Les coulisses de la rédaction

©Nicolas Vadot

Une cloche à défaut d'autre chose / Où il est question de petits oignons / Quand une chanson d'Abba s'invite à une assemblée / Un mauvais œil / Le miel de la ministre / Le café pas terrible d'un bureau d'avocats / Un président "star ever de tous les temps".

Sonnez la cloche. Mardi, la Bourse de Bruxelles a inauguré ses nouveaux bureaux, au numéro 1 de la rue du Marquis. Pour l’occasion, RTL-TVI avait fait le déplacement. Le journaliste de la chaîne de télévision a même voulu filmer la "salle de marché". Une salle qui n’existe pas, puisque la Bourse de Bruxelles, partie intégrante d’Euronext, dispose seulement d’une salle de surveillance des marchés, mais à Paris. Seule attraction à la rue du Marquis, la fameuse cloche qui sert aux "Bell Ceremonies" d’ouverture des marchés financiers et qui, elle, a été transférée du Palais de la Bourse.

Du côté d’Euronext, on avoue encore recevoir des demandes de tournage de l’activité du parquet de la Bourse de Bruxelles, pourtant désert depuis 1996, et désormais occupé par des expositions diverses, avant d’accueillir dans le futur un temple de la bière. Fin d’une époque.

Les grelots qui expliquent tout… Voici quelques années, un petit actionnaire du distributeur français Carrefour avait fait rire la planète entière en interpellant, en pleine assemblée annuelle, Lars Olofsson, le PDG du groupe, pour se plaindre de la qualité des fraises vendues dans ses supermarchés. Jeudi dernier, une scène similaire s’est déroulée lors de l’assemblée générale de Delhaize. Un petit actionnaire francophone s’est plaint de ne pas avoir trouvé de petits oignons grelots dans les rayons de son Delhaize favori alors que son épouse en avait urgemment besoin pour cuisiner un plat.

Peut-être un bœuf bourguignon? Il a fait le tour des autres grandes surfaces de sa région et a fini par trouver la précieuse denrée dans un Aldi. Un achat en entraînant un autre, il y a dépensé au total une centaine d’euros. Selon son analyse, de tels problèmes d’assortiment chez Delhaize seraient dus à un manque de communication entre les gérants des magasins et la direction au siège, et seraient pour beaucoup dans les difficultés rencontrées par l’enseigne sur le marché belge.

"And the winner takes it all!"
Mats Jansson
Le président suédois du groupe Delhaize, grand fan du groupe Abba

L’absence de grelots responsable de tous ses maux, en somme… Poliment, le CEO Frans Muller lui a répondu: "Je suis désolé que votre épouse n’ait pu trouver chez nous ces oignons spécifiques." Il lui a assuré que ses équipes planchaient sur les moyens d’améliorer leur écoute des clients, non sans relever que Delhaize offrait tout de même l’assortiment de produits le plus large du marché belge.

En suédois dans le texte. Lors de la même assemblée de Delhaize, le président Mats Jansson s’est senti d’humeur badine au moment de découvrir les scores des nominations au conseil d’administration. Lorsqu’est apparu le résultat de Patrick De Maseneire (Adecco, ex-Barry Callebaut) qui, avec 99,8%, s’est avéré la plus haute cote, il s’est exclamé: "And the winner takes it all!" Un peu cavalier pour Dominique Leroy (Belgacom), qui avait tout de même obtenu une note de 97,9%… Passé l’instant de surprise, on s’est souvenu que cette expression fait allusion à la célèbre chanson homonyme du groupe suédois Abba. Monsieur Jansson est lui-même suédois, ce qui explique peut-être cela…

La Turquie et le mauvais œil. Ce jeudi, Europalia avait invité la presse à 10h30 au Palais d’Egmont afin de présenter le programme de sa 25e édition consacrée à la Turquie. La veille en début d’après-midi, un mail avait toutefois prévenu qu’en raison de problèmes de trafic aérien, les représentants turcs n’arriveraient que le lendemain matin, donc le jeudi, et que dès lors la conférence de presse était reculée à 11 heures. Et le jour dit, ô surprise, la conférence de presse a commencé quasi à l’heure (11h05)! Mais en fait, le seul représentant turc présent était l’ambassadeur de Turquie en Belgique.

Auquel le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a d’ailleurs présenté des excuses pour les problèmes aériens et promis de les résoudre au plus vite. Finalement, l’équipe turque d’Europalia a fait son entrée un peu avant midi. Le temps d’un petit speech avant de rejoindre la réception. La directrice d’Europalia, Kristine De Mulder, a réussi à détendre l’atmosphère lorsqu’elle a présenté le logo du festival qui s’inspire du nazar boncuk, ce talisman protecteur contre le mauvais œil, ajoutant: "Il n’a pas marché hier." Dommage.

L’autre casquette. Ohé, ohé, venez goûter au miel de Céline Fremault. En effet, derrière des compétences en matière d’Environnement, d’Énergie et de Logement, la ministre bruxelloise cdH a une autre casquette: productrice de miel. Depuis 2013, elle a prêté le toit de son cabinet (rue capitaine Crespel) à Arthur Van Peene, un apiculteur bruxellois qui y a installé deux ruches. Les abeilles y butinent depuis lors réalisant une production qui séduit les amoureux (et la ministre) de ce "sirop naturel" aux vertus tant nutritives que médicales. En tant que ministre de l’Environnement, l’édile humaniste apporte ainsi sa contribution à la lutte contre l’usage des pesticides, néfastes pour les abeilles. Elle défend aussi ainsi l’apiculture de ville.

Le projet lui tenait visiblement à cœur. La première colonie d’abeilles installée fin août 2013 n’a pas survécu à l’hiver. Il a donc fallu en enrucher d’autres à la fin de l’hiver 2014. Aujourd’hui, le résultat est là. Conformément au contrat, le cabinet Fremault reçoit une soixantaine de pots, soit environ 10 à 15% de la production qu’il distribue gratuitement, le reste va à Arthur Van Peene qui le commercialise. Ne soyez donc pas surpris si par hasard vous tombez sur "Le miel des abeilles de Crespel, made by cabinet Fremault" dans un petit magasin. C’est bien celui de la ministre bruxelloise de l’Environnement!

Juncker fait le buzz. Hallucinant. C’est le mot. Dans la langue internationale des réseaux sociaux, c’est le "#WTF!?" qui a circulé pour exprimer l’hébétement face aux images de Jean-Claude Juncker au sommet de Riga, la semaine dernière. Le président de la Commission européenne se prêtait à un protocole réglé comme du papier à musique: accueillir un à un les participants par une poignée de main devant photographes et cameramen. Décontracté, tantôt enjoué, tantôt lassé, le Luxembourgeois a déballé toute la familiarité dont il était capable avec les dirigeants nationaux. Il distribue des tapes "amicales" aussi souvent qu’il le peut, y compris au visage. Exige un troisième bisou de la présidente de Lituanie, compare sa cravate à celle de ses hôtes…

Charles Michel a gagné le gros lot: un bisou sur le crâne! Et quand le Hongrois Viktor Orban approche, Juncker annonce: "Le dictateur arrive…" L’hallucination passée – il faut voir les images compilées par Le Petit Journal de Canal Plus –, reste l’explication. La version officielle: Juncker "est connu pour son style informel et souvent très détendu", dit-on à la Commission. C’est vrai, mais on reste sur sa faim. Ou sur sa soif, si l’on croit que l’explication la plus évidente de tout cela, c’est qu’il avait peut-être consommé un petit verre de trop.

Alors, Juncker aurait-il perdu le contrôle? On pourrait tout aussi bien penser qu’au contraire, il a prémédité la séquence. Après tout, pourquoi ne pas profiter de la présence des caméras pour jouer de son image "détendue" et se présenter à peu de frais comme un mâle dominant convivial face à Viktor Orban ou Alexis Tsipras? Préméditée ou pas, l’opération lui aura permis de faire le tour des réseaux sociaux avec une image qui le démarque à jamais de ses prédécesseurs. Et d’être sacré "star ever de tous les temps" par Le Petit Journal et ses 2 millions de (jeunes) spectateurs.

What else. Autant vous prévenir. L’histoire qui suit aura tôt fait de renvoyer Bob Woodward et Carl Bernstein (Watergate) et Edwy Plenel (Mediapart) dans le jardin d’enfants des journalistes d’investigation. Quand les journalistes font rigoureusement leur travail, ce qui a toujours été le cas à "L’Echo", le résultat peut parfois avoir des conséquences étonnantes.

Et nous donne une meilleure idée de l’influence réelle du quatrième pouvoir. Lors d’une récente série sur les machines à café, notre investigation nous a menés dans un cabinet d’avocats bien connu de la place. À la lecture du papier qui en a découlé, un débat a été mené en interne au sein du cabinet.

Thème de la discussion: "notre café n’est finalement pas terrible". Conclusion, la machine qui coulait des cafés pour les clients et les salles de réunion a été remplacée par une machine Nespresso flambant neuve. What else?

PS: si le directeur général de Mediafin (éditeur de "L’Echo" et du "Tijd") nous lit, qu’il n’hésite pas à faire pareil parce que le café de la rédaction relève parfois du niveau "eau de vaisselle".

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