interview

"Les affaires courantes ne sont pas un handicap dans la gestion de cette crise"

©jonas lampens

Sophie Wilmès assume le timing et la gradation des mesures prises par le gouvernement pour ralentir la progression du coronavirus.

Semaine éprouvante pour Sophie Wilmès. La Première ministre MR est montée au front de la crise du coronavirus. L'Echo l'a rencontrée vendredi après-midi, dans la foulée des décisions très restrictives prises par le Conseil national de sécurité jeudi soir. 

On assiste à un mouvement de panique dans les supermarchés, vous ne craignez pas de voir un partie du personnel soignant rester à la maison malgré les mesures annoncées?

Ces deux éléments ne sont pas corrélés. La panique entraîne parfois la panique. Réalisant que certains vident les rayons, d'autres se sont dit qu'il y avait nécessité de faire cela. La réalité c'est qu'il y a suffisamment de denrées pour tout le monde. Il faut en appeler à un petit peu de civisme. Le personnel soignant est une catégorie de travailleurs dont on a impérativement besoin, c'est une fonction critique pour le moment. Nous voulons la protéger. Quand nous avons pris la décision de suspendre les cours à l'école, nous avons proposé des garderies pour les moins de 14 ans avec un accès prioritaire pour les enfants du personnel soignant. 

La fermeture de l'Horeca a surpris pas mal de monde. D'où vient cette décision, qu'est-ce qui la justifie?

Ce dispositif est un tout. Notre Risk Assessment Group est composé de scientifiques de haut niveau qui analysent la situation épidémiologique et ses évolutions possibles. Sur cette base, le Risk Management Group se réunit pour proposer un ensemble de mesures. Résultat : un éventail de mesures qui ensemble permettent de ralentir la dispersion du virus. La fermeture de l'Horeca, des cinémas, l'interdiction des rassemblements, etc. font partie d'un package global. 

En France, Macron ferme les crèches mais laisse l'Horeca ouvert. En Belgique, c'est l'inverse. Comment l'expliquez-vous?

Chacun a son groupe d'experts. Je ne doute pas que dans ce pays, ils ont la conviction que c'est la meilleure manière de faire. Nous suivons nos propres recommandations d'experts. Pourquoi les crèches ouvertes alors qu'on suspend les cours? Les mesures sont décidées au regard de différents facteurs. On tient compte du nombre de personnes concernées, de la fréquence de leurs contacts, de leur durée, de l'endroit dans lequel ils se voient, confiné ou non, de l'âge, etc. Cela doit correspondre à une réponse globale, efficace et exécutable. 

Ce n'est pas une façon de limiter le nombre de parents quittant leur entreprise pour s'occuper de leurs enfants?

La priorité absolue de ce gouvernement, c'est la santé des citoyens. Si notre objectif était de protéger l'économie au détriment de la santé publique, nous n'aurions pas pris ces décisions-là. Une fois les décisions prises, on doit évidemment accompagner leur impact.

Des mesures compensatoires sont déjà décidées?

"Si nous n'avions pas pris ces décisions jeudi soir, la situation pouvait évoluer de façon bien pire. Tant au niveau sanitaire qu'au niveau économique."
Sophie Wilmès
Première ministre

Les discussions sont en cours. Des rencontres avec le secteur Horeca sont prévues. On doit être à l'écoute. Si nous n'avions pas pris ces décisions jeudi soir, la situation pouvait évoluer de façon bien pire. Tant au niveau sanitaire qu'au niveau économique. 

Vous assumez donc le timing des décisions et la gradation des mesures?

Complètement.

Des sanctions sont-elles prévues pour ceux qui ne respectent pas vos mesures?

Nous comptons sur le civisme des Belges. Ces règles ne sont pas imposées pour le plaisir. Dans le cas du non-respect d'un arrêté local, il y a les sanctions administratives.

Vous encouragez les communes à faire usage de ces sanctions?

Même si on est en phase fédérale, l'application des réglementations prises doit être mise en musique par les bourgmestres.

Que pensez-vous des déclarations de Bart De Wever, président de la N-VA et bourgmestre d'Anvers? Il s'est opposé aux recommandations fédérales de lundi et réclame le déclenchement du plan catastrophe national.

"Je ne sais pas très bien ce que M. De Wever demande. Il dit que nos mesures sont trop fortes par rapport à son économie locale et le lendemain, il demande l'inverse."
Sophie Wilmès
Première ministre

Je ne sais pas très bien ce que M. De Wever demande. Il dit que nos mesures sont trop fortes par rapport à son économie locale et le lendemain, il demande l'inverse. Notre objectif, c'est de régler la crise du coronavirus. Moins de s'occuper de positionnements qui ont l'air politiciens. 

La N-VA instrumentalise la crise?

Je ne vais pas commenter. L'important c'est de travailler ensemble. 

Faut-il s'attendre à des mesures encore plus fortes?

La situation évolue. Cette batterie de mesures a été prise avec l'espoir et la volonté de ne pas devoir prendre des mesures supplémentaires à courte échéance. D'après les experts, elles devraient être suffisantes pour ralentir la progression du virus. Mais le phénomène est inédit, nous n'avons pas beaucoup de recul, on ne peut donc pas garantir ce que sera l'avenir. 

Est-ce que le problème de pénurie de réactifs nécessaires au dépistage est réglé? 

Ca a été une difficulté. Il y a plusieurs sortes de réactifs, il fallait recalibrer le matériel, cela a pris un peu de temps. Maintenant, il n'y a plus de problème à ce niveau-là. C'est rassurant, on a pu commander des masques aussi. Mais la situation d'aujourd'hui n'est pas celle de demain. 

Confirmez-vous une différence communautaire concernant la fermeture des écoles?

On ne peut pas nous reprocher de prendre du temps pour de telles mesures. Comme dans toute discussion politique, il y a eu des sensibilités différentes.

Vous ne regrettez pas d'avoir convoqué la presse avant d'avoir un accord en Conseil national de sécurité? On aurait peut-être évité ce direct surréaliste jeudi soir.

La presse a été informée de la tenue d'un CNS. On pouvait s'attendre à une communication, mais personne n'a été invité à une conférence de presse. Quand dehors il fait froid et qu'il pleut, on a la gentillesse de faire attendre les journalistes à l'intérieur. Cela a donné une image qui ne correspond pas à la réalité. Il a fallu le temps de la décision. Sortir d'une telle réunion après deux heures n'aurait pas été sérieux. (Les médias ont pourtant bien été invités jeudi à une conférence de presse peu avant 20 h, à l'insu du responsable com' de la Première ministre et donc d'elle-même, ressort-il, NDLR.)

Quid de l'aggravation du déficit pour 2020 pointée par le rapport du comité de monitoring? 

Je lirai ce rapport avec attention mais dans les jours qui viennent, la priorité sera moins au budget qu'à la gestion de la situation sanitaire. Le budget reste une question importante mais elle est aujourd'hui un peu secondaire par rapport à la santé de nos concitoyens. 

La crise corona va pourtant avoir des effets budgétaires... 

Elle va ralentir l'économie mondiale et donc la croissance belge. La crise va induire des dépenses supplémentaires et des recettes en moins. On a discuté de ces conséquences avec la Commission européenne. Nous voulons être en mesure de soutenir certains secteurs. Nous avons reçu un signal positif quant à la souplesse de la Commission relative à la réglementation en vigueur sur les aides d'Etat. Idem sur l'application flexible des règles de gestion des déficits et de la dette dans le Pacte de stabilité. Cette flexibilité ne sera pas suffisante pour absorber le déficit qui se creuse mais elle l'est à l'agenda européen. 

Les affaires courantes handicapent-elles la gestion de la crise? Il n'y a toujours pas de gouvernement de plein exercice. 

"Est-ce que cette crise suffira à réveiller celles et ceux qui n'ont pas encore compris qu'il fallait prendre ses responsabilités et faire des compromis? Je l'espère."
Sophie Wilmès
Première ministre

Je le déplore. La Constitution est ainsi faite qu'une affaire urgente comme celle-là peut être gérée en affaires courantes. Nous ne sommes pas handicapés pour la prise de décision même si on préfère toujours agir avec une majorité parlementaire. Est-ce que cette crise suffira à réveiller celles et ceux qui n'ont pas encore compris qu'il fallait prendre ses responsabilités et faire des compromis? Je l'espère. Ce serait dramatique que le personnel politique ait besoin d'un crise d'une ampleur telle que celle-là pour se réveiller. Mais je n'ai pas l'habitude de pleurer sur le lait renversé et si cette crise peut avoir des conséquences positives, on les accueillera avec bienveillance.  

Ces responsabilités vous donnent-elles envie de rempiler au 16 rue de la Loi?

J'ai une tâche et des devoirs, je continuerai jusqu'à l'arrivée d'un gouvernement de plein exercice.

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