analyse

Le sp.a ouvre la porte, Bouchez crispe Coens sur l'IVG

Après plusieurs échanges moqueurs dans la presse, Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau se sont rencontrés mercredi soir. ©Georges Louis Bouchez

La note déposée par le président des socialistes flamands, Conner Rousseau, est perçue comme un signe d'ouverture en vue de former un gouvernement fédéral.

On sent comme un vent d'optimisme dans les partis gouvernementaux depuis que le sp.a a déposé une liste de demandes sur la table du trio occupé à chercher une majorité fédérale. L'info est tombée mercredi soir alors que Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau, présidents du MR et du sp.a, se voyaient autour d'un drink après plusieurs jours d'échanges peu aimables. Le sp.a demande un renforcement des soins de santé, une plus grande contribution fiscale des grands capitaux et des multinationales et d'éviter une hausse des taxes sur la consommation.

"Nous devons parler de contenu sur base d'une note de départ avec certaines des exigences que nous avons avancées."
Source sp.a

"Ces demandes ne semblent pas insurmontables", estimait-on avec étonnement dans les rangs du MR où l'initiative du sp.a est interprétée comme une ouverture. On le rappelle, Georges-Louis Bouchez, avec ses homologues de l'Open Vld et du CD&V (Egbert Lachaert et Joachim Coens) tentent de former une coaltion associant N-VA, MR, Open Vld, CD&V, sp.a et cdH. Cette formule jouirait d'une majorité courte de 76 sièges sur 150 à la Chambre. L'attitude constructive du sp.a pourrait lancer des négociations à court terme, entend-on. "Le temps presse", appuie un ténor du gouvernement fédéral. Relance économique oblige.

"Nous voulons vraiment commencer à discuter, assurait-on dans l'entourage de la présidence du sp.a jeudi midi. Mais nous devons parler de contenu sur base d'une note de départ avec certaines des exigences que nous avons avancées. C'est maintenant aux trois "Rois mages" (le surnom du trio Bouchez/Coens/Lachaert, NDLR) de décider s'ils veulent travailler avec nos exigences dans leur note de départ. Nous verrons s'ils veulent s'asseoir avec nous et quand ils veulent le faire." Le trio est toutefois réticent à l'idée de rédiger une note de travail à ce stade.

Le CD&V obtient le report à la Chambre

Mais le dossier de l'extension du droit à l'avortement s'est, comme prévu, invité au bal. Joachim Coens envisageant même de quitter le trio si un vote intervenait à la Chambre ce jeudi.

Le président du CD&V mettait tout son poids dans la balance pour éviter le passage du texte, son groupe à la Chambre finissant par déposer de nouveaux amendements et par demander un troisième avis au Conseil d'Etat sur ceux-ci. L'astuce, dénoncée par les 8 partis soutenant le texte auquel le cdH et le Vlaams Belang sont également opposés, a pour effet de reporter le vote sine die.

La sortie de Coens est un coup de pression évident sur le MR dont chacun des députés a été invité à voter en âme et conscience sur le texte. Le CD&V est-il prêt à faire capoter la formation du gouvernement sur le dossier IVG? Tout porte à le croire. "C'est une question de respect", estime Joachim Coens à l'encontre du MR.

Des groupes techniques

Bouchez, Coens et Lachaert veulent, pour rappel, accrocher le sp.a avant d'attirer le cdH dont les demandes ont déjà filtré. Pour certains observateurs, celles-ci sont d'ailleurs plus difficiles à rencontrer que celles des socialistes flamands. Les humanistes demandent notamment une norme de croissance du budget des soins de santé à 3%, un relèvement des pensions minimum ou encore un soutien du Green Deal européen auquel la N-VA s'oppose. "Ils décortiquent le bilan de la suédoise qui est la base de cette coalition", glisse une source. L'affaire est donc loin d'être dans le sac même si le cdH, en perdition dans les sondages, peut avoir peur d'un retour aux urnes et s'avérer plus malléable.

Cette coalition à 76 sièges, baptisée Arizona sur base des couleurs de l'Etat américain, souffre de quelques handicaps. Premièrement, elle ne dispose pas de majorité en commissions de la Chambre: le cdH, avec cinq députés seulement, ne peut prétendre à y jouir du droit de vote. Cet écueil pourrait être contourné en constituant ce qu'on appelle des groupes techniques par familles politiques (MR/Open Vld et cdH/CD&V) qui changeraient la donne dans la répartition des sièges en commission en offrant une majorité à l'Arizona. On y travaille en coulisse.

Deuxième problème, cette majorité est extrêment minoritaire côté francophone: 19 sièges seulement (14 MR, 5 cdH). Ce qui serait difficile à défendre pour les deux partis. Bien sûr, on ne peut pas exclure que l'ouverture manifestée par le sp.a permette, in fine, au Parti socialiste de revenir dans le jeu. Les deux partis frères affichent volontiers leur unité. Le sp.a s'apprêtant même à intégrer le siège du PS au boulevard de l'Empereur. En outre, les relations entre MR et cdH sont loin d'être au beau fixe, le premier rêvant de faire disparaître le second à son profit.

En attendant, l'ex-président du sp.a, John Crombez, en appelle à plusieurs jours de discussions sur le fond. Qui vivra...

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