus qu’envisagé? C’est ce que réclament certains parlementaires au vu des deux mémos de Lockheed Martin. Sur le papier, l’option peut paraître séduisante car elle permettrait de donner un sursis aux finances belges. Sauf qu’en l’examinant dans le détail, cette idée comporte des inconvénients insurmontables.

Sur le plan technique d’abord, une éventuelle prolongation risquerait de s’avérer au final très onéreuse. Il faudrait investir en premier lieu dans un programme de sécurisation des cellules. Ensuite, il faudrait remplacer la plupart des systèmes: radars, détection passive, communications...

Les F-16 belges ont certes été constamment modernisés. La version "MLU" (Mid-Life Update) est considérée comme extrêmement performante malgré l’ancienneté de l’appareil, dont le prototype vola pour la première fois en 1974. C’est largement suffisant pour aller bombarder en Irak. Mais cela ne l’est plus pour affronter les derniers jets, des avions de plus en plus furtifs équipés de nouveaux moyens ultraperformants. "Or, personne n’envisage d’installer un radar à antenne active, le nec plus ultra de l’interception, sur un avion de 40 ou 50 ans", tranche une source. "Le chiffre d’un milliard d’euros qui a été évoqué pour moderniser à nouveau les F-16 est à lui seul dissuasif. Tout cela pour gagner 6 ans? C’est presque un tiers de l’achat des nouveaux appareils! Ce n’est pas sérieux".

"Garder les F-16 plus longtemps? Mais dans quel but?" s’interroge un autre spécialiste. "Il faudra relancer un appel d’offres tôt ou tard. Avec les mêmes contraintes. Et à ce moment, l’industrie belge sera encore plus mal placée qu’aujourd’hui. Et le F-16 sera en voie de disparition, isolant de plus en plus la Belgique. Nous serons tombés en deuxième division."

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