analyse

Les clés de la convergence PS/N-VA

Missionnés par le Palais royal, Bart De Wever et Paul Magnette se lancent dans une négociation estivale à l'issue incertaine. ©Photo News

La crise sanitaire et la crise économique qui s'annonce poussent les deux ennemis politiques à se mettre à table, caution royale en poche, pour négocier un accord de gouvernement. Tour d'horizon de ce qui les rapproche et ce qui les oppose.

"Nous n'avons rien en commun." "À part sur le bien-être animal, on n'est d'accord sur rien." C'est ainsi que Paul Magnette a longtemps qualifié les rapports du PS avec la N-VA. Incompatibilité totale pour le président du PS, à moins évidemment que les nationalistes flamands se convertissent aux recettes socio-économiques de la gauche. En face, la N-VA n'a pas arrêté d'inviter les socialistes francophones à la table, pour autant qu'ils renoncent à leurs fondamentaux.

Tout oppose les deux partis depuis 2014 et l'avènement du gouvernement de Charles Michel. Pendant ces cinq années d'opposition, les socialistes n'ont eu de cesse de dénoncer la politique de la suédoise en associant le MR au diable qu'incarnaient Bart De Wever et plus encore son ministre en charge de la Migration, Theo Francken. Depuis les élections de mai 2019, cette posture n'avait guère changé sur le fond alors que progressaient Ecolo et le PTB à gauche, le Vlaams Belang à droite.

Les cordons déliés de la bourse

Pourtant, des convergences ont déjà été identifiées entre les deux meilleurs ennemis. Dès l'été 2019, sous la houlette des deux missionnaires royaux qu'étaient Johan Vande Lanotte (sp.a) et Didier Reynders (MR), certaines pistes avaient été explorées en vue de marier les deux plus gros partis du pays. Leur base: des avancées sociales pour l'un, des avancées institutionnelles pour l'autre. Avec le résultat que l'on sait. Il aura fallu une crise sanitaire sans précédent pour remettre Paul Magnette et Bart De Wever à la même table. Qu'est-ce qui a changé? Qu'est-ce qui les rassemble et les oppose? Tentative de réponse.

"Il y a un an, ils devaient se mettre d’accord sur des économies. Maintenant ils peuvent se mettre d’accord sur de bonnes nouvelles."
Un proche des négociations

Commençons par ce qui semble vouloir unir le destin des deux partis. Élément numéro 1: le contexte budgétaire et les cordons déliés de la bourse pour financer la relance à grands coups d'emprunts. "Il y a un an, ils devaient se mettre d’accord sur des économies. Maintenant ils peuvent se mettre d’accord sur de bonnes nouvelles", résume un proche des négociations. Il est devenu possible d'augmenter les dépenses sociales sans augmenter les impôts des classes moyennes, ajoute-t-il. De son côté, la N-VA voit progresser le Vlaams Belang dans les couches les plus fragilisées de la population, ce qui la rend plus ouverte sur ce plan.

L'Etat doit changer

Deuxième clé de ce rapprochement: les constats institutionnels liés à la gestion sanitaire de la crise du Covid. "Il y a un consensus qui va au-delà des deux partis: la sixième réforme de l'État (la dernière en date, NDLR) a mis à mal l'efficacité de l'Etat, il faut donc changer", analyse un observateur. L'éclatement des compétences en matière de santé a en effet montré les limites de l'État belge version 2020.

Par ailleurs, le PS, traversé par un puissant courant régionaliste, ne cache plus ses craintes quant au financement des institutions francophones, ce qui l'encourage à entrer dans un nouveau round institutionnel.

Venant tous deux de l'opposition, les deux poids lourds ont également à cœur aujourd'hui démontrer qu'ils sont deux partis de gestion, prêts à prendre le pouvoir.

"Si on limite l'accord de gouvernement à un plan de relance associé à des réformes institutionnelles, cela peut passer. Parce que sur le reste, ils ne sont effectivement d'accord sur rien", estime-t-on en coulisse. Migration, justice, fiscalité, emploi, avenir de la sécurité sociale, autant de domaines où les deux projets de société s'affrontent. La fiscalité sur les plus riches en particulier pourrait constituer une pierre d'achoppement. Par ailleurs, la N-VA et le CD&V veulent faire du dossier IVG une affaire de gouvernement, ce qui n'est pas le cas du PS.

Pour le Parti socialiste, pas question non plus de remettre en cause la solidarité nationale au sein de la Sécu, contestée par le mouvement flamand. Cela pourrait convenir à la N-VA, pour autant qu'elle marque des points en défédéralisant des pans significatifs de la politique nationale, en matière de police, de justice et d'économie par exemple. Se dessinent déjà les nouveaux contours institutionnels de la Belgique. Sans présager bien sûr de la réussite de la négociation qui s'amorce.

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