analyse

Le sud du pays resserre les boulons après les annonces fédérales

Ainsi fonctionne le jeu politique belge. Du comité de concertation n'ont pu sortir que des décisions agréant tant le Fédéral que Bruxelles, la Flandre et la Wallonie. Soit un socle "interfédéral" minimum, que les francophones se sont empressés de renforcer. ©Sebastien Pirlet

Les décisions fédérales annoncées ce vendredi matin étaient jugées faiblardes? Wallonie et Fédération Wallonie-Bruxelles ont renforcé l'arsenal de mesures en fin de journée. Bruxelles devrait suivre ce samedi.

Bienvenue dans un état ouvertement fédéral. Ce vendredi matin, dans la foulée d'un comité de concertation ayant démarré la veille – le politicien belge aimant tenir ses réunions au sommet de la nuit –, le gouvernement fédéral et les entités fédérées annoncent une première batterie de mesures nationales, afin d'aligner la réponse publique sur l'évolution de l'épidémie.

Culture, sport ou enseignement supérieur: la Belgique serre doucement la vis, sans toutefois sortir l'artillerie lourde. Pas question d'un "lockdown" bis. Ni de changer de philosophie: "limiter le plus possible les contacts non essentiels", rappelle le Premier, Alexander De Croo (Open Vld). Et ce afin de préserver le quartette que la Belgique entend sanctuariser: éviter que les hôpitaux ne s'écroulent; laisser les écoles ouvertes; permettre aux entreprises de tourner; préserver la santé mentale de la population. D'où cet ajustement tous azimuts, à l'échelle du pays. Autant de mesures qui rentrent en vigueur dès vendredi, et ce jusqu'au 19 novembre.

Un petit résumé des mesures – nouvelles et anciennes – adoptées en comité de concertation. C'était avant que Wallonie et Fédération Wallonie-Bruxelles frappent plus fort. ©doc

Une réponse qui a pu en laisser certains sur leur faim, tant la riposte belge pouvait sembler un tantinet faiblarde, au vu des appels à l'aide provenant du front hospitalier et des injonctions de plus en plus solennelles formulées par les experts.

Résultat des courses: après avoir planché sur son budget, la Wallonie rencontre ses gouverneurs. Cela discute ferme tant à la Région qu'à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le tout débouche sur une communication en fin de journée.

"Les chiffres augmentent de façon vertigineuse."
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon

Wallonie et Fédération ont concocté un programme autrement plus contraignant, lui aussi valable jusqu'au 19 novembre. Parce que "les chiffres augmentent de façon vertigineuse", résume Elio Di Rupo (PS), un ministre-président wallon plus grave qu'en matinée.

Et à Bruxelles? Le grand patron Rudi Vervoort (PS) rencontre les 19 bourgmestres ce samedi midi; la tonalité devrait toutefois être similaire.

Le résultat final constitue un cocktail de restrictions formulées par différents niveaux de pouvoir. Que l'on tente de vous résumer.

Confinement partiel et couvre-feu

Voilà sans doute le plus symbolique. Alors qu'en Flandre, le couvre-feu "national", inchangé, court de minuit à 5 heures du matin, la Wallonie l'élargit de 22 heures à 6 heures. Et ce dès ce samedi soir. Dans la capitale, il pourrait en être de même.

22
heures
Dès samedi soir, un couvre-feu de 22 heures à 6 heures sera valable dans toute la Wallonie – et il est question que Bruxelles aille dans la même direction. Des horaires plus stricts que le couvre-feu national, jusque-là valable de minuit à 5h.

Ce n'est pas tout: en Wallonie, les courses se feront désormais à deux personnes maximum, les moins de 12 ans n'entrant pas dans ce décompte.

Sport

Adieu, public: le sport professionnel doit se passer de spectateurs, dans tout le pays. Du côté des amateurs francophones, la compétition est à l'arrêt et seuls les moins de 12 ans peuvent encore s'entraîner.

De manière générale, tout sport en intérieur est suspendu en Fédération, sauf pour les moins de 12 ans. Alors qu'il sera encore permis de barboter en Flandre, les piscines ferment leurs portes à Bruxelles et en Wallonie.

12
ans
En Fédération Wallonie-Bruxelles, seuls les moins de 12 ans peuvent encore s'adonner à la pratique d'un sport en salle, et ce jusqu'au 19 novembre. Quant aux piscines, fini d'y barboter.

Enseignement supérieur

Côté flamand, les locaux ne peuvent être occupés qu'à 20% de leur capacité. Avec une particularité pour les premières années, pour qui ce taux peut grimper à 50%.

Côté francophone, un pas supplémentaire est franchi. Les cours en présentiel sont suspendus jusqu'au 19 novembre, sauf pour les laboratoires, travaux pratiques et cours artistiques nécessitant une présence physique.

Culture et événements

La culture peut continuer à vivoter. Les règles de l'événementiel bougent peu: maximum 40 personnes à l'intérieur, à moins que la séparation de 1,5 mètre entre bulles puisse être garantie, auquel cas on grimpe à 200 personnes. Durcissement par contre: l'exception permettant de dépasser les 200 personnes est suspendue.

Loisirs

Les parcs d'attractions sont tenus de fermer, au contraire des parcs animaliers, où seuls les espaces intérieurs garderont portes closes.

Activités jeunesse

Mouvements de jeunesse et stages ne sont pas mis sous cloche, à l'approche des congés. En extérieur s'il vous plaît: obligatoire pour les plus de 12 ans, recommandé pour les plus jeunes. Le tout en groupes de 50 maximum.

Et dormir sur place? Uniquement durant les congés, fixe la Fédération, et pour les moins de 12 ans.

Transports en commun

"Des bus privés seront progressivement à l'oeuvre sur les lignes les plus fréquentées et en heures de pointe."
Elio Di Rupo
Ministre-président wallon

Les Régions l'admettent: les transports en commun peuvent encore être bondés durant les heures de pointe. "Des bus privés seront progressivement à l'oeuvre sur les lignes les plus fréquentées et en heures de pointe", assure Elio Di Rupo. Qui incite tous ceux qui le peuvent à réduire la pression, que ce soit en marchant, en pédalant, ou en se déplaçant à des heures moins chargées.

Ou encore en travaillant de chez soi, parce que le télétravail reste la règle.

Hôpitaux

Chaque jour, au vu du rythme des admissions, "c'est comme si l'on fermait un hôpital à toute autre pathologie que le Covid", assène le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a).

"Chaque jour, au vu du rythme des admissions, c'est comme si l'on fermait un hôpital à toute autre pathologie que le Covid."
Frank Vandenbroucke
Ministre de la Santé

C'est pourquoi le système hospitalier dans son ensemble basculera dès lundi. Outre le Covid, seules les opérations urgentes et les activités nécessaires, comme les chimiothérapies, les dialyses ou la revalidation, seront maintenues.

D'ici le 2 novembre, il est par ailleurs demandé aux institutions hospitalières d'aller au-delà de ce que prévoit la phase "2A". "Les hôpitaux devront arriver à 7.200 lits banalisés consacrés au Covid", détaille le ministre. Et en plus de passer de 1.000 à 1.200 lits de soins intensifs dédiés à l'épidémie, il est également question d'ouvrir 300 lits intensifs supplémentaires, histoire de dégager une (petite) marge.

2.300
Lits de soins intensifs
En plus de faire passer le nombre de lits de soins intensifs réservés au Covid de 1.000 à 1.200 d'ici le 2 novembre, les hôpitaux doivent ouvrir 300 lits intensifs supplémentaires, afin de disposer d'un effectif total de 2.300 lits.

Maisons de repos et de soins

La Wallonie renforce les règles d'accès à ses maisons de repos et de soins: un seul visiteur par résident, et ce par cycles de 15 jours.

Et le baromètre?

Et quid du fameux baromètre, censé apporter lisibilité et prévisibilité au citoyen? Sa finalisation n'a pu être au programme de ce comité nocturne. Mais est-il seulement utile, pour l'heure, relativise Frank Vandenbroucke? "Il n'est pas nécessaire en plein coeur de la tempête." Mais il le deviendra dès que la Belgique naviguera en eaux troubles, quelque part entre crise aiguë et normalité perdue.

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