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"Les compromis de Di Rupo sont des pas que Magnette ne franchirait pas"

©BELGA

Informateur royal, Paul Magnette fait plutôt bonne impression en Flandre. Mais il incarne une gauche qui inspire la méfiance au nord, où le PS n’a pas une bonne image.

Un week-end studieux s’annonce pour Paul Magnette. Le président du PS, désigné informateur royal il y a moins de deux semaines, doit rédiger son premier, si sa mission est prolongée ou dernier, si sa mission se termine, rapport au Roi. Objectif: jeter les bases d’une majorité gouvernementale fédérale. Une gageure, faut-il le rappeler. Cette entrée en scène marque donc un nouveau baptême du feu pour le président fraîchement élu. Qu’en dit-on côté flamand? La personnalité du bourgmestre de Charleroi est-elle de nature à restaurer l’image du PS au nord du pays? Rien n’est moins sûr, à entendre quelques-uns des observateurs flamands les plus en vue.

Clair dans ses intentions

"Paul Magnette est déjà bien connu en Flandre, attaque Carl Devos, politologue à l’UGent. Il était le prince du PS depuis des années, maintenant c’est l’homme qui arrive. Il était ministre-président wallon lors du débat sur le Ceta, ce qui a donné lieu à des relations difficiles avec Geert Bourgeois, (N-VA), son homologue flamand à l’époque. Il est donc le symbole de la gauche wallonne qui était contre ce traité. Il apparaît comme un homme de principes avec des convictions très affirmées, contrairement à Di Rupo qui est l’homme du compromis. Voilà pour l’idée générale." Et d’ajouter: "Il est clair dans ses intentions, il veut un arc-en-ciel (avec le soutien éventuel des socio-chrétiens, NDLR) et mettre la N-VA dehors."

Il ne souhaite pas être Premier, ce poste coûterait trop cher au PS.

Rik Van Cauwelaert, journaliste historique et chroniqueur au Tijd, abonde: "Elio Di Rupo a fait des compromis qui ont fait très mal au PS, sur l’exclusion de chômeurs et la loi spéciale de financement, on sent que c’est le genre de pas que Magnette ne franchirait jamais".

Pour l’éditorialiste "Paul Magnette a fait une très bonne impression lors de ses deux premiers rendez-vous médiatiques en tant qu’informateur". Il ajoute qu’il l’a déjà vu parler avec beaucoup d’aisance devant un parterre d’hommes d’affaires flamands pas vraiment à gauche lorsqu’il était ministre fédéral. Sa maîtrise de la langue de Vondel participe grandement a cette première bonne impression.

"Il est sans doute un peu tôt pour juger, tempère Dave Sinardet, politologue (Saint-Louis, VUB). Il n’est informateur que depuis deux semaines." Et d’ajouter que son style plus moderne peut l’aider bien passer en Flandre. "C’est un homme intelligent, agréable, sympa, qui rit, conforte Carl Devos. Il est populaire auprès des femmes."

A Rik Van Cauwerlaert de revenir sur un terrain stricto sensu plus politique. "Je pense qu’il ne souhaite pas devenir Premier ministre (contrairement à Elio Di Rupo, NDLR). C’est un poste qui coûte bien trop cher au PS. Et dans le cadre d’une négociation de type arc-en-ciel, c’est un poste qu’il peut offrir au CD&V ou à l’Open Vld." Pour les décrocher de la N-VA, bien évidemment.

Une option plus qu’incertaine pour nos observateurs. "Paul Magnette est respecté en Flandre mais on sait qu’il est très à gauche, or le président, c’est le parti, dit Carl Devos. Il y a cette idée que Paul Magnette rêve d’un gouvernement de gauche et que ce seront les Flamands qui vont payer la facture. Ajoutez à cela que qu’il n’y aurait pas de majorité côté flamand et vous comprendrez que c’est compliqué." Rik Van Cauwelaert ajoute la crainte de voir cette configuration permettre à la N-VA et au Vlaams Belang d’obtenir une majorité au prochain scrutin. "C’est comme placer l’Open Vld et le CD&V comme cible dans un stand de tir pour l’opposition", dit-il.

Quant à l’image du PS côté Flamand, Paul Magnette a encore du pain sur la planche. "Je trouve que le PS n’a pas assez utilisé le potentiel de Paul Magnette en Flandre, tranche Dave Sinardet. Il n’a pas fait assez d’efforts pour parler aux Flamands alors qu’il savait qu’il deviendrait président du PS et qu’il aurait un rôle important à jouer au niveau fédéral. Or l’image du PS ne s’est pas spécialement améliorée ces dernières années."

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