Les coulisses de la rédaction

©rv

Dîner de fonds / Non, tout le monde n'a pas entendu parler du Ceta et de la Wallonie… / (Fausse?) modestie d'entrepreneurs/Bienvenue dans l'ère digitale / Un économiste français très demandé / Qui est le rapporteur sur le nucléaire? / Quand Bernard Wesphael est déprogrammé à Liège

Macron et une trentaine de happy few. La très cossue avenue Hamoir, dans le sud de Bruxelles, était le théâtre, mercredi soir, d’une rencontre entre Emmanuel Macron et de potentiels soutiens pécuniaires à son mouvement politique En marche, voire à son éventuelle campagne pour la présidentielle française. Marc Grosman, le fondateur de Celio, avait mis sa demeure uccloise à disposition de l’ex-ministre de l’Economie de Manuel Valls. Et surtout convié une trentaine de happy few aux comptes bien garnis. Beaucoup de Français vivant dans les verts quartiers de la capitale évidemment, comme Claude Berda, le "B" de AB Productions (les chaînes AB3 et AB4), l’un des héritiers Taittinger aussi, mais également des Belges, parisiens à leurs heures – tel que Philippe Lhomme (le patron, notamment, du Crazy Horse) – ou pas parisien du tout: Jean-Paul Philippot, le patron de la RTBF, Jean-Charles De Keyzer (Proximus TV)… Arrivé vers 21 heures, Emmanuel Macron a déambulé parmi tous ces invités qui profitaient du buffet avant de rejoindre les sous-sols où au milieu de quelques œuvres d’art, il a tracé les grandes lignes de son programme et répondu aux questions existentielles des Français présents: droits de succession, impôt sur la grande fortune (qu’il a promis de supprimer – "C’est même une mesure de gauche que de le supprimer", a-t-il clamé). Le gendre rêvé d’une grande partie de l’Hexagone s’est envolé vers 23 heures pour rejoindre l’hôtel Bloom, surplombant le Botanique, où il avait établi son QG bruxellois. Quant à la récolte de fonds (selon la loi, 7.500 euros maximum par personne, mais sans obligation…), nul ne sait, à part Christian Dargnat, l’ancien directeur général de l’asset management de BNP Paribas et aujourd’hui patron de l’association de financement d’En marche, l’homme qui a véritablement orchestré la soirée, si elle fut bonne…

"Je ne sais pas. De quoi parlez-vous? Je ne suis pas au courant."
eric woerth interrogé lors d’une conférence à Bruxelles sur le veto wallon au ceta.

Le veto wallon? Eric Woerth n’est pas au courant. Dans les beaux quartiers méridionaux de la capitale, la salle du cercle B19 était comble jeudi soir pour accueillir le secrétaire général des Républicains, Eric Woerth. Soumis au feu des questions, l’ancien ministre français a déroulé, en habitué des projecteurs. Jusqu’à cette interrogation brûlante d’actualité: la Wallonie bloque la signature du Ceta, qu’en pensez-vous? La mécanique se grippe. Silence. "Je ne sais pas. De quoi parlez-vous? Je ne suis pas au courant." Une conseillère sise à trois mètres chuchote alors quelques mots. "Ah oui, le traité avec le Canada." Et voici le proche de Sarkozy qui redémarre sur les traités internationaux. Sans un commentaire sur le veto wallon.

La modestie des nominés. Il y avait du monde, au Heysel, lundi, pour assister au prix de L’Entreprise de l’année: anciens lauréats, figures clés du monde des affaires, nominés accompagnés de leurs troupes… Avant que le ministre Willy Borsus ne rompe le suspense et ne déclare que le titre revenait à Daoust, le rédacteur en chef de L’Echo a mis les nominés sur le gril, les interpellant notamment sur les nouvelles mesures en matière de voitures de société ou de taxe éventuelle sur les plus-values. Il leur a aussi demandé, à chacun, un pronostic: qui allait remporter le titre d’entreprise de l’année? Une question face à laquelle les uns et les autres se sont trouvés assez en peine. "Pranarôm", a fini par dire, après hésitation, Giles Daoust, qui ouvrait le bal. Le patron de Pranarôm lui a bien entendu rendu la politesse. Marie-Anne Belfroid, la patronne de Ronveaux, a rapidement désigné Procoplast. Dont le patron n’avait plus vraiment le choix: il a, lui, pronostiqué la victoire de Ronveaux, mais sans grande conviction. Et il n’était pas le seul, visiblement, à avoir opté pour le politiquement correct. "Il aurait été assez mal venu de parier sur mon entreprise", confiait dans la soirée Giles Daoust à certains invités.

Les chiens d’aveugle vont perdre leur job… Le congrès bisannuel des alumni de la Solvay Brussels School est toujours un grand moment. La 4e édition, qui a déroulé ses fastes lundi passé au Square à Bruxelles, n’a pas failli à la tradition. Sur le podium, le prix Nobel d’économie Jean Tirole. L’événement était présidé par un Gilles Samyn, très à cheval sur les horaires et tourmenté par le fait que le commissaire européen à la Société numérique, Gunther Oettinger, se faisait attendre. C’est que le sujet du jour était "Business and Society in the Digital Age". Un sujet stratégique qui a été traité entre hommes (pas une dame ne faisait partie du panel!) et surtout de manière plutôt académique. Sauf quand Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi, a balancé les Rolling Stones à fond la caisse pour illustrer son exposé (et faire la promo au passage d’Universal Music, Dailymotion ou de Canal+…). Ou quand Carlo d’Asaro Biondo, président EMEA strategic relationships de Google, a évoqué cet avenir qu’en Afrique on voit meilleur qu’aujourd’hui alors qu’en Europe on est persuadé que demain sera moins bien qu’hier, voire même qu’avant-hier. La digitalisation fait tomber des emplois? Oui, mais en cinq ans, Apple et Google ont créé 3 millions d’emplois directs et indirects en Europe. Faut-il avoir peur du changement? Non, il faut miser sur la technologie. Si les aveugles peuvent voir grâce aux impulsions de leur smartphone, les chiens guides vont perdre leur job. Mais l’avenir n’est-il pas dans le fait que les aveugles puissent voir?

Un agenda royal pour un Nobel. Le prix Nobel d’économie 2014, Jean Tirole, était donc à Bruxelles en début de semaine, avec un agenda pour le moins chargé. D’abord une table ronde lundi matin à la Bibliothèque Solvay, suivie par une rencontre avec des journalistes. Une (très) courte séance photos, avant de s’engouffrer dans la voiture de Gilles Samyn pour aller rencontrer le roi Philippe à Laeken, le genre d’honneur qui ne se refuse pas. Ceci avant de revenir en trombe au centre Square dans le centre-ville, y retrouver son ami Mathias Dewatripont (ULB et Banque nationale) qu’il connaît depuis de longues années et participer au congrès de Solvay Schools Alumni. C’est d’ailleurs l’ULB qui fut la première université à lui attribuer le titre de docteur honoris causa en 1989!

Mais le président de la Toulouse School of Economics (TSE) n’en avait pas encore fini avec notre pays. Un cours à l’ULB mardi pour les étudiants les plus matinaux, avant de prendre la direction de Louvain-la-Neuve où il intervenait à 11 heures dans le cadre des 50 ans du Core (Center for Operations Research and Econometrics) de l’UCL. L’homme qui a déjà vendu 80.000 exemplaires de son livre "Economie du bien commun" pouvait enfin un peu respirer…

Un poste convoité. Les débats en commission sur le projet de loi qui doit déterminer la taxe nucléaire pour les 10 prochaines années ont commencé de manière assez agitée, mercredi. Il y a eu plus de deux heures de débats, parfois tendus, sur l’ordre des travaux. Même le poste de rapporteur a prêté lieu à discussion quand Karine Lalieux (PS), qui avait été désignée à l’unanimité, a annoncé qu’elle devait s’absenter un petit moment, mais que son collègue Paul-Olivier Delannois allait prendre le relais. "J’étais d’accord par galanterie, mais si c’est comme ça, je suis candidat", s’est offusqué Damien Thiéry (MR). Il faut dire que Delannois, qui est aussi bourgmestre faisant fonction de Tournai, n’est pas un des plus grands amis de la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem (MR). Karin Temmerman, chef de groupe sp.a, s’est alors proposée. "Je suis femme, et néerlandophone", a-t-elle argumenté. Comme cela ne convenait pas non plus à Damien Thiéry, le président de la commission a mis fin à l’incident en proposant d’adjoindre à Karine Lalieux deux corapporteurs: Damien Thiéry et Karin Temmerman. Ouf…

Bernard Wesphael infréquentable? Malgré son acquittement du meurtre de son épouse Véronique Pirotton et le succès de son livre "Assassin" (il s’en vend 1.000 exemplaires par semaine), Bernard Wesphael serait infréquentable pour certains. L’ancien député wallon (Ecolo, Mouvement de Gauche) était invité par la Chambre de commerce de Liège-Verviers-Namur (CCILVN) comme orateur dans le cadre de son cycle de conférence 1 + 1 = 11 le mardi 25 octobre sur le site du club de foot du Standard à Sclessin. Les invitations avaient été lancées aux membres et les organisateurs avaient enregistré près de 80 inscriptions. Les balises étaient bien fixées: pas question de revenir sur le procès qui a duré 3 semaines ou de faire dans le sensationnalisme. Interviewé par un professionnel des médias (en l’occurrence Sacha Daout de la RTBF), Bernard Wesphael devait parler de plusieurs sujets: l’avenir de la Cour d’assises, le rôle des médias, la gestion d’une carrière professionnelle après un procès. Il aurait aussi pu parler de l’économie régionale, un de ses sujets de prédilection et, pourquoi pas, lever le voile sur son avenir politique. Mais le choix audacieux de la CCILVN n’a pas fait l’unanimité. Les dirigeants ont été contraints d’annuler la conférence de l’ex-député wallon devant le flot incessant de courriels et de réactions dénonçant l’initiative. Certains reprochent à la Chambre de commerce d’offrir une tribune à Bernard Wesphael, d’autres se demandent si c’est le rôle de la CCI d’inviter un politique, même blanchi d’accusation de meurtre. Pourtant, l’homme n’est pas un inconnu de la scène politique liégeoise et ses interventions débordent sur le terrain économique et sur l’Europe. Parallèlement, il y avait des marques de soutien appuyant la conférence de Bernard Wesphael et plusieurs invités étaient réellement curieux de l’entendre.

Mais en pesant le pour et le contre et pour éviter de diviser ses membres, la CCILVN a finalement décidé d’annuler la conférence du 25 octobre. "Nous ne souhaitons pas créer des polémiques et veillons au respect de toutes les parties. Dans un souci d’apaisement, nous avons pris la décision d’annuler la soirée", s’est justifiée la Chambre de commerce dans un courriel envoyé aux personnes inscrites.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés