Les données ou la vie

Rédacteur en chef adjoint

Le Parlement doit régler la crise de confiance qui frappe l'Autorité de protection des données. La campagne de vaccination en dépend. L'avenir de la médecine belge aussi.

Une autorité sans réel pouvoir. C’est l'oxymore opérationnel, la schizophrénie dans laquelle évolue l'Autorité de protection des données (APD). Depuis des mois, cette instance supposée indépendante de l'État se débat dans des conflits d'intérêts, de personnes, de philosophie. Avec au cœur des accusations, rien de moins que l'utilisation potentiellement abusive de nos données personnelles par le gouvernement, au mépris du Règlement général sur la protection des données (RGPD) entré en vigueur en 2018.

La tempête qui fait rage autour de l'APD s'est soldée la semaine passée par la démission de deux experts, en indélicatesse vis-à-vis de la législation parce qu'ils exerçaient conjointement une fonction sous l'autorité directe d’un ministre fédéral. D'où conflit d’intérêts. Deux directrices de l'APD ont aussi déposé une plainte sur les bureaux du Commissaire européen de la Justice, Didier Reynders. Qui attend des "explications". La majorité a aussi déposé à la Chambre une proposition de résolution demandant à la Cour des comptes de réaliser un audit sur le fonctionnement de l'Autorité. Les résultats ne sont pas attendus avant le mois de juin.

Les déchirements internes de l'APD jettent un doute sur l’utilisation des données dans le cadre du programme de vaccination.

Tout cela fait désordre pour cette toute jeune entité – l'APD a à peine 3 ans –, à l'heure où son rôle est cardinal dans la lutte contre la pandémie. Ses doléances ne datent pas d’hier et les soubresauts qu'elle connaît ont déjà fait des dégâts. Qu'on se souvienne de la méfiance entourant la création de l'application de tracing Coronalert: seuls 2,5% des personnes testées positives ont prévenu leurs contacts.

Aujourd'hui, ces déchirements internes jettent un doute sur la capacité de l'APD à contrôler l'utilisation des données dans le cadre du programme de vaccination, pierre angulaire ultime de la lutte contre la pandémie. Les médecins eux-mêmes se sentent prisonniers: s'ils collaborent, ils violent le secret médical; s'ils refusent de s'y soumettre, ils mettent en danger la vie de leurs patients.

Alors maintenant, on fait quoi? On agit. Il est grand temps que le Parlement s'empare lui-même de cette problématique et y mette bon ordre.

Il en va du succès de la vaccination. Il en va aussi de l'avenir de notre système de santé. Les données médicales sont en effet le nouvel idiome de la médecine du futur, du suivi des patients à la thérapie personnalisée, en passant par les soins à distance. L'e-santé a également développé tout un écosystème d’entreprises, dont la Belgique peut s'enorgueillir. Ne pas agir serait mettre ces acquis en péril. Et revenir à une médecine du siècle passé.

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