analyse

Paul Magnette: "Bart De Wever ne fait aucun compromis, cela a assez duré"

"On a eu une trentaine de réunions avec la N-VA et ça ne mène à rien", estime le président du PS Paul Magnette. ©BELGA

Les informateurs mettent la dernière main à leur devoir à rendre au Roi ce mardi. Le CD&V avance ses exigences et DéFI se veut le parti de la solution.

La possibilité de confier au président de la N-VA, Bart De Wever, une mission après celle de Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) est la dernière ritournelle à la mode. Sera-ce le choix du Roi? On le saura ce mardi. 

Il faut juste une majorité de parlementaires à ce pays pour sortir de la crise...
François De Smet
Président de DéFI

On ne sait pas si les informateurs ont vraiment avancé. Ils avaient reçu leur mission le 10 décembre. Depuis lors, ils ont déjà fait des rapports au roi Philippe et rencontré les différents partis impliqués. Lors de la prolongation, demandée le 13 janvier, ils ont eu pour objectif de "clarifier davantage les différentes positions". Bref, de vérifier, une fois de plus, s'il est possible de trouver un terrain d'entente suffisant entre N-VA et PS

Rencontre entre De Wever et Magnette

Et juste avant leur prochaine visite au Roi, prévue ce mardi, les informateurs ont justement à nouveau réuni Paul Magnette et Bart De Wever dimanche après-midi. Selon Le Soir, Joachim Coens aurait souhaité voir les deux présidents de parti mener une mission en tandem, mais l'idée a été recalée par le président du PS.

Que l'on ne demande pas au PS de mener une politique de droite.
Paul Magnette
Président du PS

Mais Paul Magnette a fermé la porte à un tel scénario, ce lundi à la sortie du bureau du PS. "On a eu une trentaine de réunions avec la N-VA et ça ne mène à rien. Autour de la table, le PS est de bonne volonté mais Bart De Wever ne fait aucun compromis. A un moment, cela a assez duré", a-t-il déclaré. Une nouvelle mission royale en duo avec Bart De Wever? "Ca ne servirait à rien", a-t-il dit. "Si on veut faire un gouvernement sans le PS, et bien qu'on le fasse mais que l'on ne demande pas au PS de mener une politique de droite. Nous voulons donner une réponse sociale aux défis qui se posent et non poursuivre la politique du gouvernement précédent qui a été largement sanctionnée par les électeurs", a-t-il ajouté.

Paul Magnette a également listé en bureau de parti le catalogue des mesures voulues par la N-VA et que le PS rejette.

Reparler de l'euthanasie

Le rôle joué par le CD&V est de plus en plus central dans ces négociations. Et les chrétiens-démocrates flamands ont avancé un pion supplémentaire dimanche. On sait que le parti est très tatillon sur les sujets éthiques et qu'il compte bien les mettre dans la balance pour la participation à un éventuel gouvernement.

Dimanche, Koen Geens, actuel ministre de la Justice, a plaidé – avec en toile de fond le procès "euthanasie" qui se déroule actuellement à la cour d'assises de Gand – pour une évaluation de la législation sur l'euthanasie. Il voudrait que soit examinée davantage la notion de "souffrance psychique insupportable" de cette loi. 

Ce rôle ambigu joué par le CD&V en énerve plus d'un et notamment François De Smet, le président de DéFI. Celui-ci a réinsisté, ce lundi matin sur Bel RTL, pour qu'un travail soit fait autour de la coalition 77, qui inclurait les trois familles de l'arc-en-ciel (les socialistes, les libéraux et les écologistes du nord et du sud) ainsi que DéFI ou le cdH.

La coalition 77

"Le Palais peut être contraint de passer par l'étape De Wever, admet François De Smet. Mais je doute que celui-ci arrive à convaincre une majorité de partis. Faut-il passer par cette étape pour le confort psychologique du CD&V?" Pour lui, ce serait du temps perdu.

Du côté de la N-VA, Lorin Parys, le vice-président, a rappelé sur Radio 1 que son parti acceptait de discuter des pensions les plus basses à condition de "briser le statu quo institutionnel".

Et François De Smet de conclure: "Si vous prenez les 75 sièges (de l'ensemble arc-en-ciel amputé du siège d'Emir Kir, exclu du PS, NDLR) et si, ce mardi, le CD&V ne donne pas de position claire, j'invite les partenaires de l'arc-en-ciel à s'ouvrir au cdH ou à nous mêmes. Il faut juste une majorité de parlementaires à ce pays pour sortir de la crise..."

Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent...

Quelles sont les coalitions qui restent possibles ou ne serait-ce qu'envisageables à l'échelon fédéral? La réponse à cette question donne la teneur de la difficulté de la tâche des informateurs qui se sont succédé. On peut répondre qu'une foultitude de coalitions sont numériquement composables. Mais qu'aucune n'a assez d'avantages pour s'imposer facilement.

Voici les panachés les plus souvent cités pour un parlement qui compte 150 sièges (avec 89 parlementaires pour la Flandre et 61 pour le rôle francophone):

· la bourguignonne: PS - N-VA - MR - Open Vld; 78 sièges. Reste à trouver un terrain d'entente entre les socialistes francophones et les nationalistes flamands. Si ceci se décoinçait, tout ce décoincerait. 

· l'arc-en-ciel: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen; 75 sièges. Depuis l'exclusion d'Emir Kir du PS, ce modèle-ci a perdu sa majorité et aurait besoin d'un appui pour s'imposer.

· la Vivaldi: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - CD&V; 88 sièges. Le souci? Le CD&V qui ne semble pas vouloir lâcher la N-VA.

· la coalition miroir: PS - N-VA - MR - Open Vld - Ecolo - CD&V; 95 sièges. Large majorité générale et majorité dans chaque camp linguistique. Mais il faut toujours forcer l'amour entre PS et N-VA et composer avec le fait que ni le CD&V ni le PS, ni Ecolo n'aura avec lui son copain de l'autre côté de la frontière. Quel genre de programme peut-on composer ainsi? Sans compter qu'Ecolo et Groen forment un seul groupe parlementaire à la Chambre.

· les Diables rouges: PS - s.pa - N-VA - MR - CD&V; 79 sièges. Toujours ce foutu mariage entre la N-VA et le PS. Et le MR devrait lâcher l'Open Vld.

· la coalition 77: PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - DéFI; 77 sièges. On entre ici dans le souci des partis flamands (30 sièges) qui ne seraient pas majoritaires dans leur groupe linguistique. 

· la coalition 80:  PS - sp.a - MR - Open Vld - Ecolo - Groen - cdH; 80 sièges. Les partis flamands seraient particulièrement déforcés dans un tel attelage: 30 membres contre 50 pour les francophones. Et minoritaires au sein de leur groupe linguistique. 

Il existe d'autres possibilités bien sûr, mais qui se heurtent à des problèmes semblant encore plus insurmontables que ceux-ci...

 



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