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Le tour du stade national en 20 questions

©BELGA

Avec des permis qui n’arrivent pas et des terrains pris en otage par la N-VA, il ne se passe plus une semaine sans que le stade national ne fasse l’actualité. Focus sur les clés du dossier.

Les projections en images de synthèse vues et revues cent fois n’y changent rien: au rythme des tuiles qui s’accumulent, les contours du futur stade national semblent devenir de plus en plus flous, alors que le temps commence à devenir très pressant. "Le stade est mort, vive le stade!" crie l’opposition, qui demande de remettre le dossier à plat. "Tout va très bien, Madame la Marquise", rétorquent en chœur la Ville de Bruxelles et le promoteur Ghelamco, réclamant de la sérénité et le respect des procédures en cours. Pour vous permettre d’y voir plus clair, L’Echo recadre les principaux enjeux du dossier.

Outre le stade, que prévoient les plans du projet? En plus d’un stade de 60.000 places, le futur "complexe multifonctionnel" inclura un parc récréatif et sportif, un campus avec centre de revalidation et un pavillon qui hébergera entre autres une bibliothèque. Un parking en sous-sol de 10.000 places est également prévu.

Combien la construction de ce stade va-t-elle coûter à Ghelamco? Philip Neyt, administrateur de Ghelamco, a rappelé cette semaine que les coûts de construction tournaient autour des 320 millions d’euros. Il a cependant précisé que ces coûts risquaient d’augmenter parallèlement avec le retard accumulé dans le projet.

120 millions €
Le contrat d’exploitation prévoit que la Ville paie un loyer annuel de près de 4 millions d’euros pendant 30 ans. Soit près de 120 millions à terme.

Comment la Ville de Bruxelles est-elle impliquée dans ce projet? Propriétaire du Parking C (situé sur la commune de Grimbergen), elle a cédé le terrain au travers d’un bail emphytéotique de 99 ans à Ghelamco, qui s’engage à prendre en charge les coûts et les risques liés à la construction. Le contrat prévoit aussi qu’un club de D1 occupe le stade, et il est conclu qu’en cas d’absence de ce club, un délai de trois ans soit prévu pour que l’emphytéote remédie à cette solution, soit en trouvant un autre club de même niveau, soit en trouvant une autre fin d’exploitation au lieu. En cas de dépassement de ce délai, la Ville aura pendant 12 mois une option de reprise des "parties du stade concernées par les difficultés constatées", et ce au prix du marché. Concernant l’exploitation des lieux, il est inclus dans le contrat que la Ville paiera à Ghelamco une indemnité de 4,1 millions d’euros HTVA durant 30 ans. En échange, elle jouira de 250 places VIP, de 1.000 places assises gratuites et de 1.000 places ristournées à 25% ainsi que d’espaces de bureau et de stockage, qu’elle compte utiliser notamment à des fins de marketing territorial, et de la possibilité d’organiser un événement "social non commercial" par an.

La Ville subsidie-t-elle le stade? Cumulée, cette redevance se chiffrera donc à plus de 120 millions au terme des 30 ans du contrat. Les discours divergent en fonction des camps sur la manière de considérer cette somme. L’opposition affirme que la Ville intervient de manière détournée dans les frais de construction du stade, après avoir annoncé qu’il ne coûterait pas un euro d’argent public. Face à cet argument, la Ville répond au travers de son échevin des Sports Alain Courtois qu’elle aura grâce à ces avantages une forme de droit de regard sur ce qui se passe au stade. L’échevin soutient aussi que depuis l’Euro 2000, la Ville paie entre 2,5 et 5 millions par an pour l’entretien du stade Roi Baudouin.

Comment la Région Bruxelles-Capitale est-elle impliquée dans ce projet? C’est elle qui, sous la précédente législature, a fait le choix de l’emplacement du Parking C. Un choix confirmé par le gouvernement actuel. Selon le ministre Guy Vanhengel, la Région ne serait cependant liée au dossier que par un unique contrat: celui de futur parking souterrain qui sera géré par le partenariat public-privé PGP et pour lequel Ville et Région investiront chacune à hauteur de 40 millions d’euros.

Comment le RSC Anderlecht est-il impliqué dans ce projet? Il était prévu de longue date qu’Anderlecht devienne le club résident du futur stade. Initialement, il a été relayé que les droits d’occupation tournaient autour des 11 millions d’euros par an. Après un premier coup de frein de la part du club en septembre 2015, des négociations ont lieu et un accord de principe a été passé avec Ghelamco. Les clauses sont tenues secrètes. Il se dit que le prix du loyer est revu à la baisse (un montant tournant entre 9 et 10 millions est souvent évoqué, jamais confirmé). Mais au début du mois de mars, le club a réaffirmé qu’il n’était plus intéressé par le projet actuel et que les discussions étaient closes. Certains parlent de nouvelles manœuvres de négociation. Le club dément.

Quelles conséquences pour le projet? Un retrait représenterait un trou important pour le modèle économique de Ghelamco, qui dit cependant avoir les reins solides et d’autres sources de rentrées possibles. Cela pourrait aussi avoir des conséquences quant à une éventuelle reprise du stade par la Ville (voir plus haut).

Stade Constant Vanden Stock, Anderlecht. ©BELGAIMAGE

Le RSCA a-t-il d’autres options? Un projet d’agrandissement du Parc Astrid, l’actuelle résidence des mauves, traînerait toujours dans les cartons du club et pourrait servir de joker. Dans tous les cas, Jo Van Biesbroeck, le directeur opérationnel du club, rappelait il y a peu dans les colonnes de L’Echo qu’il n’y avait pas de plan B dans l’immédiat et que le club pouvait se contenter de sa situation actuelle pour quelques années encore.

Pourquoi la commune de Grimbergen vient-elle de refuser d’octroyer un permis d’urbanisme à Ghelamco? Tout d’abord, parce que la présence d’un vieux sentier vicinal sur le terrain a été relevée dans les cadastres et rend encore illégale toute construction dessus. Le conseil communal de Grimbergen a récemment suivi la demande de la Ville de Bruxelles et de Ghelamco en acceptant de supprimer le sentier, pliant face à la menace juridique. Mais tant que cette décision n’est pas administrativement actée, impossible de délivrer un permis. D’autres points importants ont également motivé l’avis négatif de Grimbergen: la crainte de problèmes de mobilité aux environs du site, et le décalage entre les plans du projet et ce qu’admet le plan régional flamand d’aménagement du territoire.

Quand sera supprimé le sentier? La suppression administrative dépend de l’autorité provinciale. Celle-ci devait l’acter cette semaine, mais trois plaintes de conseillers d’opposition de Grimbergen ont été introduites auprès du gouverneur de la province, sous motif que Ghelamco avait abusé de son pouvoir financier pour mettre la pression sur le conseil communal. Ces plaintes doivent donc être traitées avant toute possibilité de suppression, avec un délai maximum de 90 jours.

Reste-t-il des chances pour que le permis soit accordé? Suite à l’avis négatif rendu par Grimbergen, Ghelamco a déclaré qu’il ferait appel et espère que la suppression à venir du sentier vicinal et la convention de mobilité soumise à Grimbergen feront pencher la balance en sa faveur. Mais les problèmes liés à l’aménagement du territoire n’ont pas été évacués pour autant.

Quelles sont les cartes que le ministre Ben Weyts (N-VA) et la Flandre ont dans leurs mains? Il s’avère que deux parcelles du Parking C essentielles pour le développement de structures d’accès au site n’appartiennent non pas à la Ville de Bruxelles mais à l’Agence flamande des voiries et de la mobilité. Connue depuis 2015 au moins, l’information n’a été rendue publique qu’au début du mois de mars 2017. Depuis, le ministre flamand est sorti dans la presse en annonçant qu’il ne vendrait pas ces parcelles. Il motive cela par la démesure du projet, le retrait d’Anderlecht et les réserves initiales de Grimbergen.

Entre les "Le stade est mort, vive le stade!" et les "Tout va très bien, Madame la Marquise", comment y voir clair?

A-t-il des obligations légales de céder ce terrain? Le seul engagement donné à Ghelamco par son administration est un accord de principe sur la mise en vente d’au moins un des deux parcelles concernées, et ce dans le respect des procédures. Il date de 2015 et n’a pas de valeur contraignante.

Ghelamco peut-il s’en passer? Sans ces terrains, Ghelamco devrait redévelopper un projet qui n’inclut pas ces parcelles et repasser par tout le processus d’obtention de ses permis avant de pouvoir imaginer poser la moindre brique. Cela aurait un impact important sur le respect des délais et compromettrait très certainement l’objectif de l’Euro 2020.

Quelle est l’attitude de Ghelamco face à ces problèmes? Depuis le début, le groupe tient un discours qui se veut rassurant, rappelant régulièrement qu’il se plie à la procédure et qu’il est capable de construire ce stade en un an. Sur la question du sentier, il a aussi montré qu’il était capable de mettre la pression sur ses adversaires en sortant le chéquier. Certains, à l’image du député bruxellois Arnaud Verstraete (Groen), affirment cependant que Ghelamco ne croirait plus dans l’aboutissement du projet, mais serait tenu à poursuivre la procédure jusqu’à son terme s’il veut respecter ses engagements contractuels.

Quel est l’état du retard actuel? Dans le bail, il est stipulé que le stade devra être achevé pour juin 2018, sauf cas de force majeure. Mais vu le retard que la construction a déjà pris, il est généralement admis que la nouvelle date limite est repoussée en juin 2019. Confiant, Alain Courtois va même jusqu’à voir dans l’exemple de Lyon un ultime espoir. La ville a accueilli des matchs du mondial en juin 2016, et n’a inauguré son stade qu’en janvier de la même année. Courtois ne veut donc pas enterrer le projet avant janvier 2020.

Pour tenir la distance, quand devraient commencer les travaux? Ghelamco affirme qu’il est capable de construire ce stade en un an. Dans le pire scénario et sur la base de ces promesses, il faudrait donc que tous les feux soient au vert d’ici l’hiver 2018-2019.

En cas de dépassement des délais pour l’Euro 2020, le stade sera-t-il construit? Tant Guy Vanhengel à la Région qu’Alain Courtois à la Ville le disent: avec ou sans Euro 2020, ce stade verra le jour. En face, l’opposition cdH et Ecolo réclame que l’on gèle le projet et qu’on recommence un projet de stade à zéro, en toute transparence.

L’alternative de la rénovation du stade Roi Baudouin est-elle réaliste? Si l’on en croit Alain Courtois, le Roi Baudouin sera détruit après 2020. Une étude de faisabilité datant de 2015 estime qu’une rénovation est possible, et coûterait 110 millions d’euros. Mais l’analyse ne tient pas la route, dit Ghelamco, qui pointe des manquements par rapport aux exigences de l’UEFA. Une nouvelle analyse, commandée et présentée par ses soins, estime entre 300 et 400 millions le coût des rénovations, avec des délais irréalisables pour l’été 2020. à laquelle se fier? "Yaka" trancher…

Quelle est la position jouée par l’Union belge de football dans ce dossier? Il faut bien admettre qu’elle a été peu présente, alors que c’est elle qui a pressé à l’époque les pouvoirs publics de déposer une candidature pour l’Euro 2020, précipitant les délais de construction du stade. Le vice-président de l’Union belge Bart Verhaeghe, aussi président du Club de Bruges, est souvent pointé comme hostile au projet.

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