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Les coulisses de la rédaction

©Nicolas Vadot

Quand les parieurs se plantent / Le difficile métier de diplomate / Crise de laïcité au Parlement européen / La banque centrale et la roulette russe / L'étrange inventaire d'une société de l'Hexagone / Quand les Français défendent le français à Bruxelles

Douche écossaise pour Ladbrokes

Jeudi après-midi, la rédaction a reçu un surprenant communiqué de presse envoyé par l’agence MindShake pour le compte de l’opérateur de paris Ladbrokes. Il faut savoir que l’opérateur britannique prend des paris sur des événements politiques et que, cette semaine, il a proposé aux joueurs de prédire le résultat du référendum en Ecosse. Dans ce communiqué, en se basant sur les choix des parieurs, Ladbrokes ne craignait pas d’annoncer une nette victoire du " oui " à l’indépendance. " L'analyse des paris quant au référendum conduit aujourd'hui en Ecosse ne laisse plus de place aux doutes, y soulignait l’opérateur. Le verdict des urnes va officialiser la volonté des Ecossais de devenirs indépendants: 79% des paris enregistrés aujourd'hui vont dans ce sens." On se sera rarement aussi lourdement trompé.

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Les mots pour le dire. Toutes les chancelleries occidentales se sont visiblement donné le mot : il faut éviter par tous les moyens d’appeler par son nom l’ " Etat islamique ", la milice de fanatiques ultra-radicaux qui sévit en Irak et en Syrie. Le ministre de la défense, Pieter De Crem, l’a encore rappelé cette semaine lors du débat devant les commissions compétentes de la Chambre des Représentants. " Ce groupe n'est pas un Etat et il n’a aucune représentativité en matière de religion musulmane", a-t-il fait valoir. Et le patron de la Défense d’utiliser tout au long de son intervention le terme "Daesh", le vocable arabe sous lequel la milice est connue dans la région. Le but de ce glissement sémantique, adopté par de nombreux dirigeants européens et américains, est clairement affiché : éviter la confusion et les amalgames avec l'islam. Et réduire au passage la portée du terme "Etat", pour ne pas donner trop d’importance aux djihadistes, qui comptent dans leur rangs de nombreux occidentaux. Il y a toutefois un bémol de taille : en arabe, Daesh est l'acronyme de l'EIIL (Etat islamique en Irak et au levant), l’ancienne appellation officielle de l’EI. " Cela revient donc au même. On retrouve Etat et islamique ", a fait remarquer un parlementaire libéral à Pieter De Crem. Pour sa part, le député du Vlaams Belang Philip De Winter a fait remarquer que cette précaution oratoire n’avait aucun sens, vu le soutien apparent dont bénéficie l’EI au sein de certaines populations (des sondages inquiétants circulent en Europe). " C’est comme parler du communisme sans évoquer Staline ", a-t-il observé. On n’est pas sortis de l’auberge.

François vs Conchita

Souvent épinglé pour son manque d’assiduité au Parlement européen, l’eurodéputé français Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale) vient de se réveiller. Son dernier coup d’éclat ? Il s’oppose à la visite à Strasbourg, en novembre prochain, du pape François, à l'invitation du président de l’assemblée, Martin Schulz. Ce serait la deuxième visite d'un pape au Parlement européen depuis celle de Jean-Paul II en 1988. " Je n'accepte pas le jeu de la confusion entre le chef religieux et le chef de l'État croupion du Vatican. Les députés européens n'ont pas à recevoir le sermon d'un chef religieux, quel qu'il soit" a fait valoir Mélenchon dans un communiqué rédigé au picrate. "Que le social-démocrate allemand Martin Schulz soit à l'origine de cette venue cléricale couvre de honte le Parti socialiste européen. La droite et les sociaux-démocrates pensent-ils obtenir le pardon papal pour leurs offenses faites à la souveraineté populaire et aux droits sociaux?" s’est encore emporté l’ancien leader du Front de Gauche et ex-candidat (malheureux) à la présidentielle.

Dans l’assemblée, beaucoup ont préféré répondre à Mélenchon par un silence poli. En revanche, le belge Marc Tarabella (PS), habitué des bons mots, n’a pas pu s’empêcher de lui rappeler la grande tolérance qui règne au Parlement européen. Ce dernier a d'ailleurs invité U2, Hugh Grant, le Prince Albert de Monaco ou les Pussy Riot et recevra le 8 octobre … Conchita Wurst, le travesti barbu autrichien vainqueur de l'Eurovision en mai dernier. " Je suis laïc mais pas intégriste. Mais le laïcisme de Mélenchon est loin de la laïcité que je défends", a répliqué le parlementaire belge. "Au-delà du fait que le pape est aussi un chef d'Etat, la question n'est pas d'avoir ou pas la foi mais bien de respecter les valeurs du Parlement européen: ouverture d'esprit et tolérance", a-t-il lancé - en anglais s'il vous plaît. Et sur un air de défi: "Des commentaires à propos de Conchita Wurst le mois prochain ?" Aux dernières nouvelles, Mélenchon n’a pas répondu à son collègue belge.

Hep, taxi !

Mais pourquoi Wijet, la compagnie française de location de jets privés, a-t-elle choisi la Belgique, en l’occurrence Charleroi, pour établir sa première base hors Hexagone ? Cette entreprise florissante a mis sur le marché un concept simple : le taxi-jet à prix fixe. Pour 2.400 euros par heure, l’avion, un Cessna dernier cri, est à vous. Avec pilote et champagne, cela va de soi. C’est 60% moins cher que la concurrence. Ses trajets moyens sont de 600 km. Pourquoi la Belgique ? La question fut posée lors de la conférence de presse de lancement à l’aéroport de Charleroi. Une hypothèse vint très vite sur la table : la Belgique est devenue la seconde patrie de bon nombre de français, pour des raisons fiscales évidentes. Et donc un marché de plus en plus opportun pour une société française de jet privé. "Low cost", cela va de soi. Corentin Denoeud, le patron de Wijet, n’a pas confirmé. Mais il n’a pas manqué d’annoncer, dans la foulée, que la base suivante où Wijet va établir un avion est… l’aéroport de Luxembourg.

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Entrepreneur patraque ?

" Les députés européens n'ont pas à recevoir le sermon d'un chef religieux, quel qu'il soit."

Jean-Luc Mélenchon
Député européen

Un coup de matraque et ça repart… Des entrepreneurs français ont créé une société holding baptisée Magforce Invest à Ixelles. Ce n’est jamais qu’un holding belge "made in France " parmi beaucoup d’autres, nous direz-vous. Certes. Magforce Invest mérite toutefois un supplément d’attention car une surprenante anecdote circule sur le compte de la partie franco-française de ce groupe. Celle-ci s’appelle MagForce, tout simplement, et est basée à Aubervilliers. Les administrateurs sont les mêmes. L’an dernier, la française MagForce avait participé à la Foire internationale des équipements de défense qui se tenait à Londres. Il faut savoir que la société d’outre-Quiévrain est spécialisée dans la commercialisation d’équipements militaires tels que des uniformes, des bérets, etc. Or elle s’est fait exclure de la Foire londonienne pour y avoir exposé des menottes de chevilles et des matraques électriques. En Angleterre, ces objets sont considérés comme instruments de torture et leur vente est prohibée, ce qu’ignorait la direction de MagForce. " Nous n’en avons jamais vendu ", s’est défendue MagForce dans la presse française. Enfin, que nos concitoyens se rassurent : l’objet social de la nouvelle compagnie belge ne laisse aucune place à ce genre d’activités. A Ixelles, il n’y aura pas plus de menottes ou de matraques en vitrine qu’avant…

En français dans le texte

D’autres Français de Belgique viennent de fonder l’ASBL DLF Bruxelles-Europe Claire-Goyer. Cette version belge d’une association existant déjà en France a notamment pour objet de défendre " la langue française en tant que langue de travail et de communication dans les institutions européennes implantées à Bruxelles " et d’œuvrer pour " le rayonnement de la langue française comme langue de culture universelle ". Nous, on n’a rien contre. On se dit juste que ce pourrait être un effet "pervers " de l’arrivée de nombreux citoyens de l’Hexagone dans notre capitale : relancer les querelles linguistiques locales en militant trop ouvertement en faveur de la langue de Voltaire. Les locuteurs de Vondel bruxellois pourraient n’y voir qu’un alibi, même si la nouvelle ASBL entend aussi promouvoir " la diversité linguistique ". A moins, bien sûr, que les citoyens hollandais de Bruxelles ne prennent une initiative similaire…

Les autorités locales et leurs défis

Voilà le thème d’une récente campagne de publicité/marketing envoyée par Belgacom à différentes administrations du pays afin de les familiariser avec les nouveaux outils mis à leur disposition par Belgacom. A la lecture de ce mailing, le sang de Michel De Herde, échevin du budget à Schaerbeek, n’a fait qu’un tour. Il faut dire que la cité des ânes est empêtrée dans une série de procédures judiciaires avec l’opérateur historique, un différend portant sur des taxes communales. Et quand Michel de Herde n’est pas content, il le fait savoir. Cette fois, il a exprimé son courroux dans un mail envoyé à Belgacom. Le ton du mail qu’un vent favorable a déposé dans notre boîte est pour le moins sec. " Je trouve votre invitation aux autorités locales totalement déplacée. Votre société et notamment votre filiale " Proximus " s’évertuent à contester en justice une série de taxes votées démocratiquement par les autorités publiques. De surcroît, plusieurs jugements vous ont déjà donné tort ", dit l’échevin dans son mail envoyé vendredi matin. " Et vous souhaiteriez nous inviter et nous séduire pour nous vendre du matériel et des services ", demande encore l’échevin, avant de souligner que Belgacom ne manque pas de culot. " Comprenez que je n’irai pas à votre événement et que vous pouvez compter sur moi pour m’opposer à ce que nous recourrions à vos services tant que vous ne changerez pas de comportement ", écrit-il encore avant de conclure. " Bonne journée en espérant que votre société a bien provisionné les montants des taxes qu’elles doivent aux autorités locales au cas où… vous perdriez définitivement vos procès ". La morale de l’histoire ? Mieux vaut ne pas énerver Michel de Herde !

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