analyse

Les cartes de Dermagne pour relancer la négociation salariale

Pierre-Yves Dermagne (photo) interviendra-t-il pour relancer la concertation sociale interprofessionnelle? ©Photo News

Les syndicats demandent une initiative du gouvernement pour réamorcer les négociations salariales. Le ministre Dermagne n'entend pas bouger pour l'instant.

Une réunion et puis s'en vont... Il n'aura donc fallu que trois petites heures aux syndicats pour juger les négociations salariales avec le patronat vouées à l'échec. Après avoir débranché la prise, CSC, CGSLB et FGTB ont expliqué leur geste. La marge maximale d'augmentation des salaires, fixée pour les deux prochaines années à 0,4%, leur reste particulièrement en travers de la gorge. Selon eux, ce chiffre "insuffisant" ne peut être qu'indicatif au vu des circonstances actuelles.

Hors de question, leur rétorque le banc patronal. Ce dernier insiste: aucun secteur n'a été épargné par la crise et même cette marge limitée ne sera pas atteignable pour nombre d'entre eux. En résumé: la concertation sociale est (déjà) dans l’impasse.

Le gouvernement en démineur?

Quand ça coince, il faut parfois tenter autre chose. L’heure est-elle venue pour Pierre-Yves Dermagne (PS), ministre de l’Economie et du Travail, de monter au front? C'est en tout cas le souhait exprimé mercredi par les organisations syndicales. Le principal intéressé ne semble actuellement pas de cet avis, se limitant à appeler les interlocuteurs sociaux à reprendre langue.

"Le ministre pourrait chercher à user de sa capacité d'influence pour amener les acteurs à se reparler et trouver des voies de sortie."
Jean Faniel
Directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques

Bien qu'il assure ne pas avoir de "plan B", Dermagne a déjà eu quelques contacts avec les deux bancs, a-t-on appris. En jouant la carte de l'informel, le socialiste pourrait chercher à "user de sa capacité d'influence pour amener les acteurs à se reparler et trouver des voies de sortie", analyse le directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP), Jean Faniel. Lors des négociations salariales antérieures, le prédécesseur de Dermagne, Kris Peeters, avait agi de la sorte, tentant à plusieurs reprises de mettre de l’huile dans les rouages des discussions entre interlocuteurs sociaux.

Au vu des positions fermes des uns et des autres, la piste informelle risque cependant de ne pas suffire. Y en a-t-il d'autres? Le lancement d’une médiation pourrait constituer une option. "Il est déjà arrivé que les présidents du Conseil national du Travail (CNT) ou du Conseil central de l’économie (CCE) soient chargés d'une telle mission", explique Faniel. Ce fut notamment le cas en 2008, lorsque Robert Tollet, alors à la tête du CCE, avait été mandaté pour remettre la négociation interprofessionnelle sur les rails.

Circulaires interprétatives

Dans les rangs syndicaux, on ne s’oppose à aucune piste, mais on place surtout beaucoup d’espoirs dans un passage de l’accord de gouvernement, qui prévoit que la Vivaldi puisse privilégier "l'utilisation de circulaires" afin d'assurer un équilibre entre compétitivité et pouvoir d'achat.

De telles circulaires pourraient-elles conduire à une révision de la marge ou à la rendre indicative pour certains, voire tous, les secteurs? Côté syndical, d'aucuns se mettent à en rêver. "Quoi qu'il en soit, il va falloir faire preuve de créativité", insiste la secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska.

Voir l'exécutif De Croo exporter un conflit social en son sein semble peu probable dans l'immédiat.

Soyons clairs, voir l'exécutif De Croo exporter un conflit social en son sein semble peu probable dans l'immédiat. "Dans un gouvernement qui n'est ni franchement à droite, ni franchement à gauche, parvenir à un accord sur une telle question serait de toute façon une tâche très difficile", souligne Faniel. D'après lui, on peut donc plutôt s'attendre à voir la Vivaldi tenter "de refiler la patate chaude" à quelqu'un d'autre, d'où l'hypothèse d'une médiation externe.

Côté patronal, on espère toujours que le dialogue reprendra, sans passage par la case gouvernement. "On ne négociera pas pour quelques petits pains et un peu de margarine", répondent les syndicats. Ambiance...

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