Les arguments des syndicats sur les pensions tiennent-ils la route?

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Les syndicats descendent dans la rue mardi pour se battre contre la réforme des pensions. Ils attendent plus de 30.000 manifestants. C’est la première grande manif organisée depuis l’automne 2016. Quels sont leurs arguments? Ont-ils raison? L’Echo décortique leurs slogans.

"Le gouvernement Michel réduit votre pension"

→ VRAI et FAUX

Les syndicats estiment que le gouvernement Michel va appauvrir les pensionnés. Selon eux, de nombreux retraités vont voir leur montant de pension diminuer, jusqu’à environ 200 euros bruts par mois dans les cas les plus extrêmes. Ils estiment notamment que 20% des futurs pensionnés ayant une carrière longue (débutant avant 20 ans, affichant plus de 45 ans au compteur), mais se retrouvant au chômage ou en prépension à la fin, perdront 100 euros brut par mois.

Selon eux, la limitation des périodes assimilées (chômage, prépension, crédit-temps…) va faire perdre, aux travailleurs "moyens" (qui ont 5 ans et demi de période non-assimilable) 152 euros pour les hommes, 133 euros pour les femmes. Au total, d’ici 2019, 276 millions seront économisés au travers de la réduction des assimilations.

Enfin, les syndicats pointent la perte de pouvoir d’achat des pensionnés. D’une part à cause du saut d’index. D’autre part du fait que la liaison au bien-être échappe à certaines catégories de pensionnés, ce qui ne compense pas la hausse des prix.

8,02 €
Hausse pension
Les pensions minimums ont été revalorisées de 8,02 euros par mois.

Difficile d'affirmer que les restrictions imposées aux périodes assimilées ne vont rien faire perdre aux futurs pensionnés concernés. Les économies inscrites au budget ne sont néanmoins pas confirmées. Le but de la réforme menée est d’ailleurs de valoriser les années travaillées, et non les années d’inactivité.

Plutôt que de parler de réduction de montant, il faut aussi parler plutôt de "non-augmentation". Les montants perdus ne sont pas retranchés des pensions actuelles. À noter également que certaines périodes de chômage resteront encore assimilées (1ère période de chômage, soit les 12 premiers mois). Les congés maladies, de maternité, les invalidités, restent aussi assimilés.

La suppression de l’unité de carrière va aussi permettre aux futurs pensionnés de gagner 635,78 euros brut/an pour ceux qui auront une carrière de plus de 45 ans (calcul sur base d’un salaire de de 23.841,73 euros brut/an).

En termes de pouvoir d’achat, la pension minimum des indépendants a été alignée sur celle des salariés. Et les pensions minimums ont été revalorisées. Le montant n’est pas énorme: 8,02 euros par mois. Mais depuis l’entrée en piste du gouvernement Michel, les minimums de pensions sont passés de 1.100 euros par mois à 1.212 euros pour les salariés, et 1.050 euros par mois à 1.212 euros pour les indépendants.

Par contre, il est exact que la liaison au bien-être ne touche pas tous les pensionnés, mais seulement ceux qui ont une pension minimum et une carrière complète.

"Le gouvernement vous empêche de partir à la pension avant 67 ans"

→ FAUX

L’âge légal de la pension a été augmenté, passant de 65 ans à 67 ans à l’horizon 2030. À côté de cela, les conditions d’accès à la pension anticipée ont été rendues plus strictes. L’âge minimum est progressivement relevé (de 61,5 ans en 2015, il passe à 63 ans en 2019), et la durée de carrière a été augmentée (de 40 à 42 ans). L’affirmation des syndicats selon laquelle on ne peut plus partir à la pension avant 67 ans n’est donc pas exacte. Car la hausse de l’âge légal ne signifie pas que c’est à cet âge-là que l’on doit partir à la pension.

Les départs en pension anticipée restent possibles. Pour autant, il est vrai, que l’on ait commencé sa carrière assez tôt, et que l’on n’ait pas accumulé des périodes d’inactivité, comme le chômage ou la prépension. Les départs en pension anticipée restent possibles aussi pour les carrières longues et les métiers pénibles. Aujourd’hui, 10% seulement des Belges travaillent jusqu’à 65 ans. Le but de la réforme est donc que, en 2030, 10% de la population travaille jusqu’à 67 ans.

"Le gouvernement Michel n’allège pas les fins de carrière"

→ VRAI et FAUX

En réduisant l’accès à la pension anticipée, en supprimant l’assimilation des périodes de prépension, en supprimant le crédit-temps sans motif de la législation sociale, en flexibilisant davantage le travail et en contraignant les malades de longue durée à reprendre le boulot fissa, le gouvernement rend plus pénible le travail, surtout en fin de carrière. C’est ce qu’estiment les syndicats. Mais il faut nuancer. Car parallèlement, le ministre des pensions Daniel Bacquelaine travaille sur un projet de pension à temps partiel.

On examine comment elle pourrait être compatible avec le crédit-temps de fin de carrière. La pension partielle doit permettre au travailleur de prendre une partie de sa pension tout en continuant à travailler et à se constituer des droits de pension supplémentaires. Ce qui signifie lui offrir la possibilité d’alléger sa fin de carrière, justement… D’autre part, la pénibilité de certains métiers sera aussi prise en compte pour alléger la fin de carrière.

"Le système de pension à points crée une insécurité pour le futur pensionné"

→ FAUX

La réforme des pensions prévoit un changement de mode de calcul de la pension. Il devra être basé sur un système de calcul à points à l’horizon 2025. Ce système est relativement simple: imaginez votre carrière comme une longue route que vous parcourez en voiture. Le nombre de kilomètres parcourus déterminera le départ, et le montant de la pension. On accumule donc des "kilomètres" (des points, calculés au prorata du salaire brut relatif au salaire brut moyen). Au moment du départ à la pension, ces kilomètres-points sont convertis en montant de pension. L’incertitude du système viendrait du fait que la valeur du point serait liée à la moyenne des revenus de la population. Les syndicats craignent qu’il ne baisse, ou ne soit gelé afin d’assurer la soutenabilité financière du système. Au delkà du fait que cela est encore en négociation, la valeur du point ne pourra baisser, étant donné que les salaires ne baissent pas.

"Le gouvernement veut décider seul quel métier est pénible"

→ FAUX

Le manque de concertation sociale et d’écoute, les syndicats le dénoncent depuis le début de la législature. Et particulièrement dans le dossier épineux des pensions. La semaine dernière, le secrétaire général de la FGTB Robert Vertenueil, a qualifié de "cynique" le ministre des pensions, expliquant qu’il avait eu l’impression de se retrouver dans un sketch de Coluche: "Dites moi ce que vous voulez et je vous expliquerai comment vous en passer." En affirmant que le gouvernement veut décider seul de la pénibilité, les syndicats oublient de dire que si Daniel Bacquelaine a repris la main, c’est parce qu’il a été impossible de forger un accord sur ce thème au Comité national des pensions. Donc via la concertation sociale. Le dossier y traînait depuis près de deux ans… Et du côté du secteur public, la négociation a eu lieu, et un premier projet a reçu l’approbation de deux des trois syndicats.

"L’espérance de vie en bonne santé est inférieure à l’âge de la pension"

→ VRAI et FAUX

En fixant l’âge de la pension à 67 ans, le gouvernement veut vous faire travailler plus longtemps que ne le permet votre santé, dit la FGTB. Elle annonce dans ses tracts une espérance de vie en bonne santé fixée à 64,4 ans pour les hommes, 64 ans pour les femmes. Les âges cités par la FGTB ne sont pas corrects. D’après l’Institut scientifique de Santé publique, les hommes et les femmes ont la même espérance de vie sans incapacité. Il est fixé à… 65,6 ans. Ca reste moins que les 67 ans de l’âge légal de la pension. Il y a néanmoins des différences entre les régions: pour un homme, ce sera 67,9 ans en Flandre, 63,2 ans à Bruxelles et 61,8 ans en Wallonie. Cela dit, selon Eurostat, l’espérance de vie en bonne santé à 65 ans est de 11 ans (données 2015)...

"L’Etat dépense moins que les pays voisins pour la pension"

→ VRAI et FAUX

D’après les chiffres avancés par la FGTB, la Belgique dépense en moyenne 2.853 euros par habitant pour financer les pensions. En Allemagne, ce serait 2.910 euros, en France, 3.855 euros, aux Pays-Bas, 3.683 euros. Mais si on rapporte les dépenses de pension en pourcentage du PIB, on constate que la proportion du PIB consacrée aux pensions est de 10,2% (données 2013), contre 10,1% en Allemagne, 8,5% au Luxembourg, 5,4% aux Pays-Bas, mais 13,8% en France. On est aussi au-dessus de la moyenne OCDE (8,2%). Dans certains pays où les dépenses sont plus élevées (comme l’Autriche par exemple à 13,4%), on travaille aussi 5 ans de plus…

"Nos pensions sont les plus basses d’Europe"

→ VRAI

Dans leurs tracts, les syndicats évoquent un taux de remplacement (pourcentage du salaire qui sera touché à la pension) de 60%, et réclament qu’il soit de 75%. D’après le dernier rapport de l’OCDE sur les pensions, le Belge obtient en moyenne 66,1% du niveau du salaire moyen lors de sa pension. C’est davantage que la moyenne de l’OCDE, qui est de 62,9%, mais c’est plus bas que la moyenne des 28 pays de l’UE (70,6%). Ce n’est pas le plus bas d’Europe, l’Alllemagne n’est qu’à 50%, mais il fait partie des plus faibles.

Le président du MR, Olivier Chastel, a appelé, dans un communiqué diffusé ce lundi après-midi, le PS à cesser "la désinformation en matière de pensions". Il réagit ainsi aux propos tenus par Elio Di Rupo dans les pages de la Dernière Heure, qui a dénoncé notamment "l'action destructive du gouvernement MR/N-VA (...) qui est en train de détruire la pension légale".

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