Les banques de sperme en manque de dons

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Confrontées à une hausse des demandes de procréation médicalement assistée, les banques de sperme belges sont en pénurie. Et se tournent vers des donneurs étrangers.

Il n’y a pas que les banques d’affaires qui souffrent. En Belgique, des banques d’un autre genre, celles qui récoltent et stockent le sperme humain, sont aujourd’hui menacées de pénuries. Le problème est sérieux, et les centres de procréation médicalement assistée (PMA) sont inquiets.

Depuis quelques années, les hôpitaux universitaires reçoivent de plus en plus de demandes de PMA. En plus des hétérosexuels confrontés à l’infertilité, un nombre croissant de couples homosexuels sont candidats.

L’expertise scientifique locale et le cadre légal favorable depuis la loi de 2007, reconnaissant la légitimité du don de gamètes, ont fait bondir la demande provenant des pays voisins. Il s’agit, le plus souvent, de couples homosexuels français, la PMA leur étant interdite dans l’Hexagone. Au centre de PMA du CHU de Liège, par exemple, ce public constitue 80% de la demande totale.

Mais l’offre ne suit pas. Le nombre de donneurs belges, déjà insuffisant, a tendance à baisser. "C’est de plus en plus compliqué de trouver un nombre suffisant de donneurs", confirme le biologiste Olivier Gaspard, responsable technique du laboratoire de PMA du CHU de Liège. "Les centres de PMA doivent se fournir à l’étranger, surtout auprès de banques de sperme danoises Cryos et Nordic Cryobank".

Cryos, le numéro un mondial, vend des centaines de milliers de paillettes de sperme (des mini-éprouvettes contenant des millions de spermatozoïdes) par an dans plus de 50 pays. Le prix d’une paillette varie entre 39 et 349 euros. Le sperme d’un donneur est généralement distribué à plusieurs femmes. Mais celui d’un "donneur exclusif" (tout le sperme d’un même donneur) peut coûter jusque 12.000 euros.

"Sans les dons danois, les centres de PMA belges ne pourraient répondre qu’à 10% ou 20% de la demande", précise Olivier Gaspard.

D’où vient cette pénurie? "D’un manque d’altruisme et surtout de communication", soupire Michel Dubois, directeur médical du centre de PMA de l’Université de Liège.

En Belgique, contrairement au Danemark, les banques de sperme ne peuvent faire de la publicité pour attirer les donneurs. "La loi prévoit bien l’organisation de campagnes de sensibilisation, mais aucune n’a jamais été organisée", déplore-t-il. Or, ce type de campagne est de la responsabilité de l’État fédéral.

Un vrai parcours du combattant

Deuxième cause de pénurie, la sévérité des critères de recevabilité du sperme. Cet impératif de santé fait du don un vrai parcours du combattant. Prise de sang, tests génétiques, anamnèse, résistance à la cryogénisation, tests sérologiques (HIV, hépatite C…). À l’arrivée, il reste peu d’élus. "Quand on a fini tous les tests, sur 25 candidats, il en reste 4 en bout de course", précise Michel Dubois. L’an dernier, le CHU de Liège a admis dix donneurs sur une cinquantaine de candidats.

De plus, une modification récente de la loi impose une prise de sang à chaque don de sperme. Une disposition compréhensible, mais qui ne va pas encourager les candidats. Et risque d’aggraver encore plus la pénurie.

Par ailleurs, la qualité du sperme, en Belgique, comme dans les autres économies développées, s’appauvrit d’année en année. Selon une étude de la revue spécialisée "Reproductive Biology and Endocrinology", le style de vie (obésité, tabac, alcool, drogues, caféine…) ainsi que des facteurs environnementaux (pesticides, parabènes, plastiques) font chuter la qualité du sperme. "Dans les années 60, l’OMS fixait la norme à 60 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme. Depuis 2010, elle est de 15 millions par millilitre", ajoute Michel Dubois.

Une "rémunération" appropriée du don de sperme pourrait être un facteur d’attractivité. Mais en Belgique, la rétribution de cet acte est interdite. Seul un "dédommagement" est octroyé, pour le temps ou le revenu perdus.

Au centre liégeois, c’est 75 euros par don. Un donneur produit, en moyenne, cinq échantillons recevables, ce qui lui permet de gagner au total 375 euros. De quoi intéresser avant tout… les étudiants, qui constituent la majeure partie des donneurs belges. "Mais la rémunération n’est pas forcément un incitant. Les donneurs danois ne reçoivent pas plus que les Belges", estime Olivier Gaspard.

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