Le Roi a huit cartes en main

Lundi, le Roi Philippe recevra à nouveau le chargé de mission Koen Geens.

Koen Geens pourra-t-il faire état d'une quelconque avancée dans sa recherche d'une coalition? Le Roi devra prendre une décision lundi pour tenter de sortir du blocage actuel. Voici les possibilités qui s'offrent à lui.

Lundi prochain, Koen Geens doit rendre son rapport au Roi. Le 10 février, il avait fourni au souverain un rapport intermédiaire. On n'a alors pas appris grand-chose de son travail en cours. Juste qu'il s'informait "aussi largement que possible" et que la meilleure formule de coalition restait, pour lui, de rassembler le PS et la N-VA. 

Choisir Koen Geens, c'était une prise de risque du Palais, mais le CD&V est vraiment le parti charnière.
Pierre Verjans
Politologue à l'ULiège

Depuis lors, le débat s'est pas mal musclé. Mercredi, le ministre de l'Intérieur Pieter De Crem  n'en démordait pas: pour le CD&V, ce ne sera pas sans la N-VA, ce qui enterre l'idée d'une coalition Vivaldi à laquelle les francophones s'accrochent. Vive réaction au boulevard de l'Empereur. "Le PS prend acte du diktat posé par le ministre De Crem" – et promet d'en tirer les conséquences lundi, lors du bureau de parti.

Alors, à quelques jours de la rencontre entre le roi Philippe et son chargé de mission, c'est le brouillard. Quelles sont les options du Roi?

  • Koen Geens prolongé

Si l'émissaire du Roi fait état d'avancées, il pourrait recevoir un nouveau mandat. Crédible? Les discussions entre les partis concernés restent discrètes et les commentaires qui fuitent sont plutôt de nature à exacerber les tensions. Mais "si Koen Geens n'y arrive pas (à rassembler PS et N-VA, NDLR), je ne vois pas qui le pourra", confiait le politologue Dave Sinardet il y a quelques jours. "Choisir Koen Geens, c'était une prise de risque du Palais, mais le CD&V est vraiment le parti charnière", rappelle Pierre Verjans, politologue à l'ULiège. "On joue aussi avec une question de confiance interpersonnelle."

  • Un gouvernement d'urgence

Il faut éviter que le déficit budgétaire ne s'accroisse davantage. Or, le gouvernement en affaires courantes ne peut guère prendre d'initiatives. Il pourrait être renforcé par d'autres partis en soutien sur des dossiers précis. La Première ministre Sophie Wilmès (MR) serait, dans cet esprit, en train d'explorer les possibles soutiens politiques pour éviter que le déficit ne gonfle encore. 

  • Des élections anticipées
Actuellement, tous pensent que les partis qui ont voix au chapitre ne lanceront pas l'idée d'élections et utilisent la possibilité comme menace pour faire peur. On a vu ce que ce stratagème avait donné en 1914.
Pierre Verjans
ULiège

Avec un gouvernement démissionnaire, le Roi peut dissoudre le Parlement. Les élections sont alors convoquées dans les 40 jours. Actuellement, de nombreux messages prennent la forme d'une diatribe électorale mais personne ne s'avoue en précampagne. Le MR "n'est pas du tout en train de préparer les élections, on travaille toujours à une solution", y insiste-t-on. Chez Ecolo, "ce n'est pas une piste, mais une option possible. Nous privilégions les voies qui n'ont pas encore été totalement éprouvées." Pareil pour le PS. Lui, "ne les souhaite pas, mais est prêt à faire face à toute éventualité."

Que faut-il déduire de ces sorties récentes? "Il y a bien un effet de musculation, confirme Pierre Verjans. Cela me fait penser à l'ouvrage 'Les somnambules' de Christopher Clark, qui raconte qu'entre juin et début août 1914, tout s'est mis en place pour que la guerre ait lieu parce que les diplomates étaient sûrs que la guerre n'allait pas se passer. Actuellement, tous pensent que les partis qui ont voix au chapitre ne lanceront pas l'idée d'élections et brandissent la menace pour faire peur." Pierre Verjans n'estime pas qu'un retour aux urnes soit très crédible, "parce que la plupart des acteurs sont très rationnels. Mais c'est moins improbable qu'il y a quelques semaines."

  • Un accord

Pas un accord de coalition bien sûr. Mais, puisque c'est quand même le but de l'exercice, Koen Geens pourrait avoir trouvé suffisamment de points de convergence entre un nombre raisonnable de partis pour que de vraies négociations puissent commencer. Ce serait vraiment la bonne surprise...

Du mal à vous retrouver dans toutes les coalitions possibles ou imaginées au Fédéral? 

→ Notre guide des noms de coalitions

  • Sans le PS

Un membre du bureau du PS a dit à La Libre Belgique: "Lundi, je pense que nous allons annoncer publiquement que le PS se retire des négociations." Le porte-parole du parti n'a pas voulu commenter cette sortie qui rebattrait les cartes. Si ce retrait s'avère, le Roi devrait arrêter de miser sur l'option PS/N-VA.

  • Un nouveau missionnaire 

Le Palais prendra-t-il le risque de confier une mission à Bart De Wever, alors que des personnalités moins crispantes (aux yeux des francophones) ont échoué? Ou à quelqu'un d'autre... 

  • Temporisation

Le Roi pourrait prendre quelques jours de réflexion/discussion si Koen Geens lui fait part d'une insurmontable fracture.

  • Un gouvernement de techniciens

Des personnalités issues de la société civile pourraient être mandatées autour d'un programme basé sur les urgences (budget...).

Le Roi pourrait aussi sortir de son chapeau un scénario que l'on n'a pas évoqué ci-dessus... 

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