Le torchon brûle entre patrons et syndicats

L'administrateur délégué de la FEB, Pieter Timmermans ©BELGA

Les négociations salariales entre employeurs et syndicats au sein du Groupe des Dix sont une nouvelle fois suspendues. La balle se rapproche du camp du gouvernement.

Les négociations entre organisations syndicales et patronales en vue d'aboutir à un accord sur les salaires et les conditions de travail dans le secteur privé (AIP 2021-2022) n'ont définitivement rien d'un long fleuve tranquille.

Entamées le 18 janvier, ces discussions avaient été suspendues une première fois dès le lendemain par les organisations syndicales. Après quelques semaines sans réunion et malgré des divergences persistantes, les deux bancs avaient finalement accepté de reprendre langue aux alentours du 10 février. Quelques réunions plus tard, la prise est à nouveau retirée... Dans un communiqué commun, les organisations patronales affirment avoir dû constater ce mercredi "que les syndicats n'ont pas de mandat pour poursuivre les discussions au sein du Groupe des Dix".

Sans surprise, la marge maximale d'évolution des salaires, fixée à 0,4% par le Conseil central de l'économie, reste au cœur du blocage. Les syndicats réclament qu'elle soit indicative, tandis que le patronat refuse qu'on s'en écarte sous peine de mettre la compétitivité de la Belgique à mal.

0,4%
Marge salariale maximale
La marge maximale d'évolution des coûts salariaux pour les deux prochaines années a été fixée, le 14 janvier, à 0,4% par le Conseil central de l'Economie (CCE).

Irresponsabilité

Contacté par nos soins, l'administrateur délégué de la FEB Pieter Timmermans fulmine: "Les syndicats créent le chaos et se montrent irresponsables". À l'entendre, les employeurs ont proposé ces dernières semaines plusieurs pistes de solution aux représentants des travailleurs. En vain... "L'histoire se répète. Dès qu'il y a une situation difficile, les syndicats sont incapables de conclure un accord. Aujourd'hui, ils veulent déterminer une politique salariale en se basant sur les 5 à 7% des entreprises qui ont bien performé, alors que l'immense majorité a souffert. C'est insensé", lâche l'homme fort de la FEB.

"L'histoire se répète. Dès qu'il y a une situation difficile, les syndicats sont incapables de conclure un accord."
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

Pour étayer son propos, il rappelle qu'en additionnant la marge de 0,4% à l'indexation et aux augmentations barémiques, on atteindrait des hausses salariales de 3,7%. "À l'étranger, un tel accord serait signé dans les cinq minutes", assène-t-il.

À l'heure d'écrire ces lignes, aucun leader du banc syndical n'avait pu être contacté pour s'exprimer sur cette nouvelle suspension. Depuis la mi-janvier, ceux-ci estiment toutefois que le blocage des négociations est de la responsabilité des employeurs, qui "refusent d'entamer une négociation correcte et décente". Ce message, ils le répèteront d'ailleurs jeudi lors d'actions dans les entreprises, mais aussi sur la voie publique, dans l'ensemble du pays.

Le gouvernement bientôt dans la danse?

Pas de doute, l'ambiance entre les interlocuteurs sociaux est loin d'être au beau fixe. Dans ces conditions, l'heure est-elle venue pour le gouvernement d'intervenir? Côté syndical, on semble déterminé à jouer cette carte. L'idée: obtenir, via une circulaire, un assouplissement de la loi de 1996, qui permettrait potentiellement de mener des négociations salariales libres dans certains secteurs.

La probabilité que l'exécutif joue la montre et ne s'empare pas du problème immédiatement est réelle. En vertu de la loi, les partenaires sociaux disposent en effet d'un délai de deux mois à dater de la sortie du rapport du CCE sur la marge pour tenter de s'entendre.

Mi-mars, le ministre du Travail, Pierre-Yves Dermagne (PS), n'aura cependant pas d'autre choix que de se saisir du dossier si le blocage persiste. Interrogé à la Chambre, le socialiste a déjà indiqué à plusieurs reprises qu'il pourrait recourir à des circulaires, comme le prévoit l'accord de gouvernement, afin de donner une marge de manoeuvre aux partenaires sociaux dans les négociations. Une telle action nécessitera cependant un accord entre les partis de la majorité...

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