Le Roi face à la crise: que choisir?

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Alors, où en est-on? La balle est entre les mains du Roi, qui a relancé des consultations. Il doit poser un choix: vers la droite ou vers la gauche? Coup d'oeil sur les différentes possibilités.

Comme au bon vieux temps du rock'n'roll, la Belgique s'apprête à vivre une période politique particulièrement secouée. Mercredi, Bart De Wever a été déchargé de sa mission d'informateur par le Roi après l'échec de sa tentative de former une coalition de centre-droit. Dans la foulée, il a dit encore croire à une formule gouvernementale de droite, mais sans réellement convaincre.


Alors, où en est-on? La balle est entre les mains du Roi, qui temporise. Mais doit poser un choix: vers la droite ou vers la gauche? La formule où le MR jouerait le cavalier seul francophone (avec la N-VA, le CD & V et l'Open VLD) bute sur de très nombreux obstacles - à commencer par le scepticisme des démocrates-chrétiens flamands. À qui le Roi peut-il bien confier une mission que les jeux des exclusives réciproques rendent terriblement périlleuse?


A savoir

Le Roi a commencé ses consultations ce jeudi avec les présidents du PS, Elio Di Rupo et Paul Magnette. Wouter Beke, président du CD&V, les a suivis. Le roi Philippe a ensuite écouté Charles Michel (MR) et Gwendolyn Rutten, Présidente de l'Open VLD.

Des consultations royales doivent avoir lieu toute la journée ce jeudi et - dans le meilleur des cas - Philippe désignera un nouvel informateur (ou médiateur) ce vendredi pour repartir au front politique. Le Palais doit millimétrer son action - la Flandre politique apparaît en effet sous le choc après le non du cdH à la note de l'informateur De Wever. La marge de manoeuvre est étroite: en effet, un éventuel informateur issu des rangs socialistes ne butera-t-il pas rapidement sur un bloc N-VA/CD & V? "Nous ne lâcherons certainement pas la N-VA, on n'a pas permis à De Wever de faire correctement son travail, nous allons certainement nous radicaliser", analyse un haut responsable CD & V. Si une tripartite traditionnelle devait voir le jour, elle n'est donc pas pour tout de suite. Côté francophone, les rapports sont mauvais entre PS/cdH et MR. Les libéraux francophones ont averti qu'ils n'embarqueraient dans une tripartite qu'à condition de monter dans les gouvernements régionaux. Bref, l'horizon politique est bouché.


Et les patrons mettent la pression. Ainsi, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) estime-t-elle que la Belgique a "besoin de gouvernements, à tous niveaux, à même de prendre des mesures fortes", après la publication mercredi par le Bureau fédéral du plan des perspectives à moyen terme (2014-2019) pour l'économie belge.

 

• Les coalitions possibles après l’échec de la tentative de centre-droit sont nombreuses et variées. Voici les plus plausibles.

Toi aussi, forme ta coalition fédérale: cela pourrait être le titre d’un jeu pour geeks en mal de sensations fortes, mais non. C’est du belge, et bel et bien la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le roi Philippe — obligé de tâtonner pour voir quelle forme pourrait éventuellement prendre le prochain gouvernement fédéral. Revue des colations possibles, sans ordre préférentiel (on précise…), en tenant compte du fait que l’option "classique" de centre-droit (N-VA, CD&V, MR et cdH) est morte et enterrée, n’en parlons donc plus! Restent donc les trois options suivantes:

 

→ Le cavalier seul francophone du MR

C’est-à-dire une coalition N-VA, CD&V, Open VLD et MR. Cette formule est actuellement à l’étude dans plusieurs états-majors. Le MR doit indiquer s’il pense avoir les épaules pour affronter avec ses 20 députés au Parlement fédéral toute l’opposition francophone. L’avantage est qu’il y aurait une pluie de portefeuilles ministériels pour les libéraux à distribuer. Mais cinq années, franchement, cela peut être très long et le caractère de la coalition ultra-minoritaire chez les francophones signifie un déséquilibre permanent. En outre, les démocrates-chrétiens flamands devraient accepter de repêcher les libéraux flamands à bord du gouvernement flamand. C’est la condition de l’Open VLD pour jouer dans ce scénario déséquilibré. Kris Peeters (CD&V) a d’ailleurs plombé la formule mercredi soir en indiquant que cette coalition ne lui semblait pas la bienvenue.

 

→ La tripartite traditionnelle

Une coalition CD&V, Open VLD, SP.A, PS, cdH, MR? A ce stade, ce scénario est impossible. Le CD&V devrait se déscotcher de la N-VA — ce qui n’arrivera qu’après une très longue période de dramatisation (le spread qui monte, etc.). En outre, côté francophone, pour monter dans cet attelage à six, le MR exigera de réouvrir le jeu régional et de pouvoir être présent dans les gouvernements bruxellois et wallon — ce qui impliquerait par exemple de dire "bye-bye" au FDF à Bruxelles. Le MR apparaît très ferme sur cette revendication. Dans les autres partis francophones, on suppute néanmoins le coup de bluff libéral et on pense que le MR montera au fédéral même s’il n’est pas de la partie au niveau des Régions. A voir. Beau casse-tête en perspective.

 

→ La coalition "miroir"

Celle-ci serait composée du PS et du cdH côté francophone et de la N-VA et du CD&V côté néerlandophone. Il est clair que si la N-VA se retrouve en face du Parti socialiste dans une négociation/un gouvernement, ce sera pour remettre des revendications très lourdes en matière communautaire sur la table de négociation. D’abord: le confédéralisme. "Le point est dans le programme du CD&V, il n’y a donc aucune raison qu’il ne suive pas cette voie-là", observe-t-on chez les nationalistes flamands. Au CD&V, où le "non" du cdH au centre-droit est mal vécu, on ne ferme pas la porte à cette formule confédérale. Elle serait même mieux venue que la tripartite traditionnelle, pensent certains démocrates-chrétiens flamands.

Ce gouvernement à caractère communautaire où les deux partis monstres PS et N-VA se retrouveraient en face à face ne serait pas là pour faire du socio-économique. Ils ont déjà essayé en 2010: impossible de trouver des terrains d’entente entre ceux-là. Le communautaire serait donc le plat principal de cette formule.

 

→ La variante "4G"

C’est une variante du précédent scénario, qui réunirait N-VA, CD&V, PS et MR. Ici on retrouverait les quatre plus grandes formations politiques belges (d’où le surnom de "4G"). Cette coalition à l’avantage de pouvoir manœuvrer très largement, vu le stock de députés qu’elle posséderait. Mais peu plausible que le PS demande au cdH de retourner sur les bancs de l’opposition.

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